Les cyclistes se disputent chaque centimètre d'asphalte lors des courses comme celle de Québec en 2010, mais aussi chaque centimètre de commandite.

Grand Prix cycliste: les marques jouent du coude

Le vélo de compétition révèle bien plus que des jambes d'enfer et des mollets d'acier. Derrière les athlètes à l'endurance de fer se cache l'univers du vélo très haut de gamme et de ses bolides de course sur mesure à prix inaccessibles. À la veille du Grand Prix cycliste de Québec et de Montréal, Le Soleil lève le voile sur les vedettes mécaniques de la plus importante course cycliste du nord-est de l'Amérique.
Les coureurs cyclistes professionnels sont commandités de la tête aux pieds, du casque jusqu'aux souliers. Avant la bataille des coureurs sur la Grande Allée, les fabricants se livrent la guerre de l'image.
SRAM, Shimano, Look, Bontrager, Mavic, Trek, Colnago... Les logos défileront à vive allure dans les rues de Québec le 9 septembre. Car en matière de commandite, le cyclisme professionnel se donne parfois des allures de Formule 1.
«Tout est commandité dans le vélo. Chaque équipe a ses contrats, et chaque coureur de chaque équipe est tenu de les respecter, du 1er janvier au 31 décembre. Ça va très loin», explique Yves Perret, un journaliste français comptant des décennies d'expérience dans la couverture du cyclisme de pointe.
Si vous croisez par hasard Ryder Hesjedal en train de s'échauffer les jambes sur l'île d'Orléans, vous retrouverez assurément une copie conforme du cycliste aperçu à la télé au Tour de France. Même vélo, même gants griffés, même casque profilé. En compétition ou en simple balade du dimanche, les coureurs doivent impérativement respecter leurs contraintes commerciales.
Maillot, freins ou roues: tout a été réservé par le plus performant... ou le plus généreux des équipementiers. Le vélo est ainsi devenu au fil des ans une vitrine technologique incontournable pour les fabricants. Et les combinaisons de pièces y sont aussi variées que les cols des Alpes.
Au final, le coureur n'a que peu de mots à dire. L'athlète enfourche un vélo qui est souvent le résultat d'une combinaison des partenariats économiques conclus par son équipe. «On est dans le business! Le coureur se plie aux demandes de l'équipementier. Il voudrait ça, ça, ça... Mais si l'équipementier n'a pas ça dans sa gamme, il ne l'aura pas. Après, c'est du business, des contrats. Ce ne sont pas des choses faites à la carte», précise Yves Perret.
Cycliste amateur, vous jouissez donc d'une plus grande liberté en vous rendant à la boutique du quartier que bien des champions du Tour de France.
À l'image du sport automobile, le cyclisme a besoin de cette injection de fonds des fabricants de vélos et d'accessoires. Le budget d'exploitation d'une équipe cycliste du type World Tour - toutes de passage à Québec - oscille entre 15 et 25 millions $ par année. «C'est un sport mécanique, le vélo. C'est un sport qui a les mêmes contingences ou presque que la Formule 1. Et c'est un sport qui est de plus en plus technologique», souligne le spécialiste Yves Perret.
Un camion pour les pièces
On roule à prix fort, car les équipes trimballent leur arsenal d'une épreuve à l'autre. Le vélo que vous voyez grimper la côte de la Montagne n'est que la pointe de l'iceberg. Dans les bagages de tout coureur se trouvent aussi un vélo de remplacement, un vélo d'entraînement et un autre pour le contre-la-montre. Sans compter les cadres de rechange de l'équipe, les pièces, les accessoires... et les camions ateliers de réparation.
En Europe, toute équipe qui se respecte dispose d'un imposant camion de réparation. En Amérique, les frais de transport forcent cependant les équipes à revoir un peu à la baisse leur matériel.
La question se pose : tout ce défilé technologique change-t-il quoi que ce soit à la course?
«L'avantage du vélo est marginal, concède Yves Perret. À ce niveau-là, ils ont tous des beaux vélos. La différence avec la Formule 1, c'est que si vous n'avez pas les jambes qui vont avec, vous avez beau avoir le meilleur vélo du monde, vous n'avancerez pas. Le carburant du vélo, c'est le mec qui est dessus.»
Vie et mort d'une monture
Ne tentez pas de vous procurer en boutique la dernière monture d'Andy Schleck ou de Samuel Sanchez. Les vélos des grands coureurs sont uniques au monde, point final.
À un tel niveau de compétition, tout est conçu sur mesure. Le cadre, le guidon, les potences et la fourche ont été dessinés en fonction de la taille du coureur et de la longueur de ses membres. Tout est devenu hyper précis dans cette discipline : on joue sur les grammes, les millimètres. Une erreur d'ajustement causera un sérieux inconfort, voire des blessures graves. Le coût estimé de ces joyaux sur deux roues? Entre 10 000 et 15 000 $ du vélo. À ce prix, les vélos ont au moins le mérite de servir à plusieurs reprises.
Ce qui n'empêche pas les montures qui prendront d'assaut Québec d'être déjà en fin de vie utile. Tout coureur de haut niveau commence ainsi sa saison avec un vélo neuf, qu'il conservera généralement toute l'année. Trop bien ajusté, trop confortable... pourquoi le changer? Seules quelques pièces (chaîne, cassette, pneus, etc.) seront rafraîchies au besoin.
À la fin de la saison, le vélo prend sa retraite. Beaucoup d'équipes liquident alors à bon prix leurs vélos, au grand bonheur du cycliste du dimanche comblé à l'idée de rouler sur l'ancienne bicyclette de Philippe Gilbert...
Une mise en garde cependant : un vélo vieux d'une seule saison professionnelle aura pas moins de 20 000 km dans l'engrenage. C'est l'équivalent de 20 saisons cyclistes pour le commun des mortels au Québec... la rouille en moins.