Paolo Tiralongo, Moreno Moser et leurs coéquipiers d'Astana se préparent dans la tente avant de partir explorer le parcours du Grand Prix cycliste de Québec.

Grand Prix cycliste: des vélos et des cônes...

Dmitriy Fofonov aurait pu sacrer, crier contre les nombreux travaux routiers à Québec. Mais le directeur sportif de l'équipe Astana a gardé son flegme, même s'il n'a pas pu observer ses coureurs comme il l'aurait souhaité.
Certes, le Kazakh s'est peut-être défoulé pendant une conversation en russe avec un membre de son équipe. Mais j'en doute. Jamais il n'a paru frustré.
Le Soleil a accompagné les membres de la formation Astana, jeudi, pendant leur exploration du parcours du Grand Prix cycliste de Québec, disputé vendredi dès 11h. L'idéal aurait été de suivre les cyclistes en voiture pendant deux tours de 12,6 kilomètres chacun. Mais le circuit n'était pas fermé, évidemment, et les cônes orange barraient le chemin un peu partout. Sur la Grande Allée, entre autres.
J'ai d'abord rejoint Fofonov et compagnie sous la tente montée dans la cour intérieure du Petit Séminaire. L'espace est grand, mais il grouille de monde, il est rempli de vélos, ce qui le rend un peu étouffant. Chaque formation a son petit espace délimité par des clôtures noires. Les coureurs et les membres de l'équipe s'y entassent. Les vélos sont laissés dans les «corridors». J'essaie de me faire petit dans cette fourmilière.
La veille, les coureurs d'Astana ont fait une sortie de trois heures à l'île d'Orléans. Comme plusieurs de leurs rivaux, d'ailleurs. La circulation y était sûrement plus fluide que dans les pourtours du Vieux-Québec jeudi.
Journée de décontraction
On finit par rejoindre les hommes en bleu sur le boulevard Champlain. Ils pédalent alors groupés, sans forcer la machine. «C'est une journée de décontraction», explique Fofonov dans un excellent français. Les cyclistes se délient les jambes, sous la pluie.
Au volant, le patron baisse la fenêtre du passager, la mienne, et donne quelques instructions en italien à l'un de ses coureurs. Fofonov, un ancien cycliste ayant participé à cinq Tours de France, passera ainsi d'une langue à l'autre pendant tout l'avant-midi.
On suit ses hommes dans l'abrupte côte de la Montagne, qu'ils grimpent avec une aisance déconcertante. Au pied de la côte du Palais, c'est maintenant le jeu des sens uniques qui nous fait perdre leur trace. D'un détour à l'autre, on ne les retrouvera plus.
Fofonov utilise généralement ces sorties pour prodiguer des conseils, pour observer l'allure des membres de son équipe. La veille, il avait remarqué un mauvais mouvement de la jambe de Moreno Moser, conséquence d'une chute récente. Jeudi, toutefois, il en apprend davantage sur les dédales du Vieux-Québec.
J'en profite pour lui parler de Hugo Houle. Rien n'est signé, mais le coureur de Sainte-Perpétue devrait se retrouver dans les rangs de son équipe l'an prochain, comme l'a écrit le collègue Simon Drouin de La Presse, le matin même. «Ça se concrétise», confirme Fofonov. Hugo est un coureur de qualité. Mais aujourd'hui, on ne peut pas encore dire qu'il fera ça, ça ou ça», a affirmé le directeur sportif, lorsqu'on lui demande comment il compte l'utiliser.
Je lui demande aussi s'il aime l'idée de créer une troisième épreuve nord-américaine, disputée dans la même période que celles de Québec et de Montréal. «Le calendrier est déjà assez chargé», affirme Fofonov, rappelant la tenue des Mondiaux, dans deux semaines. «Logiquement, on devrait [tenir une autre épreuve]. Mais physiquement, on ne peut pas», constate-t-il.
On revient à notre point de départ, tout près de la basilique. La sortie n'aura pas servi à grand-chose pour Fofonov et Astana. «Parfois, il faut prendre les choses comme elles sont», dit-il simplement. Et parfois, les choses, ce sont des cônes orange...
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Les (autres) coureurs à surveiller
Ils auraient nommé Peter Sagan et Greg Van Avermaet, mais on leur a demandé d'être plus audacieux. Les journalistes spécialisés en cyclisme Jean-Luc Gatellier (L'Équipe) et Stéphane Thirion (Le Soir) ont présenté au Soleil les trois (autres) athlètes ayant le plus de chances, selon eux, de remporter le Grand Prix cycliste de Québec, vendredi.
1. Michael Matthews (Australie, Sun Team Sunweb)
Soyons francs, une victoire du cycliste de 26 ans n'aurait rien d'une surprise. Même s'il est beaucoup question de Sagan et Van Avermaet depuis quelques jours, il n'a rien à leur envier, comme l'indique son triomphe au classement par points du dernier Tour de France, après y avoir remporté deux étapes. Il est parfait pour briller dans une épreuve comme celle de Québec. «Je pense que c'est le seul qui peut battre Sagan sur ce genre de course», lance même Gatellier. «Il a prouvé au Tour de France qu'il aime bien terminer le travail dans un groupe assez restreint», analyse Thirion. Il a terminé cinquième à Québec en 2016 et deuxième en 2015.
2. Oliver Naesen (Belgique, AG2R La Mondiale)
«C'est un outsider», souligne Gatellier. Champion de Belgique, Naesen, 26 ans, vit malgré tout un peu dans l'ombre des ses compatriotes Van Avermaet et Philippe Gilbert. «Mais il est ambitieux. [Sa] seule chance de gagner est d'anticiper le sprint», de surprendre le peloton, de partir un peu plus tôt. Comme Rigoberto Uran l'a fait en 2015 près du Château Frontenac, «au moment où tout le monde a un petit peu le souffle coupé». 
3. Tony Gallopin (France, Lotto Soudal) ou Sonny Colbrelli (Italie, TBM Bahrain-Merida)
Nos deux experts ont choisi des coureurs différents comme troisième choix. Gallopin est l'homme de Gatellier. Un peu comme Naesen, il devra attaquer plus tôt, car ses chances au sprint sont minces, dit le journaliste. Thirion penche pour Colbrelli, «la révélation du sprint de l'année 2017. On l'a vu à l'aise partout. C'est un gars qui peut venir ennuyer les autres», dit notre expert de celui qui a terminé cinquième du classement par points du dernier Tour de France.