Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Gérard Blanchet est un incontournable quand il est question de judo dans la région de Québec. Fondateur du Club de judo de la Vieille Capitale en 1970, il a non seulement transmis sa passion à des centaines de jeunes et de moins jeunes, mais il a aussi formé plusieurs athlètes ayant brillé sur la scène internationale de même que 114 ceintures noires.
Gérard Blanchet est un incontournable quand il est question de judo dans la région de Québec. Fondateur du Club de judo de la Vieille Capitale en 1970, il a non seulement transmis sa passion à des centaines de jeunes et de moins jeunes, mais il a aussi formé plusieurs athlètes ayant brillé sur la scène internationale de même que 114 ceintures noires.

Gérard Blanchet: plus de 50 ans à former des champions mais aussi des ceintures noires

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Pour bien des gens, Gérard Blanchet fait depuis toujours partie du paysage du judo à Québec. Et ils ont un peu raison. Fondateur du Club de judo de la Vieille Capitale il y a un peu plus de 50 ans, il forma au cours de toutes ces années de nombreux champions, mais aussi 114 ceintures noires de différents DAN. Et n’eut été de la fermeture du club à cause de la pandémie, ce nombre frôlerait le 120.

«Je ne veux pas renier les résultats parce que je sais tout ce que les gens ont fait pour les obtenir puisque j’étais avec eux», a expliqué M. Blanchet. «Ils ont travaillé très fort, ils ont persévéré et ils ont réussi. Et ça, c’est toujours gratifiant. Mais ma plus grande fierté c’est d’avoir formé 114 ceintures noires. Mon but premier a toujours été de faire aimer le judo aux gens et de former des ceintures noires. Mais comme j’offrais aussi des cours de compétition, l’un n’empêchait pas l’autre.»

Le Québécois d’adoption insiste. Les élèves qui ont fréquenté Club de judo de la Vieille Capitale ont toujours eu le choix de la manière dont ils mèneraient leur carrière. Il lui arriva souvent d’enseigner à des jeunes très talentueux qui avaient le potentiel pour devenir des champions. Mais parce qu’ils n’étaient pas intéressés par la compétition, jamais il ne tenta de les convaincre d’y goûter. Une philosophie qui explique pourquoi certains judokas sont demeurés fidèles au CJVC pendant plusieurs années. Paul Giroux fréquente le club depuis plus de 48 ans. Et Michèle Leclerc, 4e DAN, membre de l’équipe nationale et ex-arbitre nationale, a secondé M. Blanchet pendant plus de 40 ans. «Il y a plusieurs anciens qui sont demeurés impliqués. C’est leur présence qui fait la force du club.

M. Blanchet est fier d’avoir transmis sa passion à des centaines de personnes. Il l’est encore plus de l’avoir donnée à ses trois enfants. Ses deux garçons et sa fille commencèrent d’ailleurs à fréquenter le club vers l’âge de cinq ans.

«Je les amenais parce que je ne voulais pas qu’ils restent à la maison à regarder la télé. Ce qui importait pour moi, c’était «un corps sain dans un esprit sain». Et je me suis toujours dit que s’ils n’aiment pas le judo, ils feraient un autre sport. Je n’aurais d’ailleurs pas été malheureux s’ils n’avaient pas pratiqué le judo en vieillissant. Mais le fait que mes trois enfants aient tous eu leur ceinture noire est pour moi une grande fierté.»

En plus de former de nombreuses ceintures noires, le Québécois d’adoption aida également plusieurs judokas talentueux à faire leur marque. Au fil des années, les Daniel Hardy, Andrée Barrette, Francois Légaré, Nathalie Gosselin, Line Poirier (JO de Barcelone), Guy Castilloux et Karine Blanchet, sa fille, brillèrent tous sur la scène internationale. «Nathalie venait de la Beauce. Elle était à un très bon niveau quand elle est arrivée chez nous. Et Line était originaire de la Côte-Nord. Elle était très bonne. Ce n’est pas moi qui l’a montée. Je l’ai juste aidée à poursuivre.»

M. Blanchet n’a pas caché que la carrière de sa fille Karine avait été l’une de ses plus belles récompenses en tant que coach. Il ajoute que de ses trois enfants, c’est son fils aîné Stéphane qui était le plus doué en judo. Quant à Karine, elle ne semblait avoir aucun autre désir que d’avoir du plaisir. Chaque fois qu’elle prenait part à une compétition, elle perdait tous ses combats. Et quand le papa lui avait demandé pourquoi elle aimait faire de la compétition, elle avait répondu que c’était à cause des hôtels et des restaurants.

«Elle est allée aux Jeux du Québec sans avoir gagné un combat. Et là-bas, je ne sais pas ce qui s’est passé mais elle s’est rendue en finale. À partir de ce moment-là, il y a eu comme un tilt parce que six mois après elle était championne canadienne et huit mois après elle a fait huitième aux Jeux du Canada. Par la suite, elle est notamment allée aux Jeux de la Francophonie et aux Championnats du monde universitaires.

«Aujourd’hui, Karine continue de venir au club. Et ses trois enfants font aussi du judo. D’ailleurs, ma petite fille enseigne aux plus jeunes. Avoir trois générations de la même famille sur le tatami, ça fait très plaisir. On est heureux quand on voit ça.»

Un club à Québec

Gérard Blanchet avait 22 ans quand il est arrivé au Québec. C’était en 1967. À l’époque, il rêvait d’aller s’installer en Australie et il devait donc apprendre l’anglais. Mais alors qu’il était en Allemagne pour y faire son service militaire, il avait jasé avec un Québécois membre des Forces armées canadiennes qui l’avait convaincu de d’abord s’installer à Montréal où il pourrait apprendre la langue de Shakespeare tout en vivant la fébrilité provoquée par la présentation d’Expo 67.

«Je me suis dit que c’était une bonne idée. Comme le Canada était un pays du Commonwealth, mon passage pourrait ensuite me permettre de continuer mon voyage vers l’Australie. Mais je n’ai jamais quitté le Québec... et je ne parle toujours pas bien l’anglais (rire). Je me débrouille, mais ce n’est pas parfait.

«Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pris le nom et les coordonnées de ce soldat québécois. À l’époque, je ne savais pas que j’allais suivre son conseil. Si j’avais eu son nom et ses coordonnées, on aurait pu se revoir.»

Dès son arrivée dans la métropole, M. Blanchet constata que le judo n’était presque pas connu des Montréalais. Il vit alors l’occasion de créer son emploi et ouvrit un premier club. «Mais je n’étais pas fou de Montréal.» 

Lors d’une visite à Québec, la curiosité poussa le Français d’origine à prendre les Pages Jaunes afin de savoir le nombre de clubs de judo faisant affaire dans la Vieille Capitale. Il n’en trouva aucun. Lors de son retour à Montréal, il discuta avec un ami désireux d’offrir à Québec des cours de karaté yoseikan. Ils s’entendirent pour louer un local à Québec qu’ils partageraient et où se tiendraient les activités des deux nouveaux clubs qu’ils lanceraient. C’est donc en 1970, sur la rue Saint-Joseph, que le Club de judo de la Vieille Capitale reçut ses premiers élèves.

«Ma grande surprise, quand j’ai ouvert, fut de découvrir qu’il y avait une dizaine de clubs de judo à Québec. Il y en avait un à l’Université Laval dirigé par Pierre St-Amand, il y en avait un dans Saint-Sacrement, etc.. Mais comme la grande majorité n’était pas des clubs privés, ils ne faisaient pas de publicité. Moi, j’en ai mis un peu dans les journaux. Et comme la rue Saint-Joseph était très commerciale, j’ai distribué des brochures sur le trottoir. J’ai ouvert le club en juin, mais c’est en septembre qu’il a véritablement été lancé.

«Mon objectif était clair, je voulais vivre du judo. C’est pour cette raison que je me suis occupé du club à temps plein. Les débuts n’ont pas été faciles, mais le nombre d’élèves a augmenté assez rapidement. J’en avais 180 après seulement deux ans d’opération.»

Coach à temps plein, M. Blanchet décida un jour de devenir arbitre. Une décision motivée par un manque de liquidités qui l’empêchait d'accompagner ses élèves quand ils prenaient part à des championnats canadiens. Assez rapidement, il obtint son titre d’arbitre national et à partir de ce moment il put être avec eux en compétition et les voir travailler sur le tatami ce qui lui permettait ensuite de faire une bonne analyse de leurs performances. Avec les années, il devint arbitre international ce qui lui permis d’être sélectionné pour arbitrer lors de compétitions prestigieuses comme l’Europe-Asie de 1986 (Paris-Bercy), le championnat du monde junior de 1992 (Buenos Aires), le championnat du monde de 1997 (Paris-Bercy) et d’être le représentant du Canada aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000.

Le Club de judo de la Vieille Capitale eut pignon sur rue pendant une vingtaine d’années sur la rue Saint-Joseph. Il déménagea ensuite aux Loisirs Saint-Sacrement puis dans une ancienne école sur la rue Père-Marquette. Finalement, il s’installa dans la Côte de la Pente-Douce où il a pignon sur rue depuis une vingtaine d’années.

La relève

La pandémie frappa fort au Club de judo de la Vieille Capitale qui, au cours des 13 derniers mois, ne put recevoir des élèves que pendant quatre semaines et selon un principe de bulles.

«Si je devais rouvrir dans les mêmes conditions, je ne le ferais pas. Les gens étaient dans des bulles de cinq personnes. Et ils n’avaient pas le droit de changer de bulle. Il arrivait que des personnes ne soient que deux dans leur bulle parce que les trois autres avaient dû s’absenter.

«Je vais donc rouvrir quand on va pouvoir faire du judo, pas de l’entraînement où on ne peut pas se toucher. Je m’attends cependant qu’après ces longs mois de fermeture, certains élèves décident de ne pas revenir.»

Pour M. Blanchet, la pandémie ne pouvait arriver à un pire moment. Il comptait profiter des derniers mois pour trouver des gens intéressés à prendre sa relève à la tête du club qui fêtera en juin ses 51 ans.

«Je vieillis. La passion, je l’ai toujours un peu mais je n’ai plus les mêmes disponibilités. Ce qu’il faut quand on est là-dedans, c’est être honnête. Je ne peux plus donner ce que je donnais quand j’étais plus jeune. Quand on a mon âge, il faut accepter que l’on a besoin d’aide de gens plus jeunes.

«J’avais commencé à préparer des personnes pour prendre la relève. Mais il va falloir que je sois là quand ça va reprendre. Ce n’est pas vrai que je vais laisser le club comme ça et que celui qui va prendre ma place va se débrouiller seul. Je vais devoir demeurer au club un petit peu, rester avec les gens et voir qui pourrait prendre la suite. Quand tout sera réglé, je vais me retirer sur les cours comme tel, mais je ne pense pas que je me retirerai du club. J’irai toujours y faire un tour, je serai toujours présent.»

+

QUESTIONS/RÉPONSES

Gérard Blanchet en 1990. Gérard Blanchet a eu le plaisir d’être l’entraîneur de sa fille Karine et de la voir s’imposer sur la scène internationale.

Q Fait marquant?

C’est d’avoir arbitré aux Jeux olympiques de 2000 à Sydney. À l’origine, j’avais fait de l’arbitrage afin de pouvoir suivre mes élèves en compétition. Et je n’avais pas comme but d’aller aux Jeux olympiques. Je ne m’attendais donc pas à cette sélection, mais je l’ai vraiment appréciée. Ce fut très très revalorisant. Surtout qu’après moi, il n’y a pas beaucoup d’arbitres canadiens qui ont eu le même privilège. Je pense qu’il n’y a que Donald Ferland qui soit allé aux Jeux.

Q Athlète vous ayant marqué?

Daniel Hardy. Quel travailleur, quel caractère, un caractère de compétiteur, un gars teigneux en compétition.

Q Idoles de jeunesse?

R Je ne peux pas dire que j’avais des idoles. Je ne suis pas trop pour ça. Mais j’ai beaucoup aimé le Néerlandais Anton Geesink, autant par ses résultats que par sa personnalité. C’est le premier judoka à avoir a battu les Japonais. Un exploit qu’il a refait par la suite. Je me souviens, il était venu donner des stages à Québec. Et malgré cet exploit et le fait qu’il soit allé aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques, il était d’une très grande gentillesse et était très humble. C’est pour toutes ces raisons qu’il m’avait marqué.

Q Réalisation dont vous êtes le plus fier?

R C’est d’avoir formé 114 de ceintures noires. Et le fait que mes trois enfants aient tous obtenu leur ceinture noire.

Q Si vous deviez refaire votre carrière, y a-t-il des choses que vous changeriez?

Non. Je le dis toujours, j’ai connu des moments difficiles au club. Mais dans la difficulté, on apprend beaucoup de choses.

Q Comment se compare le judo de 2021 à celui que vous avez connu à vos débuts comme coach?

R Quand j’étais jeune et que je faisais de la compétition en France, les règlements de judo c’était une page recto verso. Et maintenant, je dirais que c’est une soixantaine de pages. Il y avait trois catégories de poids. Depuis, elles se sont multipliées. Et plein d’autres choses se sont transformées. Le judo comme tel a aussi beaucoup changé. Ce changement s’est amorcé quand les pays de l’Est ont commencé à prendre part aux compétitions. Avant c’était un judo très technique. Je ne veux pas dire qu’il n’y a plus de technique là, mais à l’époque, on ne devait pas, par exemple, s’entraîner avec des poids et des haltères. On n’avait pas à faire ci et à faire ça. Maintenant pour être un athlète complet, il faut voir à bien des choses à l’extérieur du judo. La tendance est toujours de dire que c’était mieux dans notre temps. Mais ce n’est pas sûr.

Q À quel niveau la pratique du judo a-t-elle le plus changé votre vie?

Quand j’ai commencé le judo, j’étais un enfant hyperactif. J’avais donc décidé d’aller faire du judo pour me calmer, mais aussi parce que j’étais raide comme un bâton et que le judo donne de la souplesse. Et bien croyez-le ou non, je suis encore raide comme un bâton. Ça, ça n’a pas trop marché à ce niveau-là. L’esprit du judo m’a aussi beaucoup plu. On n’est jamais le plus fort. Jamais. Il y en a qui le pense, mais ce n’est pas le cas.

Q Ce que vous souhaitez?

R J’aimerais qu’il y ait une continuité au club. Mais je n’ai aucune idée encore comment ça se fera. Il faut que je voie ça avec des gens. Je dois aussi discuter avec des anciens et des parents avec lesquels je m’entends très bien. Eux aussi peuvent avoir des idées et ils peuvent participer. C’est là où j’en suis. Mais j’aimerais bien sûr que le club continue. Surtout pour la région de Québec parce qu’il y a de moins en moins de clubs.