Marie-Michèle Gagnon se remet de sa déchirure du ligament croisé antérieur au genou gauche et sa luxation de l’épaule droite subies en novembre dernier.

Gagnon pose un regard positif sur son congé forcé

Des blessures l’ont privée de Jeux olympiques, mais Marie-Michèle Gagnon préfère voir le bon côté des choses. Malgré le pincement au cœur ressenti en regardant les épreuves de ski alpin tenues à PyeongChang...

C’est de famille, chez les Gagnon. Le positif prend le dessus. N’empêche, c’est en famille que la skieuse de 28 ans a vécu son «seul» vrai moment de tristesse depuis sa chute à 130 km/h, le 30 novembre. «Quand j’ai annoncé à mon père que la blessure était plus sérieuse qu’on pensait...», raconte la sympathique athlète de Lac-
Etchemin, rencontrée lundi midi à la salle d’entraînement du Rouge et Or, au PEPS.

Elle n’aurait jamais souhaité rater une année olympique, mais sa déchirure du ligament croisé antérieur au genou gauche et sa luxation de l’épaule droite, subies lors de la même chute, lui permettent de prendre une pause salutaire, malgré le travail de réhabilitation qui vient avec.

«Ça m’a vraiment donné un break de la Coupe du monde, reconnaît Gagnon. Ça faisait 10 ans d’affilée que j’étais tout le temps sur la route, que je faisais toutes les disciplines. C’est brûlant, ce mode de vie-là. C’est une pause forcée. Mais autant c’est difficile, autant ça fait du bien.»

Elle admet malgré tout avoir ressenti une forme d’envie en voyant ses amies s’élancer du haut des pentes, à PyeongChang. Les surprises y ont été nombreuses, et Gagnon aurait aimé causer l’une d’elles. En Super G, par exemple, où la Tchèque Ester Ledecka s’est imposée contre toute attente. Ou au combiné alpin — le mariage de la descente et du slalom —, où sa compatriote Valérie Grenier a terminé sixième. «J’étais vraiment contente pour elle. Mais c’est sûr que je me disais que j’aurais vraiment aimé être là moi aussi», indique Gagnon, deux fois médaillée d’or de la discipline en Coupe du monde.

Moment de bonheur intense, par contre, lorsque sa grande amie Brittany Phelan a remporté la médaille d’argent en ski cross. «Je capotais, je braillais comme un bébé!»

Aucun doute, Gagnon met déjà tous les efforts pour revenir en force. Le lieu de son rendez-vous avec Le Soleil n’a pas été choisi pour faire de jolies photos : elle y était pour s’entraîner, en matinée. Avec son copain skieur, d’ailleurs. Ironie du sport, l’Américain Travis Ganong, cinquième de la descente aux JO de Sotchi, a subi la même blessure au genou que son amoureuse, un mois après elle. Une blessure sympathique, disons.

Les yeux sur 2022

Tout comme son copain, Gagnon reviendra la saison prochaine pour un autre cycle olympique, même si elle aura 32 ans lors des Jeux de 2022. Pour la longévité de sa carrière, sa pause forcée pourrait être un avantage. «D’être dans ma petite routine, dans mes affaires, de ne pas avoir à voyager à tous les deux jours… Ça me donne de l’énergie pour un autre quatre ans. Je pense que ça va vraiment avoir aidé», assure Gagnon.

Mardi, direction Calgary. Le docteur de l’équipe nationale évaluera la progression de son genou. Si tout va bien, la skieuse pourra ajouter des exercices à son programme d’entraînement.

Le retour sur les skis attendra encore longtemps, malgré tout. Gagnon le prévoit pour la fin juillet, huit mois après sa blessure. «À partir de six mois, peut-être que je vais recommencer à skier. Mais je pense que ça va plus être huit. Parce que je ne veux vraiment pas prendre de chances», souligne-t-elle.

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DANS LES FILETS À 130 KM/H

Lake Louise, 30 novembre 2017. Marie-Michèle Gagnon s’apprête à compléter sa descente d’entraînement lorsque son ski gauche heurte un monticule de neige. Propulsé dans le mauvais sens, le ski accroche ensuite son copain de droite. Au lieu de poursuivre son virage, Gagnon bifurque de l’autre côté. Et percute les filets protecteurs à 130 km/h.

«Je me sentais complètement en contrôle. Je savais vraiment ce que je faisais. J’ai été surprise par ce qui s’est passé», explique-t-elle, trois mois plus tard.

Gagnon doit elle-même extirper sa jambe blessée, accrochée aux mailles dans un angle tordu. Et aussi, seule, remettre en place son épaule, sortie de son socle. Un mouvement dont elle a toutefois l’expertise. Une blessure similaire avait écourté ses Jeux olympiques, à Sotchi. Premier d’une série d’épisodes du genre.

Elle se fera opérer en même temps au genou et à l’épaule, début décembre. Dans les semaines suivantes, elle passera parfois jusqu’à sept heures par jour à travailler sur sa réhabilitation.  Jean-Nicolas Patoine