Les deux meneurs du Tour de France, les coéquipiers Chris Froome et Geraint Thomas, ont affirmé lundi qu'ils ne s'attaqueront pas lors de la dernière semaine de la compétition.

Froome promet de ne pas nuire à son coéquipier Thomas

CARCASSONNE — Comportement de gentlemen promis entre Britanniques : Geraint Thomas et Chris Froome, le maillot jaune et son dauphin du Tour de France, ont juré de ne pas s’attaquer dans la dernière semaine pour chercher la victoire finale, qui tend encore une fois les bras à Sky.

La domination de l’équipe britannique est totale jusqu’à présent sur la Grande Boucle : en deux victoires d’étapes consécutives dans les Alpes, à la Rosière et à l’Alpe d’Huez, le Gallois Geraint Thomas, qui avoue faire «la course de sa vie», s’est installé au sommet du Tour.

«Il y a toutes ces discussions autour d’attaquer ou ne pas attaquer. Nous sommes dans cette position géniale, en étant premier et deuxième du classement général. Ce n’est pas à nous d’attaquer. C’est à tous les autres coureurs de gagner du temps sur nous», a lancé Chris Froome, lundi, en conférence de presse à Carcassonne pour la seconde journée de repos.

«Tant qu’il y a un coureur Sky sur la plus haute marche du podium à Paris, je serai content», précise Froome. De là à sacrifier ses espoirs d’un cinquième sacre pour aider Thomas? «Oui», soutient l’Anglais de 33 ans.

Geraint Thomas dispose d’un «petit avantage» sur Froome, à en croire le directeur sportif de la formation Nicolas Portal. Un matelas d’un peu plus d’une minute et demie, avec toutefois l’inconnue d’un grand Tour pour Thomas, qui n’a jamais fait mieux qu’une 15e place sur le Tour de France en 2015 et en 2016.

Le passage dans les Alpes a toutefois apporté des garanties pour Thomas, notamment son comportement à l’Alpe d’Huez, à la fin d’un triptyque alpestre extrêmement relevé. «Il m’a surpris, il est très solide», remarque Portal.

La relation entre Froome et Thomas est longue puisqu’ils se connaissent depuis une décennie, entre Barloworld que Froome a rejoint en 2008 et Sky, où ils ont tous les deux signé au moment de la création de la formation en 2010.

«Nous sommes de bons coéquipiers. Ça fait de nombreuses années que nous sommes dans la même équipe. Nous vivons souvent ensemble dans les mêmes hôtels», souligne Thomas, avant de glisser malicieusement sur le ton de la plaisanterie. «Nous sommes de bons amis, enfin pour le moment.»

Leur directeur sportif se refuse lui aussi à donner des consignes, filant la métaphore parentale. «Lorsque vous avez deux enfants qui sont bons à l’école et que vous ne disposez que d’une seule bourse, parfois c’est injuste que le père ou la mère privilégie l’un des deux enfants», explique Nicolas Portal.

Attaque contre le public

Si sportivement tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Sky a connu un Tour de France agité au-dehors, avec un public franchement hostile à l’image de la montée chaotique de Froome vers l’Alpe d’Huez.

Dans ce contexte pesant autour de son équipe, le patron de Sky, Dave Brailsford, a ajouté une petite touche de provocation à l’adresse du public français.

«Si vous ne souhaitez pas d’équipes internationales, vous devez faire un Tour de France avec seulement des équipes françaises, c’est ainsi que je le ressens», a-t-il estimé lundi, en réagissant aux huées qui accompagnent les coureurs de la Sky quotidiennement.

«La procédure antidopage contre Chris était ouverte lorsqu’il a roulé en Italie. Et les supporters italiens étaient fantastiques. On dirait que c’est juste une chose française, dans la culture française», a-t-il ajouté.

Pour les trois étapes dans les Pyrénées, non loin des terres de Nicolas Portal, Brailsford ne s’attend pas à la fin des huées. «Je ne suis pas très optimiste.»

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PAS DE CHICANE DE COQS EN VUE

Claudio Corti, le responsable de l’équipe Barloworld qui a eu sous sa coupe Geraint Thomas et Chris Froome à leur début de carrière, estime qu’il n’y aura pas de fracture entre les deux premiers du Tour 2018. «Parce qu’ils sont intelligents et qu’ils sont ensemble depuis tant d’années... Ils vont s’entendre», a déclaré l’ancien directeur sportif dans le quotidien italien La Stampa. Invité à un pronostic sur le vainqueur final, Corti a répondu. «Je ne pense pas que Froome puisse récupérer une minute et demie de retard.»

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«L'AVENIR DU VÉLO SE JOUE», DIT BARDET

«Nous sommes à un point où une partie de l’avenir du vélo se joue», a estimé Romain Bardet, qui a mis en garde lundi, pendant la journée de repos du Tour de France, sur le comportement d’une minorité du public et la caisse de résonance des médias.

«On met en relief les incivilités, c’est très mauvais pour l’image du Tour et ça crée un appel d’air. Les comportements déplacés en appellent d’autres», a souligné le Français, cinquième du Tour avant les étapes pyrénéennes.

«S’ils venaient à se multiplier, ces comportements pourraient mettre en danger la sécurité des coureurs et l’attractivité du Tour qui est une grande fête populaire. Sur l’immense majorité des visages que je vois sur le bord de la route, ce sont des sourires, des gens qui sont contents d’être là, pour un sport hyper-accessible et des champions qui donnent le meilleur d’eux-mêmes», a estimé l’Auvergnat de l’équipe AG2R La Mondiale.

La montée de l’Alpe d’Huez, jeudi, a cristallisé les critiques. L’Italien Vincenzo Nibali a chuté par la faute d’un spectateur imprudent, le Britannique Chris Froome a été abondamment hué, tout comme son coéquipier Geraint Thomas, et a été touché par un autre spectateur qui semblait vouloir s’en prendre à lui, plusieurs fumigènes ont été lancés.

«On perd de très bons coureurs, on ne se sent pas vraiment en sécurité», a poursuivi Bardet. «On ne parle que de ça, ces incivilités même ultra-minoritaires, deux ou trois personnes qui veulent se refaire remarquer ou qui sont ivres et ne savent plus ce qu’elles font. Le public, dans sa très grande majorité, est content d’être là. Le Tour, c’est la fête et je veux garder cette image-là.»

Fête familiale

Les fumigènes, une pratique réglementée dans les enceintes sportives, sont désormais interdits dans la course. Des arrêtés préfectoraux allant en ce sens seront pris jusqu’à la fin du Tour.

Le chef de file du peloton français s’est montré plus réservé sur de possibles dépôts de plainte. «Avant tout recours juridique, il faut que chacun se responsabilise un peu et fasse en sorte de ne pas porter atteinte à cette institution qu’est le Tour.»

Le patron de l’équipe française, Vincent Lavenu, s’est situé sur la même ligne que son leader. «Tout le monde doit s’y mettre pour sauver notre sport. On doit tout faire pour qu’il reste beau. Quelques énergumènes et excités n’ont rien à faire au bord de notre terrain de sport. Le Tour est générateur de bonheur, une fête familiale.»

Mais Vincent Lavenu n’a pas voulu jeter de l’huile sur le feu à propos de la domination de Sky qui attise les passions sur le bord de la route du Tour. «Sky domine, soit. Comme Usain Bolt a dominé en athlétisme, comme Rafa Nadal domine à Roland-Garros. Mais, là, on ne ressent pas cette agressivité.»