Sébastien Roy ne croyait jamais avoir la chance de se battre devant une grande foule au centre Vidéotron.

Forte présence thetfordoise en vue au Centre Vidéotron

Il y aura le Grizzly Simon Kean et son adversaire bedonnant de 40 ans. Le géant Makhmudov, la future star Akhmedov, les femmes fortes et les vedettes locales. Samedi soir, le ring du Centre Vidéotron grouillera de personnages plus grands que nature, certains au propre comme au figuré. Et il y aura aussi le vrai monde, les deux gars de Thetford.

Dave Leblond, 24 ans, travaille dans une usine de bains. Sébastien Roy est un charpentier-menuisier de 25 ans. Qui avait quand même pris la semaine de congé, pour ne «pas risquer d’aller se faire mal à la job». Les deux sortent du club de boxe de Robertsonville, secteur de Thetford Mines qui abrite le seul club de la région.

Pas moins de 250 personnes feront la route Thetford-Québec pour venir les voir boxer. Juste pour Roy, c’est deux autobus pleins. Leblond et son équipe ont vendu plus de 130 billets. Un pourcentage sur leurs ventes constituera d’ailleurs la meilleure part de leur salaire.

Mais pour eux, c’est plus qu’une question d’argent. «C’est une expérience dont je vais me souvenir toute ma vie! Tu ne t’attends jamais à te battre au Centre Vidéotron devant une grande foule de même. Je vais essayer d’apprécier le moment», a confié Roy, vendredi, après être redescendu de la balance plantée au milieu du centre commercial Laurier. L’écran affichait 144 livres.

100 km par jour

Leblond était à 136,2. Puis avait la bouche pleine de petits gâteaux à la noix de coco préparé par la blonde d’un de ses coachs. Il s’entraîne maintenant à Québec, au club Empire, avec François Duguay. Chaque matin, le boxeur se lève à 4h30 et part de Thetford pour venir s’entraîner à Québec, avant de refaire les 100 km à l’envers et aller fabriquer les baignoires Océania.

«La boxe, c’est beaucoup plus qu’un loisir, pour moi. C’est une passion!» affirme celui qui a 13 ans de boxe dans le corps et 86 combats amateurs avant de passer chez les professionnels, en 2016. «Juste de boxer au Centre Vidéotron, c’est un honneur. Je suis déjà venu voir un gala avec Adonis Stevenson et là, le monde vient me voir, moi!»

Les partisans thetfordois sont mieux d’arriver tôt. Leblond (2-3) sera le premier dans le ring dès 19h pour sa revanche contre Whitney Baille (5-0, 2 K.-O.), de Laval, tandis que Roy (2-0, 1 K.-O.) et Rodolfo Lopez (6-3, 4 K.-O.) leur succéderont juste après.

«On va commencer avec l’expérience de samedi et on ne sait jamais, ça peut mener à autre chose», indique Roy, protégé de l’entraîneur Stéphane Lachance, qui l’a déjà mené au titre des Gants dorés au Québec et même de champion canadien juvénile à 14 ans, dans les rangs amateurs.

Dave Leblond parcourt la distance entre Thetford Mines et Québec chaque jour pour se consacrer à sa passion pour la boxe.

En plus d’aider au rayonnement des régions, Roy peut se targuer de favoriser les échanges commerciaux au sein de l’ALENA. Il affronte l’un des neuf Mexicains sur la carte concoctée par Eye of the Tiger Management (EOTTM) pour son premier gala d’envergure dans la capitale.

Plusieurs pugilistes en action samedi sont par ailleurs en début de carrière. Treize sur 24 comptent cinq combats ou moins et trois réalisent leurs débuts pros. Dont le prometteur Sadriddin Akhmedov, membre de la filiale kazakh avec Nurzat Sabirov (4-0, 4 K.-O.), un protégé de l’entraîneur Stéphan Larouche. Autre coach québécois de renom, Marc Ramsay est dans le coin d’Arslanbek Makhmudov (1-0, 1 K.-O.), titan de 6’ 5” et 255 livres importé d’Ossétie du Nord.

Tous le monde a fait le poids, vendredi, sauf Arturo de la Cruz (5-8, 1 K.-O.), l’adversaire de Vincent Thibault (3-0, 1 K.-O.). Son dépassement de 4 livres de la limite contractuelle de 168 coûtera 20 % de sa bourse à celui qui a été appelé en relève il y a à peine une semaine.

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DEUX BOXEURS, DEUX PERSONNALITÉS

Rémi Bizier sera aux premières loges du Centre Vidéotron, samedi soir, pour voir à l’œuvre deux boxeurs qu’il a longtemps entraînés chez les amateurs : Vincent Thibault et Clovis Drolet. «Tout le monde ici, on vient rien que pour eux autres, quasiment. Quand ils se battent, on veut les voir», lance-t-il dans la grande salle du club Le Cogneur. Deux boxeurs, mais deux personnalités fort différentes, soutient Bizier.

Aujourd’hui âgé de 25 ans, Thibault a fait ses débuts avec Bizier à seulement sept ans. L’entraîneur le considère «quasiment» comme son quatrième fils. Avec les hauts et les bas qui viennent avec! «Thibault, je l’ai mis dehors deux fois», lance l’entraîneur sans faire de cachettes. «C’était un caractère. Un petit prince, fils unique.» Mais aussi l’un des plus talentueux boxeurs qu’il ait jamais vus. «Sauf qu’il se laissait influencer par ses chums. J’avais du trouble à cause de ça», ajoute-t-il. Aujourd’hui, Thibault est devenu un athlète mature et «beaucoup plus sérieux».

De son côté, Drolet, 26 ans, s’est imposé dès le départ comme un boxeur sérieux et dédié. «C’est un cérébral, c’est un char d’assaut. Il a le cœur gros de même», dit Rémi Bizier, en plaçant ses mains loin l’une de l’autre. «Tout le monde rêve d’entraîner des Clovis.»  Jean-Nicolas Patoine