Le botteur des Vikings du Minnesota, Kai Forbath, voudra sans aucun doute prouver dimanche que les Saints de La Nouvelle-Orléans ont commis une erreur en le libérant pour faire place au jeune Wil Lutz. Forbath aura aussi la chance de faire oublier aux partisans des Vikings les mauvais souvenirs qu’ils ont en raison des bavures passées de leurs botteurs en séries éliminatoires.

Forbath veut oublier et faire oublier

EDEN PRAIRIE, Minn. — Kai Forbath visitait des appartements dans le but de s’installer à La Nouvelle-Orléans juste à temps pour le début de la saison 2016, mais un coup de téléphone l’a rapidement forcé à changer ses plans.

Cinq jours avant le premier match, Forbath se demandait bien pourquoi on lui demandait de se présenter aux quartiers généraux de l’équipe. Hélas, c’est une déception qui l’attendait. 

L’entraîneur-chef Sean Payton lui a alors annoncé que l’équipe avait décidé de le libérer pour faire place à une recrue, Wil Lutz. «Coach Payton m’a tout simplement dit qu’il avait le sentiment qu’il devait miser sur lui [Lutz]», se souvient Forbath.

Le botteur de dégagement des Saints Thomas Morstead, qui agit aussi comme teneur lors des tentatives de placement, se rappelle que Lutz avait réussi tous ses bottés le jour avant que le couperet tombe sur Forbath. 

«Lutz est arrivé et a totalement dominé ce jour-là, c’est ce qui a incité l’entraîneur à prendre cette décision», a déclaré Morstead.

«Ç’a été un choc pour moi, mais, dans le fond, c’est une business et les décisions doivent se prendre», relativise Forbath, 30 ans, qui en est à sa sixième campagne dans la NFL. 

Quant à Lutz, 23 ans, il a bien fait depuis ses débuts dans la NFL, sans être nécessairement dominant. Cette saison, il a terminé au 13e rang de la Ligue avec un pourcentage de réussite de 86,1 % (31 en 36), une amélioration en comparaison avec son année recrue, où il s’était classé au 19e rang avec 82,4 % (28 en 34).

Maintenant, coup du hasard, Lutz et les Saints, tombeurs des Panthers de la Caroline au premier tour, affronteront dimanche (16h40) les Vikings au Minnesota. Or, ces derniers peuvent compter sur un botteur nommé... Kai Forbath. 

Souvenirs douloureux

Ce dernier, au chômage pendant quelques semaines après avoir été libéré par Payton, a finalement reçu l’appel des Vikings autour de la mi-saison lorsque ceux-ci ont décidé de couper les ponts avec le botteur Blair Walsh. 

D’ailleurs, les amateurs du Minnesota n’ont pas encore oublié que Walsh, il y a deux ans, a coûté une victoire à son équipe en loupant un placement de 27 verges dans les derniers instants d’une défaite crève-cœur de 10-9 au premier tour des séries contre les Seahawks de Seattle. Cet échec, Walsh n’a jamais vraiment pu s’en remettre, ce qui a forcé les Vikings à se tourner vers un autre botteur pour stabiliser cette importante position. 

Les fans plus âgés de l’équipe, eux, n’ont pas que Walsh en tête lorsqu’ils veulent se remémorer des souvenirs douloureux : ils se souviennent encore trop bien de Gary Anderson qui, 17 ans auparavant, avait bien mal choisi son moment pour rater son seul placement de la saison.

Cet échec, survenu en finale de la Conférence nationale en janvier 1998, avait permis aux Falcons d’Atlanta d’orchestrer une remontée de fin de rencontre avant de l’emporter 30-27 en prolongation, méritant ainsi leur billet pour le XXIIIe Super Bowl. 

L’entraîneur-chef des Vikings, Mike Zimmer, s’est toutefois dit très confiant que Forbath ne referait pas vivre de tels malheurs aux partisans de l’équipe. «Il est très bon. Je crois qu’on a tiré le bon numéro avec lui.»

Rien de personnel

En 2016, en sept rencontres, Forbath a réussi ses 15 tentatives et a ensuite connu une bonne campagne 2017, avec 32 placements réussis en 38 tentatives. 

«Il suffit de ne pas tenter de forcer ses bottés», mentionne simplement celui qui a remporté en 2009 le trophée Lou Groza, remis au meilleur botteur de la NCAA. «C’est dans ce temps-là que de mauvaises choses peuvent survenir.»

Forbath, qui a débuté sa carrière en 2012 à Washington avant de botter pour les Saints le temps de 10 rencontres en 2015, ne croit pas que le match de dimanche se résume à un duel entre Lutz et lui. Point de vue que ce dernier ne partage pas. 

«Je crois qu’il utilisera ce mauvais souvenir pour se motiver. Nous portons tous un certain poids sur nos épaules, et je suis convaincu qu’il n’a pas oublié ce qui est arrivé l’an dernier», croit Lutz. «Mais je dois dire qu’il a vraiment bien fait pour eux cette saison.»

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BATTRE L'ANCIEN CLUB DE PAPA

Pour l’ailier défensif des Saints, Cameron Jordan, le match de dimanche aura une connotation un peu spéciale, car son père, Steve, a évolué comme ailier rapproché avec les Vikings de 1982 à 1994. 

Jordan, un gaillard de 6’4’’ et de 287 livres, dit toutefois ne ressentir aucune nostalgie, lui qui est né au Minnesota, mais dont la famille a déménagé en Arizona alors qu’il n’avait que 5 ans.

«Je ne vous mentirai pas, j’ai peu de souvenirs de mes toutes premières années passées au Minnesota. Je me souviens d’avoir sauté dans des tas de feuilles en automne et qu’en hiver, il est arrivé qu’il faisait tellement froid que nous avions préféré demeurer dans notre voiture plutôt que d’affronter la neige», raconte en souriant celui qui a bouclé la saison avec une récolte de 13 sacs, le quatrième plus haut total dans la NFL en saison régulière.  D’après AP