Alex Harvey reprend l’avion mercredi. La fin d’une pause de 18 jours à la maison, décision prise après son abandon du Tour de ski, le 3 janvier, épreuve par étapes que 59 % des participants n’ont pas complétée cette année. Un premier retour à Québec en milieu de saison pour lui depuis près d’une décennie.

Fini, les «obsessions» pour Alex Harvey [VIDÉO]

Alex Harvey a passé des prises de sang. Rien pour écrire à sa mère, enfin si puisqu’elle est la médecin de l’équipe canadienne de ski de fond. Mais juste des petites carences en fer et en vitamines. En gros, ça se passait dans sa tête. Et après deux semaines à Québec, il repart l’esprit libre de ses «obsessions» qui ont gâché sa première moitié de saison.

On l’a retrouvé dans un café de Beauport, lundi en fin de journée. Le meilleur fondeur masculin que le Canada ait porté arrive de se faire masser. Tranquille, il sirote un espresso macchiato au coin du feu.

La dame se demande qui est cette belle jeunesse que le photographe du Soleil scrute de son objectif. Elle suppose sport, il précise ski de fond, le journaliste ajoute Alex Harvey. «Ah oui! Mais à la télé, on voit moins votre visage.» «En course, on porte des lunettes», lui explique-t-il avec humilité, habitué à cette demi-renommée sur ses propres terres.

Une autre cliente s’approche, l’air de se demander ce qui se passe. Car tout ce qu’elle veut, c’est une place dans l’un des gros fauteuils de cuir près du faux foyer.

Harvey reprend l’avion mercredi. La fin d’une pause de 18 jours à la maison, décision prise après son abandon du Tour de ski, le 3 janvier, épreuve par étapes que 59 % des participants n’ont pas complétée cette année. Un premier retour à Québec en milieu de saison pour lui depuis près d’une décennie.

À l’époque, il se devait d’être en classe à l’Université Laval à la mi-décembre pour son examen de fin de session. L’UL a depuis passé un accord avec une université de Zurich et Harvey n’a plus que quatre cours à compléter avant de décrocher son baccalauréat en droit amorcé... en 2008!

Mais revenons au ski. Le Québécois de 30 ans débarquera donc en Suède jeudi et sera au départ d’une épreuve de 15 km dès samedi, à Ulricehamn.

«J’ai hâte de repartir! Je regardais la Coupe du monde d’Otepää [Estonie] sur l’ordi en déjeunant, en fin de semaine. Ma blonde riait de moi...» confie-t-il, disant aussi suivre de près les prouesses de coéquipiers du centre d’entraînement du Mont-Sainte-Anne aux Championnats du monde des moins de 23 ans.

«Ça m’a fait du bien d’être ici. De voir ma blonde, mes amis, ma famille. Avec du recul, je réalise que j’avais bien besoin d’une pause pour le moral. Pour me remettre à zéro. Retrouver l’Alex qui a du plaisir à se faire mal et à compétitionner, à pousser pour aller chercher une position de plus.»

«C’était pas mal plus mental que physique, mon affaire», tranche-t-il, avouant avoir skié ici davantage que s’il était resté en Europe et avait suivi le circuit de la Coupe du monde. Sorti jusqu’à deux fois par jour, même dans les grands froids récents. Jusqu’à subir des engelures aux deux joues!

«Je me pose moins de questions. J’ai les jambes déliées. J’ai retrouvé le plaisir de skier», résume Harvey, ses légères marques de brûlure sur la peau soulignant les fossettes de son sourire.

Être bien entouré

La solitude lui pesait. Son meilleur ami et coéquipier, Devon Kershaw, a pris sa retraite l’an dernier. Jesse Cockney et Graeme Killick ont aussi accroché leurs skis peu après les Jeux olympiques de PyeongChang.

«J’ai soupé chez Devon à Lillehammer, en Norvège, fin novembre. Il habite là, maintenant. Le lendemain, j’ai eu mon seul podium de la saison...» lance-t-il, tout en admettant une part de hasard.


« Avec du recul, je réalise que j’avais bien besoin d’une pause pour le moral. Pour me remettre à zéro »
Alex Harvey

N’empêche qu’être bien entouré n’est pas qu’un concept flou. Kershaw sera l’un des quatre hommes d’honneur au mariage de Harvey et de sa belle Sophie Ringuet, le 22 juin prochain.

Mais depuis cette troisième position au sprint, Harvey n’a plus percé le top 10 en 10 épreuves.

Il en a discuté avec le psychologue sportif Nicolas Lemyre, qui s’adonne à être le nouveau directeur de la haute performance à Ski de fond Canada depuis l’an passé.

«Il m’a expliqué que ce n’est pas en pensant juste à ce qui va mal que ça va aller mieux. Je n’avais plus que ça en tête, mes sensations physiques. C’en était une véritable obsession! Et toujours sur la route, dans tes bagages, c’est difficile de faire passer cette obsession. J’avais besoin d’un changement brusque.»

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SOLUTION ANTI-RETRAITE?

Si un retour à la maison de deux semaines en pleine saison laisse croire qu’Alex Harvey est au bord de la retraite, le fondeur de 30 ans n’en semble pas si sûr. Il avait déjà évoqué de mettre fin à sa carrière en 2019, après les finales de la Coupe du monde tenues à Québec du 22 au 24 mars. «Je verrai comment je me sens à la fin de la saison», se contente-t-il dorénavant de répondre.

Mais un calendrier scindé en deux, comme il vient de le faire pourrait, au contraire, lui permettre de prolonger de quelques années. «Revenir après le Tour de ski comme cette année, c’est l’idéal. Je manque une seule étape de Coupe du monde. Plein de compétiteurs européens le font. Un hiver complet sur la route, en plus de deux mois l’été pour l’entraînement, c’est rendu trop.»

Après les Coupes du monde d’Ulricehamn, en Suède, et de Cogne, en Italie, entrecoupées d’un camp de deux semaines en altitude à Livigno, Harvey s’attaquera à l’os de sa saison, c’est-à-dire les Championnats du monde de ski de fond, à Seefeld, en Autriche, du 20 février au 3 mars. Jusqu’à six épreuves en 12 jours; il est champion en titre du 50 km.