Les membres de la famille Langlois sont de vrais mordus de tennis. Derrière : Philippe, Marc-André, Charles et France. Devant : Catherine et Pierre.

Famille Langlois: Wimbledon nous revoilà!

Difficile de trouver plus tripeux de tennis à Québec que les Langlois. Après avoir siroté un cocktail dans la loge royale du All England Club en 2013, cette famille du quartier Pointe-Sainte-Foy retourne à Wimbledon dans un mois pour la cérémonie d’inauguration du nouveau toit rétractable érigé sur le court numéro 1. Une quatrième visite pour le paternel. Rencontrez cette tribu aux liens tissés en cordage de raquette.

Pour eux, le tennis, c’est plus qu’un sport. C’est la vie. Leur vie. «C’est une secte, le tennis!» lance en riant France Cantin, la maman et seule des six à ne pas taper de la balle jaune pileuse chaque semaine, sinon chaque jour comme son mari et leurs quatre enfants.

Elle, c’était la natation. La nageuse d’élite a même gagné quelques médailles. Qui ne sont toutefois pas accrochées avec les autres dans le sous-sol-musée de la résidence familiale. Les enfants aussi ont essayé d’autres choses, baseball, basketball et même voile. Mais ici, tout revient au tennis, les individus aussi.

France Cantin et Pierre Langlois se sont rencontrés grâce au tennis, début vingtaine, lors d’un voyage en France. Lui jouait un gros tournoi à Saint-Paul-de-Vence, sur la Côte d’Azur. Elle voyageait en sac à dos avec ses sœurs jumelles. Sauf que les filles se sont tout fait voler et devaient trouver quelqu’un pour les héberger. Ça dure depuis 32 ans.

Philippe, Catherine, Charles et Marc-André ont de 25 à 19 ans. Les trois plus vieux ont pris part cette année à la toute première saison officielle du club de tennis du Rouge et Or de l’Université Laval. Alors que l’aîné Philippe vient de terminer, le benjamin Marc-André devrait y entrer l’hiver prochain.

Renaissance du R et O

Un club dont papa a été l’ardent bâtisseur depuis six ans. «Je me souviens du premier conseil d’administration, ici, dans la cuisine. Après, je suis allé voir les gens de l’Université Laval. Je me disais : on a un c.a. et un peu d’argent, c’est réglé!»

«Mais Gilles Lépine [responsable à l’époque des programmes du Rouge et Or] m’a dit : “Je suis désolé, Pierre, mais ça va être impossible.” Impossible? C’est le genre d’affaires que je n’aime pas. S’il m’avait dit “ça va être difficile” ou “ça va être long”, peut-être. Mais impossible? Non.»

Pour Pierre Langlois, rien n’est impossible si on le veut vraiment. Il n’aurait jamais cru y passer autant de temps et d’effort. Mais quand ce qui s’appelait d’abord Club de tennis de la capitale, puis Club de tennis de l’Université Laval a obtenu le statut de 14e club du Rouge et Or, le sentiment de satisfaction s’est avéré aussi fort que sur un smash gagnant au bris d’égalité.

Lors des derniers championnats québécois de tennis universitaires, début avril, les hommes du Rouge et Or se sont tout juste inclinés en finale face à leurs plus ardents rivaux, les Carabins de Montréal bien sûr, tandis que les femmes se sont arrêtées en demi-finale. Ce n’est que partie remise l’an prochain.

Sauf la toilette

Impossible ne fait pas partie du vocabulaire chez les Langlois-Cantin. Il y a le talent, évident. Philippe le bollé, Catherine la communicatrice, Charles le sportif naturel et Marc-André le futur agent d’athlètes. Mais il y a surtout la persévérance, dans tout ce que tu aimes.

Des contacts et un peu de sous servent de départ, certes. On ne fréquente pas les plus grands tournois au monde, Wimbledon, Roland-Garros, US Open, Indian Wells, Miami et compagnie, sans décaisser.

«La seule différence avec les grands joueurs de ce monde, c’est qu’au lieu de gagner de l’argent, c’est leur père qui doit payer!» lance France, à propos de cette passion partagée par ses rejetons.

Sauf que pour être membre du All England Club, «tu as beau être un Beatle, il y a des conditions très strictes», avance Pierre, qui n’a pas ce privilège non plus.

Mais pendant quelques heures, en 2013, c’était tout comme. «Même John McEnroe, qui a gagné Wimbledon [trois fois], n’est pas admis dans les vestiaires. C’est très réglementé!» 

Les Langlois ont pourtant joué sur tous les terrains, même le central. Lieu mystique pour tout amateur de tennis, presque christique pour Pierre Langlois. «Pour nous, c’est comme aller à Saint-Pierre-de-Rome et que tu demandes d’aller voir l’autel ou la résidence du pape. Tu penses qu’ils vont dire non!» 

Les enfants ont en plus suivi le même parcours qu’un joueur durant la quinzaine de juillet, avant d’aller se désaltérer en famille dans le royal box (avec l’accent svp). «La seule place où on n’est pas allés, c’est la toilette de la reine. Et ça, il paraît que même Kate Middleton n’a pas le droit...» laisse tomber Catherine, sourire en coin.

Djoko et Gaga

Catherine qui a elle-même frayé avec la royauté tennistique... sans le savoir. Partie étudier six mois en Espagne à la fin du cégep, elle y était surtout pour apprendre l’espagnol et jouer au tennis sur la terre battue rouge du club Puente Romano, en bordure de la Méditerranée. L’un des 10 plus beaux clubs au monde, précise Charles — la misère noire, qu’on vous disait.

«J’arrive là et le coach me dit : “Je te présente Marko, avec qui tu pourrais frapper des balles.” J’ai demandé : “Marko qui?” Le gars me répond : “Marko Djokovic.” Mais je ne comprenais pas, alors je redemande son nom de famille au coach. “Djokovic. C’est le frère de Djoko.” Je me suis dit : “Maudite marde! J’ai une affiche de lui dans ma chambre, ça ne marchera pas!” On s’est texté quelques fois par la suite», raconte la jeune femme, quelques années plus tard. Marbella, endroit magique du sud de l’Espagne où débarquaient les migrants illégaux venus du Maroc à un bout de la ville et, à l’autre bout, Lady Gaga dans la maison qu’elle s’était fait construire.

En Espagne, ils ont aussi foulé les courts de l’Académie de Rafael Nadal, tout comme celle de Nick Bollettieri, en Floride.

Parlant des clubs les plus prestigieux au monde, le Longwood Cricket Club de Chestnut Hill, en banlieue de Boston, n’a pas résisté non plus à leur force de persuasion toute québécoise.

Plus vieux club de tennis aux États-Unis fondé en 1877 et lieu de la première Coupe Davis en 1900, le Longwood leur a ouvert ses portes en 2014 grâce à Mats Wilander.

En tournée à Québec les deux années précédentes à l’invitation de Pierre Langlois pour donner des ateliers, l’ancien numéro un mondial et vainqueur de sept tournois du Grand Chelem est devenu un ami de la famille.

«À Longwood, pas le droit d’avoir de téléphone dans le club-house, sauf pour prendre une réservation pour jouer», souligne Philippe. «Tu peux jouer nu-pieds, c’est hot!» ajoute Catherine.

Les vacances familiales se passent où ils peuvent jouer au tennis, souvent dans les endroits les plus renommés de la planète.

Le sport 90 % du temps

Un sport que Pierre Langlois adore depuis plus de 40 ans, grâce à son oncle Robert, qui l’y avait initié à 13 ans. À 18 ans, il a battu Marc Blondeau, vedette des courts à Québec, en route pour se hisser parmi les meilleures raquettes au Québec et dans le top 50 au Canada. Même âge que Martin Laurendeau.

C’est aussi à ce moment qu’il en­trait à l’Université Laval, en 1981, et que le premier club de tennis du Rouge et Or... fermait boutique. Ceci explique cela. L’homme devenu ingénieur et président de son entreprise Econoler a par la suite entretenu la flamme auprès de ses enfants, sans jamais les forcer, assurent-ils.

«On est des amateurs de sports avant tout», insiste Charles. «De tennis en premier, mais 90 % des conversations au souper tournent autour du sport en général. Oui le tennis, mais aussi le basket, le football...»

Les débats ne manquent pas. On dégagerait un consensus familial autour de Roger Federer, mais l’esprit de contradiction de Marc-André le fait pencher pour Nadal. Djoko pour Catherine? Non, 100 % Serena!

Marc-André, Catherine, Charles et Philippe sur le court central de Wimbledon, en 2013.

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BIENVENUE DANS LE SOUS-SOL DES LANGLOIS

Dans cette maison en rangée faite de briques rouges se cache une véritable caverne d’Ali Baba sportive.

Sur les murs du sous-sol se déploie toute la passion du tennis et du sport en général de Pierre Langlois. Un véritable musée avec des tonnes de photos et 44 balles jaunes autographiées par certains des plus grands joueurs au monde, mais aussi un sac à raquettes utilisé par Serena Williams, un bâton de hockey signé par Jean Béliveau et Bernard Geoffrion et une balle de baseball avec la griffe de Vladimir Guerrero.

«Maintenant, des amis m’apportent des balles [de tennis]. J’en ai reçu une autographiée par Henri Lecompte et une autre de Stan Smith. On m’a aussi donné cette vieille raquette des années 1930. Avec juste quelques objets à la maison, on ne sait pas trop quoi faire, mais ici, avec le reste, les gens trouvent que ça donne plus de sens», explique Pierre Langlois.

30 ans de tennis

Wilander, Kodes, Bouchard, Wozniak, Auger-Aliassime, Federer, Davenport, Marois, Venus, Halep, Laurendeau, Raonic, Del Potro, Mahut et ça continue encore et encore. Le tour du tennis québécois et mondial des 30 dernières années et plus. «Pour nous, chaque pièce a son histoire», résume le maître des lieux, replongeant dans ses souvenirs.

Les quatre enfants de Pierre Langlois et France Cantin apportent de plus en plus d’eau au moulin : photos de voyage — ils ont visité 35 pays —, médailles de championnats — juste celles en or — et un autographe de l’ailier défensif étoile de la NFL J.J. Watt récolté par Marc-André, en Floride, alors que le dangereux numéro 99 des Texans n’était même pas encore connu.

Dans un présentoir de bois fabriqué sur mesure, un livre sur l’histoire de Wimbledon signé par le président du conseil d’administration du célèbre tournoi britannique. Un peu plus loin, derrière une vitre, le fameux sac ayant appartenu à Serena, un certificat d’authentification placé à côté le confirme. Sans aucun doute la pièce de résistance, insiste Catherine, qui tente tant bien que mal de faire plus de place aux athlètes féminines dans la collection.

Sans oublier cette grande toile de Roger Federer en pleine action à Wimbledon, trônant juste au-dessus du divan. Une œuvre de l’artiste de Lac-Beauport Michel Bell, lui même un grand amateur de tennis. «Il y en a trois au monde : Federer en a une, le musée de Wimbledon en a une et c’est moi qui ai la troisième», sourit avec fierté Pierre Langlois. Olivier Bossé