Évelyne Giroux a tourné la page sur sa carrière en escrime il y a plus de 20 ans. Même si elle est demeurée discrète sur son passé d’athlète, des gens l’abordent toujours en lui demandant : «C’est toi, Évelyne Giroux qui faisait de l’escrime?»

Évelyne Giroux: «C’est toi qui faisais de l’escrime?»

Même si elle a fait partie de l’équipe canadienne et qu’elle a passé une dizaine d’années à compétitionner un peu partout dans le monde, Évelyne Giroux demeure plutôt discrète sur son passé en escrime. Mais les gens ne l’ont pas oubliée. Plus de 20 ans après sa retraite, des inconnus l’abordent encore en lui disant : «C’est toi, Évelyne Giroux qui faisait de l’escrime?»

«Ça me surprend toujours un peu parce que je ne considère pas que je me suis rendue bien bien loin, lance l’ex-épéiste. À chaque fois, ça me fait un petit velours, mais je ne m’habitue pas. Même que ça me gêne un peu. Ça ne me dérange pas de parler d’escrime, mais je n’aime pas mettre ça à l’avant-plan. Et je me demande toujours comment ils ont entendu parler de moi, l’escrime n’étant pas un sport très connu et très suivi.»

Le même scénario s’est produit lorsqu’elle a commencé à travailler chez Louis Garneau Sports inc. Le grand patron de l’entreprise a tout de suite fait référence à son passé d’athlète quand il l’a rencontrée la première fois. Et depuis, elle est pour tous les employés «Évelyne l’escrimeuse». Un surnom qui a dépassé les murs de l’entreprise de Saint-Augustin.

Chez Louis Garneau, Évelyne est superviseure de l’équipe nationale des commandes personnalisées en plus d’être responsable du territoire ontarien. Elle travaille avec des équipes de cyclisme ou de triathlon, par exemple, qui choisissent l’entreprise québécoise pour confectionner leurs vêtements. Son travail commence avec les soumissions, suit ensuite le design avec l’équipe de graphistes et se termine avec la confection des vêtements et leur livraison. «Mon passé d’athlète me sert bien. Je suis peut-être plus en mesure de comprendre certains besoins de mes clients.»

Un bel accident

C’est un peu par accident qu’Évelyne s’était initiée à l’escrime vers l’âge de neuf ans. Elle avait suivi les traces son frère Gabriel au club Estoc qui, mordu des aventures des Trois mousquetaires à la télé, avait voulu pratiquer ce sport. «Je pense qu’à l’époque, ça faisait l’affaire de mes parents que l’on pratique la même activité. Mais les choses ont déboulé. J’ai pris part à de petites compétitions et j’ai gagné des médailles. C’était le fun. Ça m’a motivée à l’entraînement. Et plus je m’entraînais, plus je progressais. C’est comme ça que j’ai fait ma place au niveau provincial puis national et sur l’équipe canadienne.

«S’il n’y avait pas eu l’escrime, je ne sais pas si je me serais investie à fond dans un autre sport. À l’école, je jouais au basket. J’aimais ça, mais il n’y avait pas en moi un besoin ancré de faire du sport. Comme mon père, j’avais un côté plus artistique. Et pour moi, ce qui importait, c’était d’avoir de bonnes notes. Ce qui m’a accrochée en escrime, c’est que même si c’est un sport individuel, tu te retrouves quand même au sein d’une équipe où il y a une vie sociale riche et intense.»

Évelyne fleuretait avec la vingtaine quand elle a pris sa retraite. Plusieurs facteurs avaient peu à peu éteint la flamme qui l’animait. Un peu moins motivée à s’entraîner, elle a vu ses performances en subir les contrecoups. Elle a aussi commencé à ressentir le besoin de mener une vie plus «normale». Finalement, ses saisons au sein de l’équipe nationale lui coûtaient de plus en plus cher (entre 20 000 et 25 000 $), les commanditaires ne se bousculaient pas et pour grimper au classement mondial, elle aurait dû prendre part à plus de compétitions en Europe.

«Je me suis remise en question. Je rêvais d’aller aux Jeux olympiques, mais je n’avais pas nécessairement l’argent pour le faire. Et j’avais le goût d’avoir un chum, une gang d’amis à Québec, mais surtout, je voulais me consacrer à mes études et obtenir un diplôme qui me permettrait d’avoir un emploi stable.»

En paix avec sa décision, Évelyne a profité de sa nouvelle vie pour reprendre le temps qu’elle avait perdu, par exemple, en relaxant au chalet familial au lac Saint-Joseph. «J’étais contente de faire autre chose. J’étais peut-être rendue là.» Elle s’est aussi demandé quelle tangente donner à sa carrière professionnelle. Après une session en sociologie à l’université, elle a réorienté ses études en tourisme puis travaillé pour l’agence de voyage virtuelle du CAA-Québec. Son parcours l’a ensuite menée à Gatineau puis chez Louis Garneau Sports où elle a été engagée il y a maintenant 14 ans.

Maman de deux jeunes garçons, Évelyne dit garder de sa carrière de beaux souvenirs et de belles rencontres et de belles amitiés. «L’escrime m’a aussi permis de développer mon côté performante et perfectionniste qui me sert dans tout ce que je fais. Je n’ai cependant plus besoin de me donner à 100 % dans le sport. C’est maintenant dans ma vie familiale et au travail que je le fais.»

Évelyne dit que l’escrime ne lui a jamais manqué. Mais elle s’est demandé si elle pourrait en faire sur une base récréative pour garder la forme. Même son cœur lui a dit oui, elle a dû y renoncer à cause de ses obligations familiales. «Mais peut-être que dans une couple d’années, j’y reviendrai. On verra.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants

Les Jeux d’hiver du Canada, en 1991. Ça m’a vraiment marquée, ç’a été pour moi comme des mini-Olympiques. Et les Championnats du monde juniors en 1993. Vraiment deux beaux événements pour lesquels je suis très fière d’avoir été sélectionnée. 

Q Ce qui te manque le plus

R Les voyages. On était en lien avec les équipes nationales de chacun des pays. Ça me manque de rencontrer des gens de partout dans le monde, de savoir comment ça se passe chez eux, de connaître de nouvelles cultures, etc.

Q Ce qui te manque le moins

R Les entraînements. À la fin, ça commençait à être lourd. Sinon, j’aimais tout le reste.