Étudier pour boxer

Entourés de Muhammad Ali et de Che Guevara, les jeunes du club de boxe La Capitale pourront dorénavant étudier en paix. Ils seront surtout épaulés par un tuteur, sur place, dans l'espoir d'utiliser le noble art comme tremplin vers un avenir meilleur.
Le concept est simple : tu fais tes devoirs, tu boxes gratuitement. Programme sport-études sans le nom, ni l'affiliation à une école. L'idée de s'adresser aux jeunes en difficulté s'avérerait inédite dans la région de Québec.
«Certains parents sont incapables d'aider leur enfant dans leurs devoirs. Pas par manque de volonté, mais par manque de ressources. Ici, on aura les ressources. On veut aussi créer un esprit de famille que certains jeunes ne retrouvent pas à la maison», explique Samuel Décarie-Drolet, initiateur du projet Champions de vie, inspiré des Princes de la rue d'Ali Nestor Charles, à Montréal.
Décarie-Drolet est l'un des cinq associés du club nouvellement établi au quatrième étage du Centre Horizon, dans Limoilou, un quartier plus défavorisé de Québec. C'est le club Le Cogneur de la famille Bizier, auparavant établi à Charlesbourg, qui a déménagé.
Quand Le Soleil est passé, huit cubicules d'études et un bureau de prof venaient d'être installés dans le petit local attenant au grand gymnase. Vendredi, l'endroit servait de salle de pesée et d'infirmerie pour le gala amateur présenté en soirée.
Besoin d'un plan B
Décarie-Drolet annonce fièrement que la définition des mots rêve, effort et succès sera bientôt accrochée aux murs, l'équation de la réussite. Avec un décalque d'Ali que vient d'expédier Sonny Liston au plancher et des citations inspirantes d'Ali et du Che.
Décarie-Drolet enseigne l'éducation physique au Mont-Saint-Sacrement, une école secondaire privée de Valcartier. Originaire de Montréal, il se souvient du surveillant de son école. En fin de journée, Fernando Subiran les conduisait au centre Claude-Robillard pour enfiler les gants, lui et son cousin Antonin Décarie. «À mon tour, j'ai le goût de redonner aux autres, dit-il. Même si on pense devenir champion du monde de boxe, ça prend toujours un plan B.»
Comme Antonin Décarie, qui s'est lancé en affaires dans les messagers magnétiques pour frigo à 18 ans et qui possède maintenant des investissements en immobilier. Décarie, 31 ans, est un boxeur accompli, ex-champion nord-américain des poids mi-moyens.
Ou encore Jean Pascal, ancien champion du monde des mi-lourds WBC. Il a décroché son diplôme en technique policière en 2007, alors qu'il détenait déjà le titre nord-américain super-moyen de la WBO et une fiche professionnelle de 16-0.
Tyson et le respect
Pascal souligne le respect qu'apporte un diplôme. «Mike Tyson est l'un des plus grands champions de l'histoire de la boxe, mais on le respecte moins parce qu'on dit qu'il n'a pas d'éducation. On ne pourra jamais me dire que je suis un boxeur sans éducation», établit Pascal, qui vient d'ajouter la corde de promoteur à son arc.
Il était sur place vendredi pour supporter la cause, tout comme Décarie, Kevin Bizier, l'entraîneur Marc Ramsay, le footballeur Dominic Picard, l'humoriste Guillaume Wagner et le patineur de vitesse Laurent Dubreuil.
Les Champions de vie entreront officiellement en classe en septembre. Grâce au soutien financier de l'avocate Caroline Rhéaume et du conseiller financier Réginald Barbe, le projet peut vivre un an. La suite reste à définir.