Le quart des Eskimos Trevor Harris

Eskimos 37 / Alouettes 29: une leçon pour la défensive

MONTRÉAL — Tout au long de la dernière semaine, un peu tout le monde dans l’entourage des Alouettes a souligné à quel point il allait être important de presser le quart Trevor Harris des Eskimos d’Edmonton en demi-finale de l’Est. La défense montréalaise n’a pas réussi à le faire et les visiteurs l’ont emporté 37-29.

Harris s’est moqué de la défense des Alouettes. Le pivot des Eskimos a réussi ses 22 premières passes de la rencontre et terminé la première demie avec 23 passes complétées en 24 tentatives pour des gains de 257 verges et une passe de touché. Il a terminé la rencontre avec 36 passes en 39 tentatives, pour 421 verges de gains.

«Défensivement, nous avons laissé tomber l’équipe, a admis le vétéran ailier défensif John Bowman. En première demie, nous avons raté tellement de plaqués. C’est de notre faute. (...) Ils ont amassé tellement de verges après les attrapés. Nous n’étions pas très bons. Mais cette équipe se bat toujours et nous nous sommes placés en position pour l’emporter, mais nous sommes demeurés à court.»

Les Alouettes ont effectivement eu l’occasion de se sauver avec ce match avec moins de deux minutes à faire et Josh Johnson croyait bien avoir fermé les livres avec sa deuxième interception du match, menant au cinquième placement de la rencontre de Sean Whyte sur 36 verges, pour procurer une avance de huit points aux Eskimos.

C’est bien mal connaître les Alouettes. La troupe de Khari Jones a repris à sa ligne de 34 avec 56 secondes à faire, mais n’a pas pu réussir son retour. Félix Faubert-Lussier a d’abord échappé une courte passe de Vernon Adams fils alors qu’il était fin seul sur les lignes de côté. Adams a tenté le gros jeu sur sa tentative suivante, mais Johnson a réussi sa troisième interception du match.

«Toute l’année, en pareilles situations, nous avons réussi à gagner des matchs, mais (dimanche), il ne restait pas suffisamment de magie à la fin, a raconté le centre Kristian Matte. Je suis encore un peu sous le choc, car j’ai encore l’impression que c’est possible. Mais ils ont réussi plus de jeux que nous; il faut leur donner le mérite.»

C.J. Gable a inscrit deux majeurs au sol pour les vainqueurs. Calvin McCarthy a réussi l’autre sur une passe de Harris. Whyte a réussi des placements sur 43, 25, 35 et 17 verges pour compléter la marque.

William Stanback, au sol, Mario Alford, sur un spectaculaire retour de botté d’envoi de 99 verges, et Adams ont marqué les autres touchés des Alouettes, qui ont aussi profité d’un placement de 30 verges de Boris Bede.

Pression inexistante

On ne sait pas exactement quel était le plan de match du coordonnateur défensif Bob Slowick pour ce duel, mais il n’a clairement pas fonctionné.

«Ils avaient un très bon plan de match, a expliqué Henoc Muamba au sujet de la performance de l’attaque des Eskimos. Nous avons tenté d’être dans son visage le plus rapidement possible, mais Harris a fait de l’excellent travail pour lire notre défense. Ils avaient trois ou quatre personnes déployées autour de cinq verges et il choisissait rapidement à qui envoyer le ballon.

«Quand nous avons commencé à jouer davantage en défensive homme à homme, ils ont effectué plus de tracés en croisé. À la fin du match, nous avons pu jouer plus agressivement, ce qui nous a donné plus de succès. Mais c’était trop tard.»

Pour illustrer à quel point Harris a été dominant, la deuxième passe qu’il n’a pas complétée dans cette rencontre est survenue avec un peu plus de 10 minutes à jouer. Elle a alors été interceptée par Woody Baron, après avoir été déviée par Bowman. Les visiteurs menaient 34-22. Quand Adams (14 en 27, 226 verges, trois interceptions) a franchi la ligne des buts après une électrisante course de 10 verges quelques jeux plus tard, les Alouettes n’accusaient plus qu’un retard de cinq points.

«Cette équipe n’abandonne jamais, c’est pourquoi je suis si fier d’elle, a indiqué Jones les yeux humides après la rencontre. Plusieurs équipes auraient lancé la serviette bien avant. Pas celle-ci.»

L’émotion était d’ailleurs palpable dans le vestiaire après la rencontre. Plusieurs joueurs ont fait le tour afin de s’assurer d’enlacer chacun de leurs coéquipiers. Plusieurs d’entre eux pleuraient. Certains, comme Faubert-Lussier, étaient inconsolables devant leur casier et les membres des médias les ont laissés tranquilles.

«Depuis quelques années, autant j’adore le football, c’était rendu difficile de venir travailler. Cette année, ça a complètement changé, a dit Matte avant de devoir prendre une pause pour se ressaisir. Quand on aime les gars avec qui on joue, quand on aime l’entraîneur, ça fait une grosse différence.

«Je veux le revoir l’an prochain, il n’y a pas de doute pour moi, a-t-il dit au sujet de Jones. J’ai vraiment eu beaucoup de plaisir cette année. J’aime beaucoup mes coéquipiers, je n’en échangerais aucun pour rien au monde. Ça fait mal. Mais il faut quand même garder la tête haute. Plusieurs pensaient que nous n’avions rien ici à Montréal. Nous avons été capables de leur prouver qu’on a de bons joueurs. Nous sommes en train de créer quelque chose qui pourrait ressembler à ce que nous avions dans le temps. Si on est capables de continuer dans la même veine, ça va être beau à voir d’ici les prochaines années.»

«Nous avons travaillé si fort pour nous rendre où nous étions, a pour sa part indiqué Bowman, lui aussi très ému. Tout jouait tellement contre nous en début de saison. De se battre comme nous l’avons fait et de se trouver dans notre position, c’est difficile à prendre.»

«Cette défaite n’enlève rien à ce que nous avons accompli cette saison», a ajouté Jones, qui n’a pas voulu commenter sa situation contractuelle, lui qui est maintenant sans contrat.