Analyste financier à la Banque nationale, Éric Maranda a savouré trois conquêtes de la Coupe Vanier avec le Rouge et Or. Il a aussi été élu cet été parmi les meilleurs joueurs de l’histoire de l’équipe.

Éric Maranda: la plus grande victoire

Le jour où il a décidé de se joindre au Rouge et Or, Éric Maranda l’a fait pour une raison bien précise : gagner la Coupe Vanier, un exploit qu’il a réalisé en 2003, en 2004 et en 2006. Aujourd’hui, pourtant, sa plus grande fierté n’est pas d’avoir savouré la conquête de trois titres nationaux. C’est d’avoir poursuivi avec succès ses études.

«C’est ma plus grande victoire», confie le natif de Notre-Dame-des-Pins, en Beauce. «Surtout que je n’ai pas eu un cheminement scolaire typique. Ç’a très bien fini, mais ça n’a pas tout le temps été beau. Quand je suis rentré à Laval, j’étais tout croche. C’était clair que les études, ce n’était pas ce que je préférais. J’étais inscrit en intervention sportive et, après deux sessions, je me suis fait mettre à la porte du programme.

«J’ai dû me prendre en main. J’ai travaillé fort. J’ai étudié en agronomie mais pour pouvoir le faire, j’ai dû obtenir mes cours de mathématique et de chimie de secondaire cinq, puis que je fasse mes sciences pures au cégep parallèlement à mon bac. Par la suite, j’ai étudié en finances. À la fin de mes études, le gars qui s’était inscrit à l’université en intervention sportive avec un DEC en sciences humaines sans mathématiques et qui avait été renvoyé de son programme recevait des bourses d’études pour ses résultats scolaires. Et aujourd’hui, j’ai deux bacs et deux maîtrises. Il y a tout un cheminement qui a été fait.»

L’ex-footballeur explique que c’est une rencontre avec son directeur de programme qui a changé sa destinée. Celui-ci lui a dit, après avoir analysé son dossier scolaire : «M. Maranda, les études universitaires, ce n’est peut-être pas fait pour vous.» Une remarque qui a fouetté le Beauceron qui y a vu une remise en question sur ses facultés intellectuelles.

«C’est peut-être le coup de pied dans le derrière dont j’avais besoin. Je me suis demandé ce que je ferais dans la vie une fois ma carrière de footballeur terminée. Je m’étais rendu à l’université, c’était à moi d’en profiter. Je ne sais pas si c’est mon orgueil qui ma guidé, mais c’est certain que ce que le directeur m’a dit m’a motivé. Et j’y repense souvent quand je regarde où je suis rendu.»

Trois Coupes Vanier

Il n’y a pas que sur les bancs d’école que Maranda a brillé de tous ses feux. Il l’a fait aussi sur le terrain de football. Il a d’ailleurs été élu dans l’équipe des meilleurs joueurs des 25 premières années de l’histoire de la formation lavalloise. Une nomination qui l’a flatté.

«J’ai été ému quand j’ai appris ma sélection comme secondeur. Mais c’est tellement crève-cœur pour les autres gars qui méritaient autant que moi d’être choisis. J’ai toujours été un gars d’équipe, je n’ai jamais recherché les honneurs individuels. Ce qui me rend le plus fier, ce sont nos trois Coupes Vanier, d’y avoir contribué et d’avoir été un leader en tant que capitaine pendant trois saisons», lance le footballeur, qui devait poursuivre sa carrière universitaire à Tulsa University où il avait gagné une bourse d’études avant qu’un changement d’entraîneur mette fin à ses ambitions de jouer aux États-Unis. Il avait alors choisi d’évoluer pour le Rouge et Or, l’organisation qui avait les meilleures chances selon lui de décrocher les grands honneurs, mais aussi pour les valeurs de son coach Glen Constantin, des valeurs qui étaient les siennes.

Parlant de ses trois conquêtes de la Coupe Vanier, Maranda a avoué que c’était peut-être celle de 2006, la troisième, qui était la plus mémorable. «À cause de toute l’adversité. Il faisait - 30 degrés. Il n’y avait pas de chauffage dans le vestiaire. Il y avait la foule hostile de la Saskatchewan. Et les Huskies avaient toute une équipe. Ce fut un des matchs les plus physiques et toughs que j’ai joués.»

Sa carrière universitaire terminée, Maranda a frappé aux portes de la Ligue canadienne de football avec les Argonauts, puis les Alouettes. Chaque fois, une blessure est venue saboter ses chances de jouer pro. «Je pense que j’avais ce qu’il fallait pour évoluer à ce niveau. Si ça n’avait pas été des blessures, je pense que j’aurais pu y arriver.»

Investi dans le football presque à temps plein, Maranda a trouvé difficile la transition entre sa vie d’athlète et sa vie «normale». Comme il avait davantage de temps pour lui, il en a profité pour se lancer corps et âme dans ses études. Par la suite, il a mené de front des études et sa carrière professionnelle. «Encore aujourd’hui, je me garde très occupé. Je ne sais pas si c’est à cause du football, mais je suis setté au quart de tour. Et avec trois enfants, on est toujours occupé. Ma vie, je ne l’ai pas changée à cause de mes enfants, je l’ai adaptée. «Je dirais que ce qui me manque le plus du football, c’est l’esprit d’équipe, tout le monde qui se mobilise et qui pousse dans la même direction pour un but commun et qui fait passer le club avant lui. Dans le milieu du travail en général, les gens font parfois passer leurs objectifs personnels au profit du bien collectif.

«Je mentirais donc si je disais que ça ne me grafigne pas de me réimpliquer dans le football. Quand? Je ne le sais pas. J’ai été pas mal occupé ces dernières années. Je n’aurais pas été capable de coacher à 50 %. Quand je vais le faire, ça va être à 100 %.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Saint Mary’s en 2003 quand je suis embarqué sur le terrain pour la première fois pour remplacer Ben Meloche, blessé. Je vais toujours m’en rappeler. Les gars de la défensive m’avaient dit : «Maranda, tu écoutes et tu fais tes affaires.» C’est sûr que quand je suis rentré sur le terrain, j’étais un peu nerveux. Mais j’ai pris une grande respiration et j’y suis allé. Et la Coupe Vanier en 2006.

Q  Ce dont tu t’ennuies le moins

R  Les blessures. J’en ai eu quelques-unes qui me font parfois encore souffrir aujourd’hui.  Mais quand je regarde tout ce que le football m’a donné et toutes les émotions qu’il m’a fait vivre, je me dis que ce n’est pas grave si je les ressens un peu de temps en temps.

Q  Idole de jeunesse

R  Brian Urlacher des Bears de Chicago. C’était rare de voir un linebacker blanc dans la NFL et je me disais : «crime, si lui est capable de le faire, moi aussi, je suis capable».

Q  Regret

R  J’aurais été plus sérieux plus rapidement dans mon cheminement scolaire. J’ai perdu beaucoup de temps là. J’aurais dû être plus fort plus jeune.

Q  Dans 10 ans

R  Encore dans le domaine de la finance, possiblement encore à la Banque nationale avec un poste un peu plus élevé. Je suis dans une organisation où l’on peut croître et je me vois évoluer au sein celle-ci.