Après avoir réalisé son rêve de prendre part aux JO en tant qu’athlète à Salt Lake City, Éric Brisson a vécu les JO une seconde fois quand il est allé à Sotchi en tant qu’ostéopathe de l’équipe canadienne de patinage de vitesse.

Éric Brisson: un heureux mariage

Son objectif de prendre part aux Jeux olympiques atteint, Éric Brisson, aurait pu à son retour de Salt Lake City en 2002, mettre fin à sa carrière de patineur de vitesse afin de se concentrer sur ses études en ostéopathie. Mais même si le mariage sport-études lui demandait beaucoup de temps et d’énergies, il réalisa que pour lui, l’un n’allait pas sans l’autre.

«Dans ma tête, je mettais un terme à ma carrière après les Jeux de Salt Lake», lance le Québécois. «Je croyais faire une année de transition puis me retirer complètement. Mais j’aimais tellement le patinage de vitesse», lance le Québécois. «C’est tellement un beau sport. Ça faisait partie de moi. Comme j’étais loin d’avoir terminé mes études en ostéo, et que pour moi, sport et études ne faisaient qu’un, j’ai décidé de prendre les années une à la fois. J’ai fait une première saison, puis une deuxième pour finalement me rendre jusqu’en 2006. 

«Le programme d’ostéopathie étant très chargé, je n’ai cependant pas pu m’entraîner assez pour me qualifier pour les Jeux de 2006. Mais j’étais quand même super heureux. J’avais atteint mon but ultime d’aller aux JO et aussi celui de commencer à travailler dans un domaine que j’aimerais quand je prendrais ma retraite.»

Brisson se rappellera toujours sa dernière compétition, une Coupe Canada présentée à l’Anneau de glace Gaétan-Boucher. Sa famille et ses amis s’y étaient donné rendez-vous afin de saluer sa carrière de 27 ans en patinage de vitesse. «C’était une belle journée. Ç’a bien bouclé la boucle.»

Un hasard

Brisson était détenteur d’un bac en sciences de l’activité physique quand il fut attiré par la chiropratique et l’acuponcture. Mais il dû renoncer à y étudier parce dans les deux cas, les cours ne se donnaient pas à Québec. Ouvrant les Pages jaunes dans la section médecine douce, il remarqua par hasard l’annonce d’une école d’ostéopathie. Comme les cours, donnés sous forme de séminaires, n’étaient pas en conflit avec ses entraînements et ses compétitions, il s’y inscrit. 

«Le rôle d’un ostéopathe est de trouver les rigidités du corps afin de redonner la mobilité aux endroits où il n’y en a pas assez. Je me souviens quand j’ai découvert l’ostéo en tant qu’athlète. Les bénéfices ont été très grands et j’ai tout de suite vu une méchante différence quand je suis retourné sur la patinoire. Ç’a donc été encore plus fascinant pour moi d’étudier là-dedans.»

C’est en Outaouais, où il avait déménagé pour des raisons familiales, que Brisson a ouvert sa clinique. Sa transition fut difficile. Il ne connaissait pas personne et il devait faire sa place. Habitué à bouger, à s’entraîner au grand air et à voyager, il se retrouvait dans un petit bureau à longueur de semaine. Il s’est même demandé s’il avait choisi le bon métier. «Puis les enfants sont arrivés. Ma vie a changé», explique Brisson qui, secrètement, avait commencé à rêver à participer aux JO comme ostéopathe. Mais pour réaliser mon rêve, il fallait qu’il rencontre les bonnes personnes et que les astres s’alignent.

Ayant gardé des liens solides avec son ancien coach Robert Tremblay, l’ex-patineur a travaillé, après les Jeux de Vancouver, lors un camp d’entraînement où il a rencontré le physio en chef de l’équipe nationale. Ayant fait part de son intérêt à travailler avec les athlètes, il a ensuite pris part à des Coupe du monde et à des camps d’entraînements. Son rêve de retourner aux JO se réalisa lorsqu’on lui demanda de travailler avec Denny Morrison à Sotchi. Une collaboration qui fut couronnée de succès, Morrison décrochant deux podiums. 

«Je ne suis vraiment pas le seul responsable des succès de Denny. Il y avait toute une équipe derrière lui. Mais ce fut pour moi une belle fierté un bel accomplissement, une super expérience avec une belle gang. 

«Même si elles ont été très différentes, mes deux expériences aux Jeux ont été magiques. Le mois avant les Jeux de Sotchi a été beaucoup plus relax, mais j’étais pas mal plus stressé avant la course à Denny parce que je ne contrôlais rien. En revanche, assister aux cérémonies de fermeture des JO de Sotchi dans les estrades m’a permis de les voir d’un autre œil. C’était super!»

Brisson adore travailler avec les athlètes. «Pour moi, un athlète c’est comme une Formule 1, où donner un quart de tour à une vis fait une grande différence. Les feedbacks sont rapides C’est très valorisant.»

Les années ont passé, mais Brisson a gardé des liens serrés avec son ancienne gang de l’anneau de glace. «À chaque fois que je viens à Québec, j’essaie de faire ma petite tournée. Mais ce n’est pas facile. J’ai tellement de bons amis à voir.

«C’est certain que s’il y avait un anneau pas loin de la maison, je patinerais souvent. Je me suis d’ailleurs promis de faire un jour un Championnat du monde des maîtres», lance celui qui a aussi son école de power skating. «Mais j’ai découvert le CrossFit. J’y retrouve le même niveau de performance, de camaraderie et d’intensité que dans le patinage de vitesse. Et je rêve de participer un jour aux CrossFit Games. En 2000 quelque chose (rires).»

+

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants?

Ma participation aux Olympiques en tant qu’athlète et comme ostéopathe. Et d’avoir réussi à mener mes études parallèlement à ma carrière en patin. 

Q  Plus beau souvenir?

R  Le moment où j’ai passé la ligne d’arrivée (Calgary) et que j’ai su que j’allais aux Olympiques de Salt Lake City. Ça va rester gravé à tout jamais dans ma mémoire. Et au moment où je suis entré dans le stade lors des cérémonies d’ouverture, ç’a été magique aussi.

Q  Personnalité marquante?

Sylvain Bouchard a joué un rôle important dans ma carrière. C’était un beau modèle. Il avait une belle personnalité et c’était un super athlète et une force de la nature. Aussi Patrick Bouchard, c’est le gars le plus tenace et le plus persévérant que j’ai connu. Il ne manquait pas une seconde d’entraînement. Il m’a poussé à atteindre un autre niveau. Et Robert Tremblay, un super coach qui avait une belle ouverture d’esprit. On a essayé toutes sortes de choses ensemble. Mais il y en a tellement d’autres.

Q  Dans 20 ans?

J’aimerais retourner à Québec. J’aime tellement cette ville-là. Aller le matin m’entraîner à l’anneau de glace avec la gang qui sera à ce moment-là, aller me promener dans le Vieux quand il fait beau... C’est clair que je souhaite prendre ma retraite à Québec.