D’autres projets, comme la mise en place de deux pôles suprarégionaux avec terrains synthétiques de dimensions majeures dans l’est et l’ouest de l’île ont été repoussés aux calendes grecques.

En forte croissance, Baseball Québec victime de son succès

MONTRÉAL — Baseball Québec est victime de son succès. Depuis 2007, la fédération provinciale de baseball amateur a vu ses rangs grimper de 63%. De quelque 18 000 joueurs, Baseball Québec est passé à plus de 30 000 joueurs en 2017. Ils seront 32 000 en 2018 à fouler les losanges de la province.

Cet afflux de joueurs crée des problèmes de logistique pour ses associations. Certaines d’entre elles doivent depuis quelques années tenir des listes d’attentes ou carrément refuser des inscriptions en raison de la hausse de la popularité du sport et du manque de plateaux.

En effet, au tournant des années 1990 et au début des années 2000, alors que le baseball connaissait un creux de vague, 17 000 membres en 2005 et 2006, et que le soccer était en nette progression, plusieurs municipalités se sont retrouvées avec un nombre de terrains de soccer insuffisant, tandis que certains terrains de baseball étaient inoccupés. Plusieurs ont ainsi été transformés en terrain de soccer.

«Nous ne serons jamais capables d’aller retrouver tous les terrains que nous avions dans le passé, mais je pense que les municipalités voient de plus en plus la popularité du baseball, a raconté le directeur général de Baseball Québec, Maxime Lamarche. Eux, ils sont là pour donner des services à la population. On se comprend, au début des années 2000, le baseball n’était pas fort et c’était normal pour les élus de dire que le terrain qui est inoccupé depuis trois ou quatre ans, je vais en faire autre chose. Maintenant, ça revient en force et ces élus-là doivent trouver le moyen de donner le service.

«C’est plus facile en banlieue, car tu as de l’espace. Sur l’île de Montréal, ça devient difficile. C’est là que des solutions avec des terrains synthétiques, à titre d’exemple, pourraient venir nous aider. Toutes les parties de baseball que tu perds parce qu’il y a eu un orage et que le terrain met 24 heures à sécher, sur du synthétique, 30 minutes après, tu peux recommencer à jouer. Toutes les plages horaires que tu gardes libres en juillet et août au cas où il pleuve en mai, tu pourrais maintenant les utiliser.»

Réfection ou non?

Dans la métropole, la politique de réfection des terrains de baseball, mise de l’avant par l’ex-maire Denis Coderre, mais sabrée par l’actuelle mairesse, Valérie Plante, nuit grandement aux efforts de la fédération à Montréal selon Lamarche.

«C’est un gros manque, laisse-t-il tomber, même si c’est vrai que l’argent est toujours là et que c’est vrai que c’est bien que les arrondissements aient le choix de choisir où la dépenser. Nous ne sommes pas contre ça. Nous avons toujours dit que c’est le ‘timing’ qui est mauvais. On avait l’impression que c’était le tour du baseball.

«Il y a plusieurs terrains de soccer qui ont été rénovés, d’autres en gazon synthétique ont été aménagés. Il y a des arénas qui ont été rénovés, même construits. Là, on arrivait au baseball. Quand on regarde les statistiques, près de 50% (88 sur 165) des terrains sur l’île n’ont pas de lumières fonctionnelles ou pas de lumières du tout! Comment voulez-vous faire jouer des jeunes en pleine journée quand ils ont de l’école ou quand les parents travaillent? Le baseball, c’est le soir que ça se joue. C’est un enjeu majeur pour nous.»

D’autres projets, comme la mise en place de deux pôles suprarégionaux avec terrains synthétiques de dimensions majeures dans l’est et l’ouest de l’île ont été repoussés aux calendes grecques.

«Ces projets ont été mis sur la glace, a expliqué Lamarche. Personnellement, je vais passer beaucoup de temps à me battre pour que ces pôles voient le jour. Je compte énormément sur Mme Rosannie Filato (responsable des sports et loisirs à la Ville de Montréal), Mme Plante et M. Hadrien Parizeau (conseiller associé en sports et loisirs), mais il faut faire la différence entre le retour du Baseball majeur et la politique de l’ex-maire Coderre et un plan d’action en lien avec le baseball, un sport qui a besoin de nouvelles infrastructures pour vivre et survivre. Si on regarde le plan mis en place par Denis Coderre, 70% du plan visait à rénover des parcs qui ont été construits il y a 50, voire 60 ans.

«En ce qui a trait des deux pôles suprarégionaux, ce sont deux pôles extraordinaires, dont nous avons besoin pour des écoles de baseball, des académies, des équipes d’excellence régionales, ou l’organisation de tournois importants, un peu comme ceux auxquels participe l’Académie Baseball Canada aux États-Unis. Ils pourraient servir à organiser tout ce qui est Championnats canadiens ou internationaux. D’avoir l’opportunité de tenir des événements comme ça à Montréal, ça a un impact direct sur le baseball amateur.»

Au moins, souligne Lamarche, la porte n’est pas fermée.

«J’ai eu une discussion il y a environ un mois avec Mme Filato, qui était très ouverte. Elle m’a expliqué le changement de vocabulaire dans la politique et on s’est dit qu’on se reparlerait une fois que la poussière serait un peu retombée. Mais c’est certain qu’on va reparler de ces deux pôles, car c’est un projet très important pour le baseball amateur non seulement à Montréal, mais à travers le Québec.»

Rehausser le plaisir des jeunes joueurs

La forte croissance qu’a connue le baseball au Québec au cours des 10 dernières années ne crée pas que des problèmes de logistique à la fédération provinciale. L’afflux de nouveaux joueurs exige de nouvelles façons d’amener tout ce beau monde au même niveau.

Alors que par le passé, plusieurs joueurs commençaient à jouer au baseball en bas âge, entre 4 et 7 ans, il n’est plus rare que les jeunes rejoignent les losanges au niveau atome, à 8 ou 9 ans.

Ces joueurs qui se joignent «sur le tard» aux «vétérans» entraînent une disparité au niveau des connaissances techniques. C’est pourquoi Baseball Québec lancera dimanche son programme Grand Chelem, qui permettra à ces nouveaux venus de se mettre à jour de façon accélérée.

Le directeur technique de Baseball Québec, Sylvain Saindon, a planché tout l’hiver sur ce programme. Les joueurs de 8 et 9 ans seront ainsi regroupés pendant quatre à six semaines afin de parfaire leurs connaissances techniques de base, pour que le plaisir de jouer se fasse sentir dès les premiers matchs.

«Ils apprendront à jouer avant de jouer des matchs, note Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec. Le baseball est l’un des sports les plus difficiles techniquement et si tu ne maîtrises pas les techniques de base, tu es foutu. Tu ne peux pas du jour au lendemain apprendre à attraper un haut ballon, un roulant ou à frapper une balle.

«Au mois de juillet, quand ces équipes se mettront à jouer des matchs, ça fera du beau baseball», dit-il avec fierté.

Ce programme permettra aussi d’éviter que des jeunes plus avancés ne quittent le sport en raison de la disparité technique qui se retrouve parfois au sein d’une même cohorte.

«Une fois ton équipe de niveau A complétée avec les 11 meilleurs joueurs, on se retrouvait avec les 12e, 13e et 14e joueurs qui n’étaient pas assez forts pour le A, mais qui, après trois à cinq ans de ‘Rally Cap’ (NDLR: le programme d’initiation créé pour la plus jeune tranche d’âge, il y a quelques années), ont une bonne notion de baseball: capables de lancer, attraper et frapper une balle», explique Lamarche.

«On a remarqué depuis deux ans qu’on perdait ces joueurs ‘entre deux eaux’, qui s’ennuyaient, littéralement. (...) On a ressenti beaucoup de ce désintéressement l’an dernier. C’est simple et c’est mathématique: on doit s’assurer que tout le monde joue avec quelqu’un de son calibre. Quand il y a une trop grande disparité, c’est là que le plaisir disparaît. On s’est rendu compte que c’est ce que nous avions au niveau atome.»

Après avoir pris soin des tout petits avec Rally Cap et des 8-9 ans avec Grand Chelem, la fédération se penchera dans les années à venir sur les joueurs d’âge moustique (10-11 ans) et pee-wee (12-13 ans).