À seulement 21 ans, le Colombien Egan Bernal a montré l'étoffe d'un futur champion des grands tours cyclistes.

Egan Bernal, la révélation du Tour de France

PARIS — À seulement 21 ans, le Colombien Egan Bernal a été la révélation du Tour de France, qu’il disputait pour la première fois, et devra confirmer ce statut dès l’an prochain au sein d’une équipe Sky qui mise sur lui.

Pour cette première expérience sur un grand tour, le rôle de Saint-Bernard a sis à merveille à Egan Bernal.

Dans l’Aubisque, alors que son leader Chris Froome a connu un gros passage à vide, il l’a emmené dans sa roue pour limiter la casse. Il avait fait de même la veille dans le col de Portet, la plus grosse difficulté proposée sur le Tour en 2018.

Pourtant, la route de Bernal vers le cyclisme sur route était bien loin d’être garantie. Né à Bogota, il a grandi à Zipaquira, ville située un peu plus en altitude (2650 m) que la capitale colombienne (1700 m), à une cinquantaine de kilomètres.

Il a découvert les joies du vélo dès l’âge de huit ans, contournant l’avis de son père, ancien coureur cycliste et récalcitrant à voir son fils s’engager vers une carrière dans ce sport.

La première expérience de Bernal sur deux roues se déroule sur les chemins de terre, en VTT. Une carrière d’une décennie qui le mène à l’argent mondial chez les juniors en 2014 à Lillehammer et au bronze mondial, toujours chez les juniors, l’année suivante à Andorre.

Mais ce qui l’intéresse rapidement, c’est la route. Un autre Colombien, Nairo Quintana, brille sur les routes du Tour de France, deuxième en 2013 et en 2015 derrière le Britannique Chris Froome, et devient l’un des sportifs les plus populaires dans son pays.

Talent précoce

À 18 ans, l’ancien étudiant en journalisme décide de devenir routier à part entière. Gianni Savio le fait venir en Italie et lui fait signer un premier contrat avec chez Androni, interrompu à mi-chemin pour signer fin 2017 avec la Sky, ultra-dominatrice dans le peloton.

Avant de s’attaquer au Tour de France en juillet, Bernal fait déjà fait parler de lui à domicile sur la Colombia Oro y Paz, une nouvelle course cycliste dans les montagnes colombiennes. Il devance en février ses compatriotes Quintana et Rigoberto Uran, deuxième du Tour en 2017.

Grimpeurs, originaires des hauteurs de la Cordillère orientale des Andes en Colombie, vainqueurs de la course de référence chez les espoirs (Tour de l’Avenir) et promis à un avenir doré sur le Tour de France : le parallèle entre Egan Bernal et Nairo Quintana est flagrant.

À la différence près qu’à 21 ans, Bernal évolue dans la meilleure formation du monde, la Sky et ses six victoires sur les sept dernières éditions du Tour.

«J’ai rarement vu un tel talent, avec une telle force mentale, être si performant avec une telle précocité. Il a réussi à faire face aux nombreux défis d’une telle course, avec tout ce qui nous est arrivé», a loué le directeur de Sky, Dave Brailsford.

De là à en faire un futur vainqueur du Tour? «Oui, je le pense vraiment», a estimé Brailsford.

Reste à savoir si le Colombien un peu plus grand que Quintana (1,75 m contre 1,67) arrivera à avaler les longues séances d’entraînement de la formation britannique pour le transformer en coureur complet, tant en contre-la-montre qu’en montagne, à l’image de Froome ou de Geraint Thomas.

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SKY EN POSITION POUR POURSUIVRE SA DOMINATION

Le Tour de France a un nouveau champion, mais la plus prestigieuse course cycliste s’est conclue selon un scénario prévisible : la domination de l’équipe Sky.

En plaçant Geraint Thomas sur la première marche du podium sur les Champs-Élysées, dimanche, la formation britannique a mis fin à trois semaines de course qui a cruellement manqué de suspense avec sa sixième victoire lors des sept dernières éditions.

Une fois de plus, les coureurs de l’équipe Sky ont été intouchables sur les routes de France, contrôlant la course avec aisance puisque Thomas est devenu le troisième Britannique à remporter le Tour après Bradley Wiggins et le quadruple champion Chris Froome.

Depuis la victoire de Wiggins en 2012 chez Sky, l’équipe la plus riche du peloton a remporté toutes les éditions de la course sauf une, en 2014, lorsque Froome s’est effondré et que l’Italien Vincenzo Nibali en est sorti victorieux.

Même l’expulsion de Gianni Moscon pour avoir frappé un rival pendant la 15e étape n’a eu aucun effet sur la machine bien huilée de Sky, alors que l’équipe dirigée par Dave Brailsford a remporté une quatrième victoire consécutive en Grand Tour.

«Nous étions très loin de nos objectifs l’année de nos débuts, nous avons mieux fait l’année suivante, puis nous avons gagné le Tour avec Bradley, a déclaré Brailsford, qui supervise l’équipe depuis sa création en 2010. Chris Froome a beaucoup appris aux côtés de Bradley, il a acquis beaucoup d’expérience, puis Geraint a appris de Chris. Ça se transmet de génération en génération. Nous pensons toujours à l’avenir.»

Voir trois ou quatre ans en avant

Et d’autres talents émergent dans leur foulée. C’est le cas du Colombien Egan Bernal, 21 ans, qui a participé à son premier Tour cet été. Bernal a effectué un travail incroyable pour Thomas et Froome en montagnes, aidant les deux dans la dernière étape des Pyrénées. Malgré ses efforts incessants en tant que faire-valoir, Bernal a tout de même terminé au 15e rang au classement général.

En plus de Bernal, Brailsford a également recruté deux des meilleurs espoirs du cyclisme, Pavel Sivakov, 21 ans, et Tao Geoghegan Hart, 23 ans.

«Mon travail consiste à préparer les choses pour trois ou quatre ans en avant, a déclaré Brailsford. Nos coureurs dans la trentaine ne seront pas toujours là... D’ici les deux ou trois prochaines saisons, j’aurai l’opportunité d’ajouter d’autres jeunes dans le groupe.

«Cette année, Egan a observé très attentivement Chris, il a posé beaucoup de questions, a regardé tout ce que nous faisons pour gagner le Tour. Il s’agit de la meilleure expérience possible pour l’avenir.»

Brailsford est catégorique : ce n’est pas seulement l’argent, mais aussi l’expertise de Sky dans le développement des talents qui l’aide à attirer les meilleurs coureurs.

«Bernal a un revenu très, très modeste, a-t-il déclaré. Comparé au revenu moyen du World Tour, ce n’est pas grand-chose, la plupart des coureurs gagnent plus d’argent.»  AP

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TOUR PROPRE... TECHNOLOGIQUEMENT

Aucun cas de fraude technologique n’a été constaté pendant le Tour de France remporté par le Gallois Geraint Thomas, a annoncé l’Union cycliste internationale (UCI). Les tests ont été effectués en recourant à différentes technologies — magnétométrie, rayons X et imagerie thermique —, avant, durant ou après la course, tout au long des trois semaines de la compétition, a précisé la fédération internationale.  AFP