C’est à la 
boulangerie de ses parents, 
située sur la rue 
de Castelnau 
à Montréal, 
que Laurent 
Duvernay-Tardif a rencontré 
les médias pour tracer le bilan de sa saison avec les Chiefs de Kansas City, 
qui a pris fin 
sur une défaite crève-cœur qu’il a encore bien du mal à accepter.

Duvernay-Tardif digère mal l'élimination des Chiefs

MONTRÉAL — Cinq jours plus tard, Laurent Duvernay-Tardif n’a toujours pas digéré la défaite de 22-21 des Chiefs de Kansas City aux mains des Titans du Tennessee, samedi dernier.

Tout allait pourtant bien. L’équipe exécutait à merveille et s’était forgé une avance de 21-3 après 30 minutes de jeu. «En deuxième demie, le vent a tourné», a expliqué le Québécois, qui a rencontré les journalistes dans la boulangerie familiale, rue de Castelnau, à Montréal.

«Certaines décisions des arbitres ont été un peu discutables aussi. Ça a été difficile à avaler. C’est encore difficile. Toute l’équipe se voyait aller plus loin. [...] Ça va prendre du temps avant de passer par-dessus cette défaite-là.»

Ce n’est pas le seul moment difficile qu’a connu Duvernay-Tardif au cours de cette saison. Le joueur de ligne offensive, qui aura 27 ans le mois prochain, a subi une première blessure sérieuse chez les professionnels, une déchirure du ligament collatéral interne qui lui a fait rater quatre rencontres.

«C’était ma première blessure et — je touche du bois — j’espère ma dernière. Ce n’est pas facile de se blesser dans la NFL. C’est une chose de guérir physiquement d’une blessure, mais ensuite, il faut guérir psychologiquement. Il faut faire confiance à sa jambe, à son genou. Ça m’a pris deux ou trois semaines avant d’être efficace, de jouer à mon plein potentiel.»

L’étudiant en médecine de l’Université McGill — on pourra officiellement l’appeler «Docteur» en mai — a par contre été impressionné par la qualité des soins reçus. «La quantité de professionnels qui sont là pour maximiser ta guérison, c’est incroyable. Ce qui doit durer six semaines en prend quatre, car tu as tout pour optimiser ta guérison.»

«Transition subtile»

Le revers de samedi pourrait bien marquer le début d’une période de transition chez les Chiefs. Le vétéran quart Alex Smith pourrait notamment avoir disputé son dernier match avec l’équipe.

Si c’est le cas, Duvernay-Tardif estime que la période d’apprentissage du substitut Patrick Mahomes ne devrait pas être trop chaotique. «Il a du talent. On l’a vu en matchs préparatoires : il est capable de sortir de la zone de protection et de lancer des passes, de convertir un long troisième essai. Ça en dit long sur ses capacités athlétiques et la force de son bras.

«De mon point de vue, je pense qu’il reste du travail à faire au niveau des appels de jeux et sur la reconnaissance des défenses adverses, afin qu’il nous donne de meilleures infos pour que nous puissions en retour mieux le protéger. C’est là-dessus qu’il travaille présentement. Il n’y a pas de doute que ce sera un grand quart-arrière pour les Chiefs. La question est de savoir quand. [...] Je pense que ce serait une transition subtile.»

Par contre, Duvernay-Tardif n’entrevoit pas de changement au poste d’entraîneur-chef. Même si certaines rumeurs ont circulé cette semaine, le Québécois est convaincu qu’Andy Reid sera de retour à son poste en 2018. «Absolument. Être un bon entraîneur, ce n’est pas tout le temps de prendre toutes les décisions. Il a donné son carnet de jeux à Matt Nagy [coordonnateur à l’attaque] en milieu de saison. Je pense que c’est un signe d’un bon entraîneur.

«De connaître ses limites, de voir que parfois, les choses ne fonctionnent pas et il faut avoir l’humilité de passer les commandes. Ça en dit long sur la personne qu’il est. J’ai confiance en lui et je le respecte beaucoup.»

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COMMOTIONS CÉRÉBRALES : LA SITUATION S'AMÉLIORE

Bien au fait des risques qu’entraîne la pratique du football, Laurent Duvernay-Tardif estime que la NFL est dans la bonne direction en ce qui a trait à la réduction des commotions cérébrales.

«On ne pourra jamais éliminer les commotions, mais on peut donner un maximum d’éducation aux joueurs, une culture de prévention et de traitements adéquats des commotions. Je pense que c’est ce que la NFL fait», a-t-il affirmé.

«Quand Travis [Kelce, ailier rapproché des Chiefs] a reçu son coup à la tête pendant le match de samedi, tout le monde sur le terrain, même les joueurs de l’équipe adverse, ont dit : “Il doit quitter”. Ça, je trouve ça beau. Il y a quelques années, c’était un peu une tare. On disait : “Pousse un peu, c’est juste un mal de tête.” Ce changement de culture, c’est ce qui est le plus important. Ça passe par les joueurs.»

La NFL a imposé cette saison une amende de 100 000 $US à Seattle pour avoir mal appliqué le protocole de commotion après que leur quart Russell Wilson eut été victime d’un coup à la tête. Cette semaine, la ligue a décidé de réviser le travail de l’équipe médicale des Panthers de la Caroline en raison d’une situation impliquant le quart Cam Newton.

«Je ne veux pas entrer dans les détails, mais diagnostiquer les commotions sur le terrain, ça ne passe pas seulement par le personnel médical de l’équipe. Il y a le neuropsychologue indépendant qui est là et qui a un droit de veto. Il y a aussi les observateurs dans les estrades qui peuvent aider à identifier des possibles commotions. Je ne sais pas exactement comment des erreurs ont pu être commises dans le cas de Russell Wilson ou de Cam Newton, mais je pense que le but de la NFL est de rendre le sport le plus sain possible, car on ne peut pas continuer à jouer du football comme on le faisait il y a 50 ans. C’est un peu à ça que servent les amendes.»

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MÉDECIN... PUIS JOURNALISTE

En attendant de retrouver ses coéquipiers le printemps prochain, Laurent Duvernay-Tardif se rendra en Corée du Sud afin de tourner pour la télévision des capsules olympiques avec quelques athlètes québécois qui participeront aux Jeux de PyeongChang, tout en poursuivant son travail avec la Fondation Laurent-Duvernay-Tardif. Aura-t-il le temps de réviser ses notes en vue de son examen final de médecine du mois de mai? «Je vais apporter mes livres en Corée et je vais tenter de rester à jour. Débroussailler à tout le moins ce qui m’attend. [...] Je vais me faire un horaire détaillé pour les prochains mois à venir.»