Il existe déjà une ligue professionnelle féminine en Amérique, mais les joueuses n'y sont pas payées. Celles de la LCHF gagneront de 10 000$ à 25 000$ par saison, et toucheront 15% sur la vente de chandails, comme celui des Riveters, à l'effigie de la célèbre icône «Rosie».

Du vrai hockey pro féminin!

Une Américaine de 28 ans a monté, à bout de bras, la première ligue professionnelle de hockey sur glace féminin en Amérique du Nord, qui vient de lancer sa saison inaugurale, suscitant intérêt et curiosité.
Il existait bien déjà une ligue professionnelle - la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), qui comprend cinq équipes, dont les Canadiennes de Montréal -, mais les joueuses ne sont pas payées. Elle a d'ailleurs souffert d'une vague de défections avec la création de la National Women's Hockey League (NWHL). En Europe, une ligue russe et une autre suisse versent de vrais salaires, indique Jaclyn Hawkins, fondatrice du site WomensHockeyLife.com.
L'histoire du hockey professionnel féminin à New York a débuté dimanche dernier, dans le hangar d'un ancien aérodrome reconverti en patinoire et perdu dans Brooklyn, à plus de 15 km de Manhattan.
Devant 1200 spectateurs, les Riveters de New York ont subi la loi du Price de Boston (7-1), mais l'essentiel était ailleurs. Pour la première fois aux États-Unis, des femmes sont payées pour jouer au hockey, même si elles ont toutes conservé un emploi à côté.
Investisseurs anonymes
Les salaires vont de 10 000 à 25 000 $ la saison qui comptera 18 parties jusqu'en mars pour les quatre équipes (New York, Boston, Connecticut et Buffalo) de la National Women's Hockey League (NWHL). Les joueuses reçoivent aussi 15 % sur la vente des chandails.
Rien n'a filtré sur l'identité des investisseurs ayant permis à la NWHL de voir le jour. Ils se cachent derrière le visage d'une femme blonde de 28 ans, Dani Rylan, fondatrice et patronne de la Ligue, qui ne veut rien en dire.
«Tout le monde me disait : "C'est une évidence, il faut le faire"», se souvient cette ancienne hockeyeuse. «Il a quand même fallu faire un petit travail de persuasion chez certains.»
«Nous sommes financés pour la totalité de la première saison», assure-t-elle. Outre l'investissement de départ, les seules recettes viendront de la billetterie, avec l'objectif de vendre 60 000 billets pendant la saison. «Si nous y parvenons, nous serons bénéficiaires», promet Jake Duhaime, porte-parole de la NWHL.
Des discussions sont en cours avec des annonceurs et des chaînes de télévision. Des partenariats publicitaires pourraient être conclus avant la fin de la saison. Côté billetterie, la saison a bien démarré avec un premier match à guichets fermés à Buffalo (1800 spectateurs).
Le seul sport en hausse
Le public est un mélange atypique de passionnés de hockey et de néophytes. «Je n'ai jamais vu un match de sport professionnel, je n'ai jamais eu l'occasion», explique Laurine Lewis, qui habite Brooklyn. «Des billets pour un match des Rangers [LNH], c'est assez cher. Là, c'est 20 $.»
Brad Bonner a lui emmené une trentaine des jeunes hockeyeuses de 10 à 16 ans qu'il entraîne à Morristown, dans le New Jersey. «C'est très important pour elles de voir des filles jouer.»
Le hockey est le seul sport collectif à avoir enregistré une hausse de la pratique chez les jeunes depuis 2009 aux États-Unis (+ 44 %), selon une étude de la Sports & Fitness Industry Association. Les deux médailles d'argent des Américaines lors des JO de 2010 et de 2014 ont bien aidé.
Les joueuses de la NWHL assument totalement leur rôle d'ambassadrices du hockey féminin, accordant les égoportraits et les autographes à tour de bras. «C'est la première fois que nous suscitons l'intérêt; la première occasion aussi aux États-Unis d'être professionnelles et d'être payées, donc c'est super», s'enthousiasme Madison Packer, attaquante de New York.
Dani Rylan porte maintenant sur ses épaules les espoirs de tout un sport, qui n'a jamais bénéficié d'une telle exposition. «La pression, c'est surtout celle que l'on se met, assure-t-elle, car, autour, les gens sont tellement positifs que ce n'est pas de la pression.»