Le petit village ivoirien de Pokou-Kouamékro a désormais une école toute neuve grâce à l’ex-joueur de l’Impact Didier Drogba, qui était heureux jeudi d’inaugurer l’établissement avec les futurs élèves, fous de joie d’accueillir leur idole.

Drogba offre une école à un village ivoirien

POKOU-KOUAMÉKRO — «Fini les 10 kilomètres à pied», s’exclame Serge Kouadio, 11 ans, du village de Pokou-Kouamékro à l’inauguration d’une nouvelle école offerte par la star du soccer Didier Drogba pour aider à promouvoir l’éducation dans cette zone rurale et cacaoyère de Côte d’Ivoire.

Jusqu’ici, cette bourgade de plus de 4000 habitants, enclavée et poussiéreuse à 300 km au nord-ouest d’Abidjan, reliée au réseau routier par une piste pleine de trous, ne disposait que d’une petite école, non officielle, avec trois classes pour accueillir l’ensemble des enfants. Certains étaient obligés de parcourir une quinzaine de kilomètres par jour pour s’y rendre.

«Maintenant l’école est à ma porte», se félicite le petit Kouadio, en classe de CE1, découvrant la plaque incrustée dans un mur de la nouvelle école : «EPP [École primaire publique] Didier Drogba».

À l’instar de ce gamin en joie, le petit village de planteurs de cacao a célébré l’inauguration d’une école toute neuve et la visite de Drogba, qui a notamment joué à Marseille et à Chelsea.

«Drogba! Drogba! Drogba ayoka!» (bienvenue en langue Bete) ont crié jeunes et anciens, à l’arrivée en hélicoptère de l’ancien capitaine des Éléphants, l’équipe nationale ivoirienne.

«C’est la première fois que je vois Drogba en personne. Je suis heureux», lance René Kouadio, étudiant et habitant du village.

Celui qui a porté les couleurs de l’Impact de Montréal en 2015 et 2016 dirige une fondation à son nom et est fortement impliqué dans l’éducation des enfants. C’est pourquoi il a voulu offrir au village une école de six salles de classe, dotée d’une cantine scolaire, de latrines, d’un terrain de soccer et de trois maisons pour les enseignants.

«C’est une fierté, ça a été un travail de longue haleine», a-t-il lancé, habillé d’un t-shirt marron, casquette vissée sur la tête au milieu des enfants médusés. «Aujourd’hui je suis un homme très heureux. C’est une école d’excellence qui va relancer la scolarisation dans ce milieu rural et agricole.»

Didier Drogba, 39 ans, en semi-retraite (il évolue occasionnellement avec l’équipe de Phoenix dans United Soccer League), souhaite investir dans son pays, en misant surtout sur le secteur de l’éducation.

Sombre réalité

«Le meilleur moyen d’avoir un impact sur l’avenir d’un peuple, c’est de l’éduquer. Grâce à l’éducation, on évite pas mal de problèmes socio-ethniques. On apprend la tolérance et cela évite des guerres», a-t-il souligné, alors que la Côte d’Ivoire a subi près de 15 ans de crise politico-militaire. «L’éducation permet une stabilité politique et économique.»

La fondation du footballeur s’est associée au géant suisse de l’agroalimentaire Nestlé et à l’Initiative internationale pour le cacao (ICI, une organisation créée par l’industrie du chocolat), pour construire l’école de Pokou-Kouamékro.

«Didier Drogba est un modèle de courage, d’abnégation, de don de soi et d’excellence. Nous voulons faire de cette école un pôle d’excellence dans cette région productrice de cacao», a souligné Euphrasie Aka, coordinatrice de l’ICI.

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Vital pour le pays, ce secteur représente 15 % du PIB, plus de 50 % des recettes d’exportation et surtout les deux tiers des emplois et des revenus de la population, selon la Banque mondiale.

Mais ces chiffres sont assombris par une réalité peu glorieuse : entre 300 000 et un million d’enfants travaillent dans la filière du cacao ivoirien, selon un rapport de l’ICI.

«L’alternative la plus crédible et efficace contre le travail des enfants dans les régions cacaoyères, c’est bien l’école», insiste Euphrasie Aka.

Pendant que Didier Drogba se livre, à la plus grande joie de ses fans, à un match amical puis à une séance de jongles sur le nouveau terrain, en bordure d’un champ de manioc, le chef du village de Pokou-Kouamékro, Yao Kouakou, sanglé dans un pagne aux couleurs bigarrées, confie avec émotion : «Nous pouvons maintenant rêver de voir sortir de ce village un ministre».