Valentin Balakhnichev est l’ex-président de la Fédération russe d’athlétisme et ancien trésorier de la Fédération internationale d’athlétisme.

Dopage en athlétisme: mandats d’arrêt contre deux ex-responsables russes

PARIS — Deux mandats d’arrêt, pour deux figures de l’athlétisme russe et mondial : les juges d’instruction français qui enquêtent depuis 2015 sur un vaste système de corruption destiné à couvrir des cas de dopage en Russie au sein de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) ont envoyé un signal fort, en clôturant leurs investigations.

Valentin Balakhnichev, ex-président de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) et ancien trésorier de l’IAAF, et Alexeï Melnikov, qui fut l’entraîneur en chef des courses de fond à l’ARAF, sont désormais recherchés par la justice française, selon des sources judiciaires.

Près de quatre ans après l’ouverture de cette enquête par le parquet national financier, les trois magistrats qui ont hérité du dossier sous l’autorité du juge Renaud Van Ruymbeke ont terminé en février leurs investigations sur ce système de corruption présumé, qui aurait aussi permis de faciliter des négociations avec des commanditaires et des diffuseurs russes, avant les JO 2012 de Londres et les Mondiaux d’athlétisme à Moscou en 2013.

Un premier mandat d’arrêt avait été lancé en 2017 contre le Sénégalais Papa Massata Diack, puissant consultant marketing de l’IAAF, que son père Lamine Diack a présidée de 1999 à 2015. Installé à Dakar, celui qui est surnommé PMD n’a jamais répondu à la justice française.

Au cours de l’enquête, l’ancien patron de l’athlétisme mondial Lamine Diack, mis en examen à deux reprises, avait expliqué avoir directement négocié avec M. Balakhnichev le report de sanctions des athlètes dopés.

Le juge Van Ruymbeke avait fait saisir l’un des comptes de ce proche du Kremlin à Monaco (siège de l’IAAF), où se trouvaient plus de 550 000 euros et quelque 770 000 dollars, alimenté par des fonds des sociétés de Papa Massata Diack.

Le 18 octobre 2018, le magistrat avait aussi sollicité les autorités judiciaires russes pour qu’elles mettent en examen M. Balakhnichev, mais s’était vu opposer une fin de non-recevoir, selon une source proche du dossier.

«Je ne peux pas faire de commentaires, car je ne sais pas ce que l’on me reproche», a réagi mardi l’intéressé, cité par l’agence Interfax. «En ce qui concerne l’ancien président de l’IAAF Lamine Diack et son fils, je n’avais aucune relation avec eux», a-t-il par ailleurs affirmé, cité par l’agence officielle TASS.

Lanceuse d’alerte

M. Melnikov a pour sa part été montré du doigt par la marathonienne Lilya Shobukhova, qui avait affirmé que l’entraîneur connaissait les dates des contrôles antidopage en Russie et pouvait planifier les prises de produits dopants en fonction de l’agenda.

La spécialiste du 800 m Yuliya Stepanova — première lanceuse d’alerte qui a contribué avec son mari, Vitaliy Stepanov, ancien employé de l’Agence antidopage russe, à la révélation du scandale qui a mené à l’exclusion de l’athlétisme russe des JO de Rio — l’avait aussi mis en cause.

Au total, trois personnes sont mises en examen pour corruption depuis novembre 2015 dans cette enquête : Lamine Diack, son conseiller de l’époque Habib Cissé et l’ancien chef antidopage de l’IAAF, Gabriel Dollé.

La justice française, compétente parce que des fonds ont pu être blanchis sur son territoire, avait été saisie par l’Agence mondiale antidopage (AMA).

Elle enquête aussi sur l’attribution des JO à Tokyo en 2020. Mardi, l’homme-clé de ces JO, Tsunekazu Takeda, mis en examen depuis le 10 décembre pour «corruption active», a annoncé sa décision de quitter en juin la présidence du Comité olympique japonais.