Le coach Don Matthews lors d'un entraînement des Alouettes de Montréal en novembre 2003.

Don Matthews n'est plus

Les Alouettes de Montréal ont perdu l'un des principaux artisans de leurs succès au tournant des années 2000. Don Matthews  s'est éteint à l'âge de 77 ans mercredi matin à Beaverton, en Oregon. Il avait révélé en 2012 qu'il luttait contre un cancer.
«The Don», comme on surnommait dans le milieu, ne laissait personne indifférent. Membre du Temple de la renommée du football canadien et un des entraîneurs les plus prolifiques de l'histoire de la Ligue canadienne avec 10 conquêtes de la Coupe Grey, il était un personnage plus grand que nature.
Doté d'un esprit vif, il appréciait particulièrement les feux de la rampe et prenait un malin plaisir à garder les gens qui l'entouraient sur le qui-vive en adoptant un style particulièrement abrasif. Les joueurs ont toutefois toujours aimé jouer pour lui puisqu'il avait la réputation de créer une atmosphère gagnante et de protéger ses hommes. 
Pierre Vercheval a d'abord côtoyé Matthews en 1989, à l'époque où il occupait un poste de coordonnateur défensif des Eskimos d'Edmonton, puis en 1996 et en 1997, alors que "The Don" était entraîneur-chef des Argos. Ces deux années-là ont été les plus marquantes de sa carrière, puisqu'il a soulevé la Coupe Grey en chaque occasion.
«Quand je pense à ma carrière, ce n'est pas bien compliqué : les années où j'ai eu le plus de succès, et celles où j'ai eu le plus de plaisir, c'étaient les années Don Matthews», a confié l'ex-joueur de ligne offensive. «C'était un entraîneur qui n'avait pas peur de faire les choses différemment. C'était un innovateur, un motivateur, un gars qui osait mettre au point des stratégies inédites et qui préparait son équipe de façon très différente des autres.»
«Il ne traitait pas ses joueurs comme ses fils, mais comme des hommes», a évoqué Bruno Heppell, qui a joué sous les ordres de Matthews entre 2002 et 2004 à Montréal. «Il disait : "Je vais vous traiter comme des adultes, mais lorsque vous sautez sur le terrain, vous me donnez votre meilleur football."
«C'était un gars qui avait été dans l'armée, et même s'il ne nous traitait pas comme des soldats, il nous avait tous responsabilisés, et disciplinés. [...] C'est le meilleur entraîneur que j'ai eu.
«L'annonce de son décès est une triste nouvelle», a ajouté Heppell. «Il a eu un gros impact sur nous, entre 2002 et 2004. Ç'a été des années incroyables. En même temps, nous nous en attendions un peu, parce qu'il ne filait pas depuis quelques années déjà. C'était vraiment triste de le voir dans cet état-là.»
Bien que reconnu pour être un «entraîneur près de ses joueurs», il pouvait aussi être impitoyable lorsqu'il s'agissait de prendre des décisions au niveau du personnel et de clouer des joueurs au banc. Éric Lapointe, qui a joué pour Matthews à Montréal entre 2002 et 2006, en sait quelque chose.
«J'avais une drôle de relation avec Don», a relaté l'ex-demi offensif des Oiseaux. «Il m'avait retranché du camp des Eskimos d'Edmonton à ma première saison après qu'ils m'eurent repêché, en 1999. Nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard, en 2002, et je dois admettre que j'étais très craintif lorsque les Alouettes ont annoncé son embauche, surtout que j'avais connu une bonne saison l'année précédente. Mais le premier jour du camp, il était venu me voir et m'avait dit de ne pas m'en faire, que j'avais ma place dans l'équipe et que j'étais un de ses boys. C'était la seule fois de ma carrière qu'un entraîneur m'avait dit ça. Ça m'avait mis en sécurité.
«Je considérais Don Matthews d'abord comme un ami. Il avait même pris la peine de me faire une petite vidéo pour mon 40e anniversaire, il y a deux ans. Déjà, à cette époque-là, il ne pouvait pas se déplacer en raison de son état de santé. C'est une bien triste nouvelle.»
L'arrivée de Matthews, une bénédiction pour Calvillo
«L'arrivée de Don avec les Alouettes s'est avérée une bénédiction pour moi», a reconnu Anthony Calvillo.
En arrivant à Montréal en 2002, l'entraîneur-chef Don Matthews, décédé mercredi, n'avait pas pris de temps à confirmer Anthony Calvillo comme quart partant et il lui a vite confié la responsabilité d'appeler ses propres jeux en attaque.
«L'arrivée de Don avec les Alouettes s'est avérée une bénédiction pour moi», a reconnu Calvillo, qui est maintenant l'entraîneur des quarts de l'équipe. «Il m'a démontré énormément de confiance et nous avons développé une relation spéciale et unique. Il a été l'un des grands responsables des succès que nous avons obtenus à Montréal pour une aussi longue période.
«J'ai gardé le contact avec Don au fil des ans, jusqu'à ces derniers jours avec nous. Je suis attristé par son décès et tout le monde va s'ennuyer de lui», a ajouté Calvillo.
Nommé entraîneur-chef des Oiseaux en 2002, Matthews avait permis à la formation montréalaise de dominer la LCF jusqu'en 2006. Sa fiche de 58-28 pendant son séjour dans la métropole a permis aux Alouettes de gagner la Coupe Grey en 2002, de participer en trois occasions au match de championnat du circuit canadien et de terminer au sommet de la section Est quatre fois en cinq ans.
Le 4 octobre 2006, Matthews a démissionné de son poste chez les Alouettes en invoquant des problèmes de santé. En 2008, il reprend le collier avec les Argonauts de Toronto, mais il tourne la page pour de bon le 31 octobre 2008. Quand il met fin à sa carrière, qui s'est étalée sur quatre décennies, il détient le titre d'entraîneur ayant connu le plus de succès dans l'histoire de la Ligue (231-132-1). Depuis, seul Wally Buono a brisé sa marque, en 2009.
Matthews, qui a obtenu sa citoyenneté canadienne en 2004, a aussi dirigé les Lions de la Colombie-Britannique, les Roughriders de la Saskatchewan, les Stallions de Baltimore, les Eskimos d'Edmonton et les Alouettes.