Premier membre de la famille Laroche à pratiquer le ski acrobatique, Dominique Laroche a compétitionné en Coupe du monde à l’époque où les skieurs sur le circuit devaient faire des épreuves de sauts, de bosses et de ballet.

Dominique Laroche: le pionnier des pionniers

Quand il est question des pionniers du ski acrobatique à Québec, on pense immédiatement à Yves et Philippe Laroche. Quoi de plus normal : les deux font partie des premières figures de proue québécoises du ski acrobatique sur la scène internationale. On oublie cependant le rôle joué par Dominique Laroche alors que le sport connaissait ses balbutiements.

«J’ai été le premier à me lancer là-dedans. C’est quand j’ai commencé à prendre part à des compétitions et à remporter des médailles que le reste de la famille a eu envie de faire du ski acrobatique. Après, tout a été très vite. Mais pour se retrouver cinq frères dans le même sport et tous réussir, ça prend des conditions spéciales. C’est certain que les Laroche, on doit avoir un sens aérien plus développé. Mais ça prend aussi le bon contexte et il faut être à la bonne place au bon moment. On était collés sur la pente de ski, on avait un corps très fort et de gros os.»

C’est au milieu des années 70, au Manoir Saint-Castin, que Dominique et quelques amis jettent les bases du ski acrobatique à Québec. À la recherche d’adrénaline, ils s’amusent à réaliser les sauts qu’ils ont vus en photo dans des magazines. Puis la présentation d’une compétition de ski hot-dog organisée au Centre de ski Le Relais va changer le destin de Dominique.

«Je me suis dit : “C’est ça que je veux faire.” Et je me suis lancé là-dedans à pieds joints. On a commencé à s’entraîner plus sérieusement. Mais il n’y avait pas de rampes d’eau. Et on ne voulait pas se blesser. On est allés faire du plongeon. Danny Boulanger nous a coachés bénévolement.»

Laroche va toujours se rappeler sa première compétition sur la scène internationale. C’était à Tignes, en 1979, où il était parti tout seul. Il avait fini troisième.

«À l’époque, le ski acrobatique, c’était vraiment n’importe quoi. Il n’y avait pas d’association et les compétitions étaient ouvertes à n’importe qui. Et il n’y avait pas d’assurance pour les compétiteurs. On signait une petite feuille où on renonçait à tout recours si on se blessait. Mais il y avait 20 000 personnes au bas des pistes qui assistaient à la compétition. C’était un sport spectaculaire.»

Le skieur rappelle qu’à son époque, les athlètes en Coupe du monde devaient compétitionner en sauts, en bosses et en ballet. Les résultats des trois épreuves servaient ensuite à couronner les meilleurs au classement combiné.

Malgré de beaux succès (il a fait neuf podiums), Dominique n’a compétitionné que quelques années en Coupe du monde. En désaccord avec la manière de juger des officiels, il accepte une offre pour prendre part au tournage de films de ski et à des spectacles aux quatre coins de la planète.

«Je devais y aller un an et je retournais à la compétition après. Mais je ne l’ai jamais fait. Je me demande encore si j’ai pris la bonne décision de quitter le ski acrobatique alors que le groupe Quebec Air Force prenait véritablement son envol.

La pédale au plancher

Quand il fait le bilan de sa carrière sportive, Laroche la résume en un seul mot : adrénaline. «J’ai vécu la pédale au plancher. Que ça soit en voyage ou en ski, en sautant des falaises en Italie, en conduisant des voitures, des motos et des motocross, etc. On était constamment à la recherche d’adrénaline. Ce fut une vie incroyable. Je recommencerais à 100 milles à l’heure. Vivre ses rêves et ses passions, on ne fait pas ça à la retraite. On le fait quand on a l’énergie et aucune responsabilité.»

L’ex-athlète ne cache pas que sa recherche d’adrénaline l’a poussé à mettre sa vie en danger. Et qu’il a été chanceux de s’en sortir indemne. Aujourd’hui à l’aube de la soixantaine, il a toujours ce besoin d’adrénaline. C’est dans son ADN. Ses responsabilités familiales et le fait qu’il ait pris conscience qu’en vieillissant, il n’était plus aussi vif physiquement et psychiquement ont quelque peu refroidi ses ardeurs.

Laroche dit qu’il a mis du temps à retomber sur ses pieds après sa retraite. C’est d’abord dans le monde des communications qu’il avait fait son nid. L’obligation de déménager à Montréal l’a cependant incité à réorienter sa carrière. «J’ai choisi une qualité de vie plutôt qu’une job

N’aimant pas travailler dans des horaires stricts, Dominique a trouvé le bonheur dans l’immobilier où il œuvre comme courtier. Un domaine dans lequel il se sent à l’aise, notamment parce qu’il aime travailler avec le public, qu’il connaissait le milieu avant même d’y travailler mais aussi parce qu’il ne peut travailler selon des horaires fixes. «Je suis d’une grande intégrité. Je mets toujours mon cœur et mes connaissances sur la table. Si ça ne fait pas l’affaire des gens, ça ne me dérange pas.»

Laroche demeure aussi très près du ski acrobatique. Il ainsi travaillé dans les coulisses de la construction de la rampe de sauts à Lac-Beauport. Et sa fille Florence figure parmi les plus beaux espoirs québécois en sauts, une grande fierté pour lui. «Elle repartira à Banff pour participer à des compétitions de ski acrobatique. La seule chose que je lui souhaite, c’est qu’elle s’amuse, qu’elle revienne et dise : “Papa, c’est don bien beau, Banff.” Pour moi, c’est important de donner la chance à mes enfants de vivre leurs expériences quand c’est le temps.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Modèles

Jean-Marc Rozon. Il est peut-être le meilleur sauteur au monde. Il a perfectionné les sauts que l’on avait travaillés ensemble pour les emmener à un niveau de triple et de quadruple saut et gagner les Jeux de 1988. Aujourd’hui, à 58 ans, il fait les mêmes sauts sur la rampe à Lac-Beauport. Et mes frères Yves et Philippe. Yves a cassé la baraque avec les premiers sauts avec des vrilles, des doubles et triples vrilles, etc. Et Philippe parce qu’il a pris ces sauts et qu’il les a perfectionnés jusqu’aux Jeux de Lillehammer. Rozon, Yves et Philippe, c’est du bon stock. Et surtout du bon monde.

Q  Fait marquant

R  Ma première compétition à Tignes, en France, parce qu’à ma première course, j’ai fait un podium. Une troisième position. 

Q  Ce qui te manque le plus

R  De sauter.

Q  Regrets

R  Peut-être d’avoir arrêté la compétition aussi tôt. J’aurais aimé voir jusqu’où j’aurais pu aller. Pas pour la reconnaissance. Mais au niveau personnel. J’ai parfois l’impression que je ne suis pas allé au bout de ce que j’aurais été capable de donner. 

Q  Dans 10 ans

R  Je me vois dans un autre projet qui va m’allumer. Un hôtel au Costa Rica, un contrat au Vietnam ou à Vancouver. Je pourrais travailler sur la scène internationale. Je parle français, anglais, italien. Je suis open. Tout est donc ouvert.