Adjoint du gérant des Angels, Mike Scioscia, depuis 2005, Dino Ebel (à gauche) a rapidement développé une relation de confiance avec Vladimir Guerrero.

Dimanche, Dino Ebel pensera à son ami Vlad

MONTRÉAL — Il aura beau se trouver à quelque 4000 km de Cooperstown, Dino Ebel ne pourra faire autrement que d’avoir des pensées pour son bon ami Vladimir Guerrero, dimanche, lorsque ce dernier sera intronisé au Temple de la renommée du baseball.

L’adjoint au gérant des Angels de Los Angeles et instructeur au troisième coussin en aura plein les bras, alors que le club de Mike Scioscia affrontera les Mariners de Seattle, au Angel Stadium. Mais il admet qu’il accompagnera «Vlad» en pensées.

«Son intronisation représente beaucoup pour moi. Vladimir est l’un des êtres humains les plus gentils qu’il m’ait été donné de rencontrer, un gars qui arrivait au stade avec le sourire chaque jour, qui avait un grand désir de vaincre, a expliqué Ebel au cours d’un entretien accordé en janvier dernier. Pour moi, ç’a été un grand privilège de le côtoyer de façon quotidienne. Je suis chanceux d’être son ami.»

Cette amitié s’est forgée petit à petit à partir de leur première rencontre, au printemps 2005. Mais Ebel a l’impression qu’il connaissait Vladimir depuis longtemps. «J’ai connu Vladimir par le truchement de son frère Wilton. J’ai longtemps œuvré au sein de l’organisation des Dodgers et Wilton ne cessait de me casser les oreilles avec son jeune frère!»

Alors gérant du club-école AAA des Angels, Ebel a été invité à se joindre au groupe d’instructeurs de Scioscia pour la durée du camp printanier. Il faut croire que le gérant a aimé ce qu’il a vu, puisqu’avant la fin de la campagne, Ebel a été promu dans les majeures.

Patient... pour une fois

Parmi ses tâches, Ebel devait lancer l’entraînement au bâton du groupe 1 : les Guerrero, Garrett Anderson, Bengie Molina et Orlando Cabrera, entre autres. Une complicité s’est rapidement développée entre les deux hommes.

«Quand il a pris part au Match des étoiles en 2007, il m’a demandé de me joindre à lui pour le concours de circuits. Ç’a été un honneur pour moi. C’était très excitant et quand il a gagné, je pense que j’étais aussi heureux que lui.»

Habitué à mettre les joueurs en confiance lors de l’exercice au bâton, Ebel n’a pas ressenti de pression supplémentaire ce soir de juillet 2007, au AT&T Park de San Francisco.

«C’est certain que tu veux que ton gars l’emporte, mais de la pression? Non. Chaque jour, tu lances pendant l’entraînement au bâton de ces gars, alors tu connais leurs préférences. Est-ce que ça représente beaucoup? Absolument. Mais à titre de lanceur d’entraînement, tu suis toujours un peu la même routine et tu bloques toutes distractions de ton esprit.

«J’ai eu l’occasion de revivre la même expérience avec Albert Pujols, en 2015, à Cincinnati. Nous n’avons pas gagné, mais nous sommes arrivés troisièmes. Alors, j’ai deux concours et un champion!»

Guerrero était reconnu pour s’élancer sur tout lancer se trouvant dans le même code postal que le marbre! Comment établit-on une stratégie gagnante lors d’un tel concours?

«Il a probablement pris plus de lancers dans ce concours de circuits que pendant toute sa carrière au complet! laisse tomber Ebel en riant. Vlad a fait tout un travail. Il a regardé passer des lancers, il a pris son temps, il a attendu les tirs dont il savait qu’il pouvait sortir du stade.

«C’était notre plan de match : ne pas s’élancer sur tout ce que j’allais lui envoyer. Je sais où il aime les lancers. Je n’arrêtais pas de lui dire: ‘Attends ton lancer!’»

Et quel était ce lancer qu’il devait attendre?

«À la ceinture, un peu à l’intérieur; c’est là qu’il aime frapper la balle. En cours de saison, quand il travaillait sur les tirs à l’extérieur, il connaissait autant de succès. Il avait tellement de puissance à tous les champs! Mais pendant le concours de circuits, je lui ai lancé légèrement à l’intérieur, à la hauteur de la ceinture, afin qu’il puisse soulever la balle au champ gauche ou centre-gauche.»

Aucune surprise

Alors naissante, leur amitié s’est consolidée par la suite. «Au départ, il ne s’agissait que de conversations amicales avec un gars qui allait se retrouver dans notre formation tous les jours. Ça s’est développé graduellement. Je suis ensuite devenu la personne à qui il venait poser des questions sur la façon d’aborder un lanceur ou sur un jeu qu’il venait de faire sur le terrain. En étant honnête avec lui, en ne lui disant pas que c’était le bon jeu quand ce ne l’était pas, j’ai sûrement gagné sa confiance. C’est un peu par hasard donc que c’est arrivé. Mais nous sommes partis sur cette base professionnelle pour bâtir notre amitié.

«Depuis son départ des Angels, nous avons toujours gardé contact. Que ce soit par un texto ou un court appel téléphonique, nous prenons souvent des nouvelles l’un de l’autre. Quand il vient à Anaheim, nous passons quelques jours ensemble. De connaître son frère Wilton et son fils, qui évolue maintenant dans l’organisation des Jays, fait aussi en sorte que nous avons plusieurs sujets de conversations à mettre à jour continuellement! [...] C’est super de faire partie de tout ça.»

L’honneur que s’apprête à vivre Guerrero ne surprend guère Ebel, qui a vu passer plusieurs joueurs au cours de sa carrière au baseball professionnel. «On savait depuis le début qu’il allait devenir un grand joueur. Même de l’autre côté du terrain, quand j’étais dans l’organisation des Dodgers, ça se sentait. C’était un joueur spécial, qui avait tous les outils. À mes yeux, ce gars-là était né pour se retrouver à Cooperstown.»