Éliminés parce qu'ils se sont vu décernés deux cartons de plus que le Japon pendant la phase de groupes, les joueurs du Sénégal ont eu bien du mal à digérer cette issue crève-cœur.

Deux cartons tranchent entre le Japon et le Sénégal

VOLGOGRAD — Sous un crescendo de huées et de sifflets tandis qu’aucune des deux équipes ne tentait de marquer, le Japon s’est qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde en raison d’un nouveau bris d’égalité : celui du fair-play.

Après leurs défaites respectives de 1-0 contre la Pologne et la Colombie, le Japon et le Sénégal se retrouvaient avec le même nombre de points (4), la même différence de buts (0), le même nombre de buts marqués (4) et encaissés (4) dans le groupe H. Dans ces cas-là, avant d’en arriver au tirage au sort, la FIFA prévoit dans ses règlements de départager les équipes au terme du fair-play, en fonction des avertissements.

Et à ce petit jeu, les Sénégalais ont perdu, plombés par six cartons jaunes depuis le début du tournoi contre quatre aux Samurai Blue. «C’est la loi du football», a admis le sélectionneur sénégalais Aliou Cissé. «Je pense que tous les joueurs connaissaient cette règle. Je ne vais pas demander à mes joueurs de rentrer sur la pelouse pour éviter d’être avertis. Le football est un sport de contacts.»

Ses joueurs ont moins bien digéré. «C’est triste pour nous, c’est cruel, on a perdu au fair-play, on est tous dégoûtés», a renchéri Cheikh Ndoye.

Prudence commandée

Premiers avant la dernière journée, les Japonais ont été virtuellement troisièmes durant une vingtaine de minutes après le but du Polonais Jan Bednarek à la 59e minute. Le but du Colombien Yerry Mina (74e), à Samara, à plus de 800 kilomètres de Volgograd, les a toutefois remis sur les rails de la qualification.

Alors que les Samurai Blue auraient pu tenter de marquer un but qui les aurait qualifiés à coup sûr, quel que soit le résultat de l’autre match, ils ont préféré ne pas prendre de risque dans le dernier quart d’heure pour éviter un second but polonais qui les aurait éliminés, tout en pariant sur une victoire colombienne.

Ils ont baissé leur niveau d’intensité au minimum, s’échangeant le ballon en triangle dans leur territoire pour écouler le temps.  Le sélectionneur nippon Akira Nishino a d’ailleurs révélé qu’il avait ordonné à son équipe d’arrêter de jouer de l’avant et de rester regroupée devant son but

«Ma décision a été de me fier à l’autre rencontre. Je n’en suis pas très fier, mais j’ai obligé mes joueurs à suivre mes directives. Et nous nous sommes qualifiés», a déclaré Nishino. «C’est un peu regrettable, mais je suppose qu’à ce stade-ci de la compétition, c’est la seule option qui me restait.

«C’était une décision très difficile», a ajouté Nishino. «Mes joueurs ont été fidèles à ma décision. C’était difficile, parce que mon style est orienté vers l’attaque. La situation m’a forcé à prendre cette décision.»

Le Japon a maintenant rendez-vous avec la Belgique, lundi. Dernier représentant de la zone Asie encore en course, il disputera on troisième huitième de finale en six participations, son dernier remontant à 2010. Quant à l’Afrique, c’est la première fois qu’elle sera absente de la ronde des 16 depuis 1982.

La Pologne, elle, a au moins sauvé l’honneur. L’équipe de Robert Lewandowski a évité l’humiliation de devenir la première sélection polonaise à quitter une Coupe du monde sans aucune victoire, depuis l’instauration du système des groupes en 1950.