Lundi, Amélie-Frederique Gagnon, Gail Kelly, Anna Prchal et Geneviève Simard ont choisi de briser le silence pour protéger les athlètes qui pourraient être victimes d'abus.

Des victimes de Charest réclament un programme de protection

Quatre des victimes de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest pressent le gouvernement de créer un programme de protection pour les athlètes - peu importe le sport et peu importe le niveau.

Lors d’une conférence de presse chargée d’émotions lundi à Montréal, Geneviève Simard, Amélie-Frédérique Gagnon, Gail Kelly et Anna Prchal ont choisi de briser le silence afin de protéger les athlètes actuels et futurs, garçons ou filles, qui pourraient être susceptibles d’être victimes de ce genre d’abus.

Leurs témoignages rappellent des années de souffrance.

«Mon enfance a été volée», a dit avec difficulté Geneviève Simard.

«Le ski était ma passion. J’aspirais à de grandes choses, j’avais des rêves et le ski était ma vie», a relaté l’ex-athlète qui a porté plainte à la police contre Charest en 2015.

Mais «les abus sexuels que j’ai subis ont complètement détruit ma confiance en soi».

Mme Simard et les trois autres femmes ont pris place devant une ligne de caméras lundi matin, pour raconter de terribles moments de leur vie, afin que d’autres athlètes ne subissent pas le même sort.

«Personne ne devrait avoir à vivre ce qu’on a vécu», a-t-elle souligné.

Les quatre femmes ont été agressées sexuellement par Bertrand Charest alors qu’elles étaient adolescentes, dans les années 1990.

Mise en place souhaitée d'ici 2020

Elles souhaitent que le programme de protection proposé soit mis en place d’ici 2020.

Car la situation est inacceptable, a ajouté Gail Kelly, maintenant mère de trois enfants.

«Dans aucune circonstance, je ne laisserais mes enfants être sur une équipe provinciale ou nationale avec l’encadrement actuel.»

La proposition est un programme à trois volets qui inclurait d’abord et avant tout une formation obligatoire pour les entraîneurs, les athlètes, les bénévoles et toute personne qui gravite dans l’entourage des athlètes. Un Code universel de protection détaillant les obligations et les devoirs pour tous serait créé. Un officier indépendant veillerait aussi à la protection des athlètes et gérerait tout incident qui pourrait se produire. Un élément-clé des mesures de protection serait «la règle de deux» : aucun mineur ne pourrait se trouver seul avec son entraîneur pour des périodes de temps prolongées.

L’idée est de lier le financement gouvernemental donné aux organisations sportives au fait qu’elles aient mis en place un tel programme de protection accrédité.

«L’argent, c’est la ligne de vie», a déclaré JD Miller, président et cofondateur de B210, une organisation oeuvrant dans le monde du sport amateur.

C’est pourquoi il veut que ce critère soit ajouté par les gouvernements pour avoir de l’argent public. Il croit qu’il s’agira d’un puissant élément motivateur.

«Combien d’autres histoires d’abus sommes-nous prêts à lire avant de prendre des mesures», a-t-il lancé lors du point de presse.

Les quatre femmes ont pu parler publiquement de leur expérience car elles ont fait lever vendredi l’ordonnance de non-publication qui empêchait des médias de les identifier. Cette ordonnance avait été prononcée dans les procédures criminelles intentées contre Bertrand Charest.

Charest a été condamné à 12 ans de pénitencier pour les agressions commises sur ces quatre femmes et sur cinq autres. L’homme a porté en appel son verdict de culpabilité et sa peine.