Carson Wentz, des Eagles de Philadelphie, est un des trop nombreux jeunes quarts de la NFL à avoir atterri sur la liste des blessés depuis l'an dernier.

Des quarts jeunes et vulnérables

Carson Wentz, genou. Ryan Tannehill, genou. Andrew Luck, épaule. Derek Carr, jambe. Trevor Siemian, épaule. Teddy Bridgewater, genou. Deshaun Watson, genou, Marcus Mariota et Jameis Winston, blessures diverses.

Voilà une courte liste de jeunes quarts-arrière qui ont manqué au moins un match ou qui se sont retrouvés sur la liste des blessés. Mais elle est trop longue.

D’autant plus qu’il y a des vétérans qui sont aussi tombés au combat, de Carson Palmer et Aaron Rodgers à Josh McCown. Mais ces gars avaient déjà été sur la touche plus tôt dans leur carrière et ont rebondi. Mais, pour les jeunes quarts comme Wentz, Carr ou Watson, ainsi que pour les deux premiers choix de la cuvée de 2015, Winston et Mariota, il y a de quoi s’inquiéter. Et les raisons de l’être sont nombreuses. 

«Plus tu joues longtemps, plus tu comprends que ta plus grande compétence est ta disponibilité», a indiqué Rich Gannon, joueur de plus utile de la NFL en 2002, dont la carrière s’est étirée sur 17 saisons, avec quatre équipes.

Gannon croit que la plupart des jeunes quarts qui débarquent dans la Ligue ont été préparés à rester longtemps sur le terrain. Et ce n’est pas juste en termes de victoires et de défaites.

«En les observant bien, on se rend compte qu’ils ont vécu beaucoup de changements, soit dans le personnel d’entraîneurs ou dans les systèmes de jeu. Et il n’y a pas de stabilité, alors ils sont constamment en apprentissage. Et quand ils apprennent, ils ne se préoccupent pas trop de leur protection. Quand tu hésites, souvent tu fais des erreurs, comme le fait de ne pas voir les gars de la défensive déborder par les côtés sans l’avoir anticipé, alors que tu devrais l’anticiper.

«Quand on regarde les maîtres, des gars comme [Tom] Brady, [Drew] Brees ou [Philip] Rivers, ils n’encaissent pas beaucoup de coups qui ne sont pas nécessaires. Ils voient de quel côté ils sont protégés, ils comprennent comment bouger et comment ne pas se mettre en position de vulnérabilité et ils voient venir la pression. Alors ils se débarrassent du ballon.»

Une autre chose que ces vétérans savent, c’est de ne pas s’acharner quand un jeu ne fonctionne pas. Pendant ce temps, tu n’encaisses pas de coup, et tu ne te retrouves pas cloué au sol. «Ils croient qu’ils peuvent réussir chaque jeu», ajoute Gannon à propos des plus jeunes.

Instabilité et mauvaise préparation

Depuis la retraite de Gannon, en 2004, les exigences envers les quarts-arrière universitaires ont tellement changé qu’ils doivent jouer comme ils devraient jouer dans la NFL. Leur entraînement et leurs instincts développés à l’université font d’eux des joueurs inhabiles dans la pochette, ce qui les force à courir avec le ballon plus souvent dans la NFL, au péril de leur sécurité.

Mais qu’est-ce qui peut être fait pour faciliter la transition? «Je ne crois pas que ça va changer», se désole Gannon. «Je ne pense pas que le jeu va changer à l’université. Je crois que c’est en partie la faute des entraîneurs — ils ont ces jeunes-là pour quelques heures chaque semaine et c’est tout. Ils ne les préparent pas pour la prochaine étape, et ce n’est pas pour ça qu’ils ont été embauchés. Leur travail est de gagner maintenant.

«Mais il y a aussi un problème dans notre Ligue. Il y a trop de réorganisations, les coordonnateurs sont renvoyés tout le temps. Il y a des jeunes gars qui vont travailler avec un nouveau coordonnateur dans un nouveau système, année après année.

«Il faut aussi voir qui s’occupe de certaines positions. Dans certaines équipes, des entraîneurs de contrôle qualité sont promus pour travailler avec les quarts-arrière, ou les entraîneurs des ailiers rapprochés finissent par travailler avec les quarts-arrière. Ça manque un peu de logique.»

Étrangement, le jeune quart-arrière qui démontre le plus de potentiel dans des offensives de niveau professionnel est Wentz, qui est allé dans une école de Division 1, North Dakota State. Et à ce niveau, les Bisons sont très puissants.

Wentz semble comprendre la manière de jouer comme un quart-arrière dans la NFL, davantage que ses pairs. «J’aime beaucoup le style de jeu de Wentz, je crois qu’il est capable de s’adapter à différents styles», estime Gannon, qui lui aussi faisait preuve d’une grande polyvalence. 

«Il peut rester dans la pochette, il a la force de Ben Roethlisberger, il peut se débarrasser d’un plaqué, il est rapide. Il peut trouver une voie ouverte, lancer, et il a l’intelligence pour jouer à cette position, c’est un gars qui est capable d’analyser beaucoup d’informations rapidement et de prendre la bonne décision pour éviter les erreurs.»

Mais comme n’importe qui sur Broad Street, à Philadelphie, vous dirait : Wentz s’est déchiré le genou et il est fini pour la saison.