Derrière l'enthousiasme et les costumes excentriques des partisans des Golden Knights se cachent plusieurs personnes qui sont encore marquées par la fusillade qui a fait 58 morts le 1er octobre dernier.

Des fans des Knights encore marqués par la fusillade

LAS VEGAS — Sous les répliques des maillots de leurs joueurs préférés ou les déguisements plus outranciers, les supporteurs des Golden Knights de Las Vegas cachent depuis le 1er octobre le traumatisme d’une fusillade qui a fait 58 morts et plus de 500 blessés, et qu’ils tentent d’oublier grâce à leur équipe finaliste surprise de la Coupe Stanley.

Comme à chaque fois qu’il assiste à un match des Golden Knights, Kevin Tey a revêtu son costume lamé en or et chaussé ses baskets à paillettes. Sur le parvis de la T-Mobile Arena, non loin de la célèbre Strip, l’artère qui dessert les gigantesques hôtels-casinos à thèmes, il croise d’autres supporteurs déguisés en Elvis Presley, en chevaliers et autres excentricités.

Jusqu’à peu, Kevin, qui vit dans la sulfureuse capitale mondiale du jeu et des casinos depuis 12 ans, n’avait pourtant jamais assisté à un match de hockey sur glace. «Je suis tombé amoureux de cette équipe après October One», explique-t-il.

Le 1er octobre dernier, Las Vegas a été le théâtre de la fusillade la plus meurtrière de l’histoire récente des États-Unis lorsqu’un tireur, retranché dans une chambre de l’hôtel Mandalay Bay avec un arsenal, avait arrosé de balles, en contrebas, le public d’un concert de musique country.

Retour d’ascenseur

Ray Sturck devait, lui, assister à ce concert, mais il n’a finalement pas trouvé de billet pour sa fille. «J’y pense tout le temps, j’avais des amis sur place, cela ne quitte jamais mon esprit», explique ce peintre en bâtiment.

Depuis, il assiste dès qu’il peut aux entraînements des Golden Knights, comme pour exorciser la tragédie. «Ils nous ont soutenus, à nous maintenant de les soutenir», se justifie-t-il, une casquette avec le casque-symbole de l’équipe vissée sur le crâne.

Comme la fusillade a eu lieu à quelques jours des grands débuts des Golden Knights dans la LNH, l’équipe est en effet devenue l’incarnation du slogan «Vegas Strong».

«Les Golden Knights ont permis à chacun d’entre nous de penser à autre chose, de sortir à nouveau, alors que tout le monde était triste. On les a vus se battre sur la glace et gagner des matchs, ils ont permis à la ville de reprendre pied», rappelle Kevin, encore ému.

Arrivés seulement quelques semaines auparavant des quatre coins des États-Unis et du Canada, les joueurs sont allés rendre visite aux blessés dans les hôpitaux, aux familles des victimes ou ont donné leur sang. «On a eu la réaction que n’importe quel athlète aurait pu avoir, tu veux aider le plus possible», rappelle le Français Pierre-Édouard Bellemare.

«Cela a vraiment compté beaucoup pour les gens. Pour eux, on était des mecs qui n’étaient pas de Las Vegas et on leur montré que la ville nous tenait déjà beaucoup à cœur.»

«Tu donnes tout pour ta ville»

L’épopée débutée dans des circonstances dramatiques devient vite héroïque, historique même. Jamais une équipe nouvellement créée n’avait réussi une telle première saison.

«Dès les premiers matchs, on s’est dit : “On s’oublie, on pense juste à la ville”, tu le fais pour ta ville, tu donnes tout pour ta ville, c’est aussi pour cela qu’on est en finale», rappelait Bellemare à la veille du deuxième match contre les Capitals de Washington.

Difficile d’oublier la tragédie. Une bannière avec 58 étoiles en mémoire des victimes a été accroché au plafond du T-Mobile Arena, tandis que le slogan «Vegas Strong» accueille les joueurs à l’entrée des vestiaires dans leur patinoire d’entraînement.

«Ce qui s’est passé est terrible, mais parfois des choses fantastiques naissent d’événements comme celui-ci : la population s’est soudée et s’est entraidée», note le dg George McPhee.

Si les Golden Knights soulèvent la Coupe Stanley, Kevin Tey en est persuadé : «Las Vegas vivra la plus grande fête de l’histoire», annonce-t-il, tout sourire.