Le Dr Jean-François Roy (à droite), accompagné de Denis Perreault, promoteur du Challenge XPN, et de l’ex-pugiliste Fernand Marcotte. Le Dr Roy et deux autres collègues ont enfilé les gants de boxe mercredi au Stade Canac.

Des docs pour la boxe

Depuis le K.-O. qui a envoyé Adonis Stevenson dans le coma, la boxe a mauvaise réputation. Mais ça, c’est la boxe professionnelle. La boxe amateur a plusieurs partisans dans son coin, dont trois médecins qui sont allés jusqu’à monter dans le ring mercredi soir, à Québec.

«J’ai déjà eu une commotion dans le passé et je ne veux surtout pas en avoir d’autres. Je ne pourrais pas me le permettre! Je suis chirurgien de la colonne, je dois opérer demain», a affirmé le Dr Jean-­François Roy, quelques moments avant son combat sous la bulle du Stade municipal contre Alain Bonnamie.

Pour ceux qui ne le savaient pas, comme le doc Roy, Bonnamie est un ancien champion de boxe et de kickboxing. Il a entre autres affronté Stéphane Ouellet, Dave Hilton, Alex Hilton. Mais mercredi, la tâche de Bonnamie était claire : faire «travailler» son adversaire dans le ring et surtout ne pas porter de véritables coups.

Roy est le médecin à l’origine d’une collecte de fonds peu commune aux profits de la Fondation du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec pour les maladies du dos. Sa pratique à l’hôpital Saint-François-d’Assise de remplacer plusieurs disques — jusqu’à quatre! — en même temps par des prothèses artificielles s’avère unique en Amérique du Nord.

L’un de ses patients, Denis Perreault, est un ancien karatéka devenu entraîneur de boxe participative. C’est de lui que l’idée d’amasser de l’argent avec des galas de boxe a germé.

«Dès le départ, j’ai eu un doute», admet d’emblée le médecin de 59 ans, qui se tenait jusqu’alors dans une forme relative grâce à la course à pied, mais sans jamais réussir à se débarrasser de sa «p’tite bedaine», selon ses dires.

André Bélanger, médecin généraliste spécialiste de la douleur chronique, et Jean-François Roy, chirurgien de la colonne

Sécurité à l’épreuve

Démonstration à l’appui, Perreault a vite prouvé à Roy le côté sécuritaire de l’affaire. Gants très rembourrés, casque, protecteur buccal, arbitre à l’affût du moindre signe de faiblesse.

«Je me méfiais. Mais j’ai été convaincu. Et j’ai ensuite dû m’asseoir avec les gens de la Fondation, les convaincre de tous les bienfaits sur la santé qu’un tel entraînement apporte et les assurer que c’est très bien encadré.»

Son épouse, Danie Saucier, elle-même médecin physiatre, a aussi demandé à être convertie. Finalement, non seulement la dame assistait à la soirée de mercredi, mais après son mari, elle a vu leur fille aînée, Emmanuelle, 28 ans, livrer à son tour un combat de boxe pour la bonne cause.

Deux collègues du DRoy ont aussi embarqué dans l’aventure : un autre chirurgien orthopédiste du dos, Marc-André Latour, et un médecin généraliste spécialiste de la douleur chronique, André Bélanger. Les deux hommes ont 61 et 57 ans.

En plus de collaborer avec lui au boulot, le Dr Roy a déjà opéré le DBélanger au dos, il y a cinq ans. Quant à son association avec un sport de combat, ce dernier avoue avoir dû affronter quelques vents contraires parmi les autres médecins. Dont une consœur qui a en fin de compte décidé de venir l’encourager sur place.

Toucher, pas assommer

«J’ai toujours aimé la boxe amateur. Et l’un de mes patients est Rémi Bizier, alors je me suis mis à être médecin dans ses galas de boxe amateur», explique celui qui a d’ailleurs été entraîné par le patriarche du clan de boxeurs de Saint-Émile, dont le membre le plus connu, Kevin, s’est battu en combat de championnat du monde professionnel en 2016.

«Dans notre groupe, notre but n’est pas de mettre l’autre K.-O., mais de toucher. C’est la boxe professionnelle qui a un problème d’image, et avec raison, mais pas la boxe amateur», souligne le DBélanger qui, lui, affrontait un ingénieur militaire de 28 ans, Anthony Bigonnesse.

Les deux médecins ne nient pas que le risque de commotion cérébrale existe, aussi minime soit-il. «Mais ce risque est très contrôlé», insistent-ils.

En deux soirées de boxe au Stade du parc Victoria, on a eu droit à 44 duels impliquant trois médecins, mais surtout des gens d’affaires, plusieurs hommes et quelques femmes. À souligner la participation du gérant des Capitales Patrick Scalabrini et du fils du maire, Laurent Labeaume.

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UN DÉFI LANCÉ EN DIRECT

À force de s’opposer par boxeurs interposés, chacun dans leur coin, ils feront enfin le saut dans le ring et régleront leurs comptes une fois pour toutes. Deux des entraîneurs de boxe les plus connus à Québec, François Duguay et Benoît Martel se sont défiés officiellement mercredi soir devant le représentant du Soleil. Rendez-vous entre les câbles le 21 mars à Lévis, pour une nouvelle tranche du Challenge XPN de boxe.

Parce qu’outre les deux soirées au Stade Canac mardi et mercredi, la tournée visitera 10 villes cet hiver, dont Saguenay pas plus tard que ce jeudi. En deux jours, près de 2000 spectateurs sont passés sous la bulle de Québec, pour voir 82 boxeurs très amateurs âgés de 21 à 68 ans monter dans le ring pour la bonne cause. On aura amassé près de 50 000 $ durant ces deux galas au parc Victoria, pour 100 000 $ juste en 2018. La première présentation avait eu lieu en mai dernier. Une troisième est déjà prévue dans la capitale en mai prochain, alors que les organisateurs projettent atteindre un rythme de croisière provincial de quelque 500 000 $ par année.