Éric Lavigne remercie le ciel d’avoir été l’adjoint d’Alain Vigneault et de Michel Therrien avant de devenir lui-même entraîneur-chef.
Éric Lavigne remercie le ciel d’avoir été l’adjoint d’Alain Vigneault et de Michel Therrien avant de devenir lui-même entraîneur-chef.

Des amitiés qui durent entre Éric Lavigne, Alain Vigneault et Michel Therrien

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Éric Lavigne sait qu’il n’est pas objectif, mais il le dit quand même : «Le succès des Flyers de Philadelphie, cette saison, c’est le coach. Alain Vigneault est leur joueur le plus utile», affirme l’ancien entraîneur qui entretient encore des liens d’amitié étroits avec celui qui a eu beaucoup d’influence sur sa carrière derrière le banc, tout comme son adjoint Michel Therrien.

Il a brièvement hésité avant d’aborder le sujet, histoire de ne pas avoir l’air redondant et de ne pas se donner trop d’importance. Mais sa relation avec Vigneault et Therrien va au-delà de son humilité.

Car si Lavigne doit sa carrière à Raymond Bolduc, qui lui a ouvert les portes du hockey junior avec les Harfangs de Beauport et celle du hockey professionnel avec les Citadelles de Québec, il remercie encore le ciel d’avoir été l’adjoint de Vigneault et Therrien avant de devenir lui-même entraîneur-chef.

«Ils avaient une prestance incroyable, tu savais qu’ils allaient se rendre loin. Lorsqu’ils entraient dans le vestiaire, ils commandaient le respect, ça se voyait. C’est la même chose aujourd’hui, s’ils ne sont pas de bonne humeur, tu n’as pas le choix de les écouter», dit-il au sujet de ceux qui ont tour à tour dirigé le Canadien de Montréal.

Même s’il a travaillé avec Vigneault il y a 25 ans au Centre sportif Marcel-Bédard de Beauport et qu’il a occupé le même bureau que Therrien voilà 20 ans au Colisée de Québec, Lavigne reste proche d’eux.

«Ils ont toujours fait en sorte que les membres de leur personnel se sentent importants. Ils nous écoutaient, ils nous faisaient confiance, ça aide à développer des liens d’amitié. Ils ont toujours été loyaux envers leurs adjoints, n’ont jamais eu peur de bien s’entourer et, dans mon travail actuel, j’essaie d’appliquer ce qu’ils m’ont montré», raconte le directeur des sports du Cégep Garneau, à Québec.

Déchiré

Lavigne était déchiré quand les Flyers et le Canadien ont croisé le fer en première ronde éliminatoire. Il souhaitait que ses amis l’emportent, tout comme il aurait aimé que le Tricolore prolonge sa saison.

«Ils ont joué l’un contre l’autre trop vite, je ne voulais pas que la fièvre du Canadien baisse. J’ai trouvé ça plate qu’ils s’affrontent… mais j’ai eu du fun et j’ai savouré tous les matchs, tous les points de presse.»

L’entraîneur-chef des Flyers de Philadelphie, Alain Vigneault, et son adjoint Michel Therrien au cours d’un match des séries de la Coupe Stanley 2020.

Devant sa télévision, il s’est surpris à pousser avec eux, à décortiquer leur stratégie, à décoder leurs gestes et leurs paroles.

«Avec Alain, il n’y a jamais rien de laissé au hasard. Tout est calculé et il y a toujours une courbe au bout d’une déclaration. Je regardais les conférences de presse, je savais comme il se sentait, je pouvais aussi deviner leur conversation dans le bureau juste avant», note celui qui a eu mal pour eux lors de la fameuse défaite de 5-0 contre Montréal. «Ce soir-là, je ne les ai pas textés», dit-il en riant.

Car il lui arrive régulièrement de le faire, notamment pour les féliciter d’un bon coup, pour les encourager ou simplement prendre des nouvelles.

«J’aurais aimé les voir dans du vrai hockey de séries. Michel m’a envoyé un message en cours de saison pour me dire que «coach Vigneault était au top de sa game». En février et mars, les Flyers étaient la meilleure équipe de la Ligue, mais là c’est comme du hockey de mois d’octobre, sauf que je vois du Vigneault et du Therrien à tour de bras dans ce club-là. Les Flyers allaient nulle part avant leur arrivée, ils ont transformé cette équipe. Le hockey a évolué, leur style aussi. Leur grande qualité, c’est d’avoir su s’adapter et c’est pour ça qu’ils font encore partie de la crème du coaching de la LNH», précise celui qui a suivi leur évolution de près au cours des 20 dernières années.

Lavigne s’est beaucoup amusé avec ces deux personnages, il le fait encore. «On fait les mêmes vieilles blagues qu’avant et on les trouve aussi drôles… Mais quand c’est le temps de travailler, ils sont là. Voilà pourquoi ils durent aussi longtemps.»

Alexander Radulov, quelques instants après avoir marqué un but lors d’un match opposant les Stars de Dallas à l’Avalanche du Colorado, lundi.

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MARCHAND ET RADULOV: «C'EST UN DON»

Il revoit la scène, comme si elle se produisait en temps réel. Brad Marchand vient de compter en prolongation lors du cinquième match de la série pour éviter l’élimination. En retraitant au vestiaire, il célèbre son exploit, harangue la foule et doit faire un peu de slalom pour éviter d’être atteint par les bouteilles lancées par des amateurs réputés pour leur calme.

Histoire récente? Bien sûr que non, elle avait lieu en avril 2007, au Cap-Breton, quand les Foreurs de Val-d’Or avaient finalement vaincu les Screaming Eagles en sept matchs en demi-finale de la LHJMQ. Même si le club dirigé par Lavigne s’était incliné en finale, contre Moncton, Marchand avait terminé au sommet des compteurs de cette danse du printemps avec 40 points, dont 16 buts.

«Lorsqu’il est dans ton équipe, tu l’adores, mais comme adversaire, tu le détestes jusqu’au point où tu ne le trouves pas bon. Mais parce qu’il était une peste, on oubliait souvent à quel point il avait du talent. Il avait une telle présence sur la patinoire, il était toujours impliqué dans l’action», rappelle l’actuel directeur des sports du Cégep Garneau, à Québec, et qui a dirigé les Remparts, les Foreurs et le Rocket de l’Île-du-Prince-Édouard au cours de sa carrière derrière le banc.

Lavigne regarde les présentes séries d’un œil intéressé. Il perçoit encore la même fougue affichée par Marchand en 2006-2007, et par Alexander Radulov, qu’il a aussi eu la chance d’avoir sous ses ordres à son arrivée à Québec en 2004-2005.

«Je l’ai toujours dit, ce fut un privilège de coacher des joueurs comme Marchand, Radu, Kristopher Letang et Marc-Édouard Vlasic. Lorsqu’ils étaient dans le junior, tu savais qu’ils auraient encore du succès dans la LNH à 30 ans. Ils sont bons, d’autres aussi le sont, mais dans les moments importants, ils ont toujours été là. Ça ne s’enseigne pas, c’est un don. Quand un match s’en va en prolongation, je ne serais pas capable de parier sur quelqu’un d’autre que Marchand et Radu pour marquer le but vainqueur. Plusieurs joueurs m’ont marqué au cours de ma carrière, mais eux, ils se sont démarqués», raconte-t-il à leur propos.

«Comme un gros»

Lavigne se souvient qu’à l’époque, Marchand avait été réticent à se rapporter aux Foreurs après une transaction avec Moncton, qui l’avait repêché en deuxième ronde en 2004. Les Foreurs l’avaient convaincu en l’assurant qu’il aurait droit à un encadrement professionnel.

«Pour dire franchement, je savais qu’il jouerait dans la LNH, mais je ne pensais qu’il aurait autant de succès, car le hockey n’avait pas totalement adapté son jeu pour les petits joueurs. Brad, c’était un petit qui jouait comme un gros. Il était un guerrier, mais c’était un guerrier avec du talent», souligne-t-il en parlant de celui qui vient de dépasser le légendaire Bobby Orr au septième rang des meilleurs pointeurs de l’histoire des Bruins en séries.

Éric Lavigne donne des instructions à ses joueurs, dont Alexander Radulov, lors d’un match des Remparts en 2004

Les deux joueurs nécessitaient aussi une gestion peu commune. «Dans une équipe, ça déplace de l’air», illustrait-il à propos de Marchand et Radulov.

«La meilleure chose qui soit arrivée à Brad avec les Bruins, ce fut de tomber dans un vestiaire où il était entouré par de joueurs comme Patrice Bergeron et Zdeno Chara. Ils pouvaient être ses grands frères ayant une autorité morale sur lui.»

Dans le cas de Radulov, Lavigne répète encore qu’il a toujours pensé qu’il n’était pas un vrai Russe… «Il était l’antithèse de l’image plus taciturne qu’on peut se faire d’eux. Il était un hyperactif, un bout en train qui était toujours de bonne humeur. Il parlait tout le temps. Dans l’autobus, il venait s’asseoir avec les coachs pour jaser de hockey.»

Et sur la glace, il laissait parler son talent.

«Tout ce qu’il voulait, c’était de marquer des buts. Autant dans les matchs que dans les pratiques. Il pouvait prendre quatre retours pour battre un gardien dans une séance d’entraînement, je me disais même qu’un jour, l’un de nos goalers allait se fâcher… Tu n’avais pas besoin de le pousser dans le dos, il était toujours à la planche. Il n’avait pas juste du talent, c’était un travaillant, comme Marchand. Et chaque but qu’il marquait, il le célébrait comme si c’était le plus important de la saison, ce qui est encore le cas aujourd’hui», dit-il à propos de celui qui comptait cinq buts dans les présentes séries avec Dallas au moment d’écrire ces lignes, contre six pour Marchand. Carl Tardif