Double champion de la Traversée internationale du lac Saint-Jean, Xavier Desharnais, qui a été opéré à l’épaule droite à la mi-avril, en sera à sa dernière participation à la célèbre épreuve.

Dernières brasses au lac Saint-Jean pour Xavier Desharnais

MAGOG — Xavier Desharnais passera-t-il à l’histoire en devenant le premier Canadien à gagner trois fois la prestigieuse Traversée internationale du lac Saint-Jean? Nous aurons une réponse à cette question samedi en milieu d’après-midi, alors que les premiers nageurs devraient toucher le quai d’arrivée à Roberval.

Desharnais, âgé de 28 ans, a déjà annoncé qu’il se retirerait de la compétition au terme de la présente saison. Terminer sur une note victorieuse au lac Saint-Jean ferait passer le nageur originaire de Sherbrooke au rang des plus grands de son sport au Canada en nage en eau libre.

«Je ne pense pas du tout à ça, jure le natif de Sherbrooke. C’est évident que j’aimerais remonter sur la marche la plus haute du podium après avoir terminé quatrième l’an dernier. Ce que je vais réaliser comme performance samedi n’effacera pas tout ce que j’ai réalisé depuis 2008 sur le circuit, mais terminer en champion au lac Saint-Jean, ce serait évidemment magique et la réalisation d’un rêve.»

Il y a tout de même une ombre au tableau. Opéré à l’épaule droite à la mi-avril après une blessure subie un peu plus tôt dans l’année, Desharnais ignore comment son épaule réagira dans les eaux généralement tumultueuses du lac Saint-Jean.

«Je débute ma saison sur le circuit mondial avec un marathon de 32 kilomètres. J’aurais préféré l’inverse et y aller graduellement en ajoutant des kilomètres au fil des compétitions. Mais on ne modifiera pas le calendrier pour moi, souligne Desharnais, sourire en coin. Je suis en bonne forme physique, je nage bien, je me sens léger dans l’eau et ma préparation mentale est à point. Ma seule incertitude, c’est mon épaule. Je suis habitué de composer avec la douleur, mais le corps humain a ses limites. On verra comment ça va se passer. Et puis, je ne peux pas nager 32 km avec un seul bras. J’ai quand même confiance. J’ai tout fait pour que ça se passe bien.»

Il faut dire que le double champion du lac Saint-Jean revient de très loin. Après son opération, il pouvait à peine nager sur 500 mètres en piscine. Il a modifié son entraînement, a mis les bouchées doubles au cours des dernières semaines et le voilà au départ de la 64e édition de la Traversée du lac Saint-Jean, samedi.

Pour plusieurs, il s’agit déjà d’une victoire en soi.

S’amuser

Celui qui a complété ses études en kinésiologie à l’Université de Montréal entend s’amuser au maximum une fois le départ donné, à 8h30. «Je ne ressens aucune pression supplémentaire. On me parle beaucoup de ma dernière présence ici et c’est correct. Ça ne me dérange pas. Je veux m’amuser au maximum. Je suis serein et j’ai même hâte de plonger dans l’eau pour avoir mal.»

Si son épaule opérée pourrait s’avérer son pire ennemi, Desharnais sait qui il devra avoir à l’œil une fois le marathon lancé. Les Argentins Guillermo Bertola , champion défendant de l’épreuve et Damian Blaum, l’Allemand Alexander Studzinski et le Français Édouard Lehoux figurent parmi les favoris et pourraient priver Desharnais d’un troisième titre.

«Ce sera une course très ouverte. Les prétendants à la victoire ne manquent pas, dont les Argentins. On verra dans l’eau comment les choses vont se passer. Je n’ai pas de stratégie particulière, car dans l’eau les conditions font en sorte que tout peut basculer. Ce sera une brasse à la fois», commente celui qui a aussi terminé deux fois au deuxième rang à la Traversée internationale du lac Memphrémagog.

La bonne nouvelle pour Desharnais, c’est qu’on pourrait assister à un marathon sans combinaison thermique pour les nageurs et nageuses. 

«On se dirige vers une température de l’eau qui jouerait autour de 22 ou 23 degrés Celsius. Cela signifie que le port du wetsuit sera interdit. J’adore l’eau froide, ce qui n’est pas le cas du champion en titre Bertola. L’an dernier, le wetsuit était autorisé et Bertola était seul dans la course. Ça risque d’être différent sans wetsuit», soutient Xavier Desharnais.

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SE RETIRER SANS REGRET

Même si la vie d’un nageur en eau libre longue distance ne ressemble en rien à un conte de fées, Xavier Desharnais n’hésite pas à affirmer qu’il «referait la même carrière si c’était à recommencer.»

Pratiquant un sport peu glamour,  Desharnais est sorti de l’anonymat en gagnant à deux reprises la Traversée internationale du lac Saint-Jean.

«La nage en eau libre longue distance, ce n’est pas le Canadien de Montréal. Ce n’est pas le sport le plus spectaculaire non plus. Ça prend donc des exploits un peu hors-norme pour attirer l’attention. J’aurais pu choisir un autre sport plus médiatisé, plus payant surtout, mais je ne regrette rien. J’ai fait le tour du monde et j’ai pratiquement des endroits où aller séjourner partout sur la planète. J’exagère à peine. 

À l’opposé, Desharnais ne s’ennuiera pas du tout de l’entraînement. «Me lever à 4h30 le matin, m’entraîner deux à trois fois par jour, je vais mettre ça derrière moi avec empressement. C’est un rythme un peu démentiel. J’ai eu ma dose. J’ai hâte de voir aussi c’est quoi ne plus avoir mal à mon corps, une sensation que j’ai perdue, surtout au cours des dernières années.»  La Tribune