Denise Malo, championne québécoise de nage synchronisée dans la catégorie des 60 à 69 ans, a commencé à pratiquer son sport alors qu'elle était âgée dans la trentaine.

Denise Malo, grand-mère et championne

«La sensation d’être à l’envers dans l’eau, j’ai toujours aimé ça. Je ne me tanne pas de bouger dans l’espace», confie l’étonnante dame de 67 ans aux lunettes et cheveux blancs. La plus grande difficulté en nage synchronisée? Respirer! «Je dois toujours penser à respirer, alors ne me demandez pas de sourire en plus!»

Soyez assuré que Denise Malo aura un grand sourire en sortant de la piscine, dimanche matin. Pas juste parce qu’elle sera la nouvelle championne québécoise dans sa catégorie; elle est la seule concurrente chez les 60 à 69 ans.

Plusieurs de ses proches, dont sa fille, ses deux petits-enfants et peut-être même sa voisine, l’acclameront à l’occasion du championnat provincial des maîtres en nage synchronisée, au centre Wilbrod-Bhérer. Les autres spectateurs n’en reviendront pas non plus.

Mais faut se lever tôt pour la voir en action : son programme libre de deux minutes, qu’elle compare à deux longueurs de piscine, s’amorcera dès 8h30. «Et moi qui d’habitude me lève à 9h... C’est ça, la retraite!» laisse-t-elle tomber, sourire en coin.

Quand Le Soleil l’a rencontrée vendredi en fin de journée, trois groupes de jeunes nageuses du club Québec Excellence Synchro s’exerçaient au son du Let’s Dance de David Bowie. Denise était de loin la seule dans l’eau, dans son cas pour les besoins du photographe, née avant la sortie de ce succès radio.

Débuts tardifs

En 1983, elle était une nageuse débutante... dans la trentaine. «J’ai commencé la nage synchronisée à 30 ans. Après mon deuxième enfant, j’ai eu envie d’un nouveau sport. J’avais déjà fait sept ans de plongeon, de la natation, musculation, course à pied.

«J’ai commencé aux loisirs de Sainte-Foy, avec des enfants. C’était dit nulle part que c’était juste pour les enfants! Et il y avait quand même une autre adulte dans le cours...» explique celle qui a ensuite été parmi les membres fondatrices du club Aquadanse de Sainte-Foy.

Originaire de Montréal et dotée d’un baccalauréat en géologie, elle était arrivée à Québec quelques années plutôt pour faire une maîtrise en sciences de l’eau. Il n’y a pas de hasard. Elle n’est jamais repartie, poursuivant une carrière dans la fonction publique, entre autres au ministère des Ressources naturelles.

Dans la piscine, elle a cumulé les titres de championne québécoise chez les maîtres et même trois sur la scène canadienne. Jusqu’à participer aux Championnats du monde de 1994, à Montréal, où elle a remporté une médaille de bronze. Qu’elle cache quelque part chez elle, dans un cartable.

Pause de... plus de 20 ans

La vie l’a ensuite tenue hors de l’eau trop longtemps à son goût. En plus de la maladie et des blessures, le stress l’avait aussi convaincue de ne pas s’inscrire aux épreuves officielles, ces dernières années. Ce dimanche, elle renoue en fait avec la compétition après un hiatus de plus de 20 ans.

«J’ai fait le gala du club, l’an passé, et ç’a très bien été. J’ai été ovationnée. Après, on m’a demandé si j’aimerais faire le championnat provincial pour cette année... et j’ai dit oui! Sans savoir que j’allais avoir un problème de dents et une sinusite et que j’allais manquer huit cours! Mais j’ai quand même réussi à répéter ma routine», assure-t-elle, très zen à l’approche du jour J.

Elle s’entraîne quatre heures et demie par semaine, bien que la séance technique de deux heures la laisse courbaturée pendant deux jours. L’été, la résidente de Cap-Rouge pratique ses figures durant les bains libres à la piscine Saint-Benoît de la Pointe-de-Sainte-Foy, plus d’une heure par jour, sept jours par semaine.

Cette fin de semaine, elle sera sans doute la plus âgée des 200 participantes en provenance des quatre coins du Québec. On comptera aussi deux olympiennes de 2008, Ève Lamoureux et Isabelle Rampling, plus jeune qu’elle d’au moins 35 ans.