«Au strict minimum, je m’attendais à ce que l’on aurait pu pratiquer ou disputer des matchs d’exhibition contre d’autres équipes», a expliqué Glen Constantin, entraîneur-chef du club de football Rouge et Or.
«Au strict minimum, je m’attendais à ce que l’on aurait pu pratiquer ou disputer des matchs d’exhibition contre d’autres équipes», a expliqué Glen Constantin, entraîneur-chef du club de football Rouge et Or.

Déçu, Constantin dénote de l’incohérence entre le sport collégial et universitaire [VIDÉO]

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Déçu de voir la saison s’envoler en fumée, Glen Constantin ne pouvait pas s’empêcher de noter une forme d’incohérence entre l’interdiction de jouer au football universitaire et la permission de pouvoir le faire au niveau collégial.

«Au strict minimum, je m’attendais à ce que l’on aurait pu pratiquer ou disputer des matchs d’exhibition contre d’autres équipes. Je trouvais cette option plus réaliste que celle d’un calendrier officiel, car ça nous offrait plus de flexibilité pour l’annuler pour diverses raisons, comme des cas de COVID, de la neige, les études, etc.», expliquait l’entraîneur-chef du club de football Rouge et Or.

Son sport de prédilection est l’un des plus touchés du réseau avec le rugby. Les autres pourront, comme le golf, le soccer et le cross country, tenir certains événements, tandis que les autres disciplines conservent le droit de s’entraîner dans les murs du PEPS en attente d’une décision sur la tenue des calendriers de la session d’hiver, le 15 octobre.

«Il s’agit d’une journée triste pour le football, le rugby et d’autres sports, c’est du jamais-vu, pour moi en tout cas. Il y aura une grande déception pour nos joueurs, je les avais félicités tout l’été de venir s’entraîner en faisant abstraction de la possibilité qu’il n’y ait pas de saison, ce sera un bon deuil à vivre pour eux», soulignait l’homme de football qui rencontrait ses recrues, lundi soir, et les autres plus expérimentés à compter de mardi.

Déjà, quelques vétérans lui avaient indiqué qu’ils ne compléteraient pas leur cinquième saison en raison de l’absence d’un championnat canadien. Il s’attend à en voir d’autres en faire autant.

«On pourrait en avoir au moins six. Le demi de coin Émile Chênevert, qui est trois fois membres de l’équipe d’étoiles canadiennes, fait sa résidence en médecine. S’il y avait eu une Coupe Vanier, il aurait fait les sacrifices et les efforts pour jouer une dernière saison. Vincent Lévesque [demi-défensif] aurait pris des cours dont il n’avait même pas besoin pour disputer une dernière saison, mais il ne lui reste que six crédits à obtenir et il a déjà un emploi. Je respecte cela», disait Constantin.


« Il s’agit d’une journée triste pour le football, le rugby et d’autres sports, c’est du jamais-vu »
Glen Constantin, entraîneur-chef du club de football Rouge et Or

L’entraîneur-chef du Rouge et Or aurait aimé être à la table des discussions avec les autres universités au moment du vote. À tout le moins, il pense que les joueurs auraient pu être invités. Il semble que les risques étaient trop élevés au football, notamment, pour retenir l’option des matchs hors-concours.

«Chaque sport possède son propre niveau de risques. Un match de football dure 60 minutes, le temps réel de jeu est de 15 minutes divisées entre l’attaque et la défensive. Tu ne joues pas si longtemps que ça, finalement…J’ai présenté ma plaidoirie, mais elle n’a pas été retenue», illustrait celui qui a souligné l’ouverture d’esprit des autres entraîneurs du circuit, chacun ayant laissé de côté les rivalités pour travailler sur le bien-être des joueurs.

Constantin espère maintenant que son projet d’un tournoi réunissant six universités au PEPS, en mai, ne subisse pas le même sort que la saison 2020.

«Le tournoi du printemps devient impératif. Il faut avoir du football, on ne peut pas arrêter de pratiquer un sport de haut niveau pendant 21 mois. Le plan A est d’avoir ces équipes à Québec, mais peu importe la forme, ça va prendre quelque chose. C’est aussi vrai pour nos partisans, ça leur permettrait de voir d’autres équipes, de nouvelles couleurs. Si ton restaurant préféré ferme pendant six mois, il se peut que les clients aillent voir ailleurs et t’es mieux d’avoir de bons spéciaux pour qu’ils reviennent. Je pense aussi à l’an prochain, y aura-t-il un vaccin ou pas. C’est alarmant de voir ce qui se passe.»

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PAS TOUT PERDU

La direction du Service des activités sportives de l’Université Laval se rangeait derrière la décision «collective» du RSEQ d’annuler tout calendrier sportif universitaire, cet automne, mais estimait ne pas avoir tout perdu.

«Oui, c’est déchirant, mais actuellement, les autres conférences n’ont même pas le droit de faire des événements et de l’entraînement alors que certains de nos étudiants-athlètes pourront le faire, c’est quand même positif de ce côté», notait Julie Dionne, la directrice du SAS.

Elle n’entrait pas dans le débat de l’incohérence face au sport collégial, qui pourra tenir ses saisons automnales, «parce que les discussions étaient indépendantes d’un niveau à l’autre…»

Certaines informations laissaient entendre que l’Université Laval et deux autres, notamment Sherbrooke et Concordia, étaient favorables à une reprise des activités. Encore là, même genre de réponse.

«Le vote était confidentiel, on ne connaît pas le résultat, et le nôtre le restera», disait-elle à propos de la décision prise en fin de semaine à majorité simple.

«Oui, c’est déchirant, mais actuellement, les autres conférences n’ont même pas le droit de faire des événements et de l’entraînement alors que certains de nos étudiants-athlètes pourront le faire, c’est quand même positif de ce côté», notait Julie Dionne, la directrice du SAS.

Directeur du programme d’excellence Rouge et Or, Jean-Noël Corriveau avait un message à lancer aux 500 étudiants-athlètes qui font partie des équipes de l’UL.

«Je leur dirais que c’est une année particulière, personne n’a jamais vécu ça. Si on avait pris la décision en juin, on aurait pu avoir le regret d’être allé trop vite si la situation s’était améliorée. On a étiré au maximum, mais force est de constater qu’on ne pouvait pas aller plus loin. Ils peuvent être déçus, mais on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Il y a des disciplines où il y aura des disciplines avec des activités. On vit avec la décision, qui a été collective, et on va de l’avant pour offrir la meilleure année possible à nos étudiants-athlètes dans les circonstances.»

Pour l’instant, tout se passe bien dans les différentes équipes, le coronavirus ne s’est pas encore invité sur les plateaux d’entraînement du PEPS.

«Tout le monde fait attention, on passe souvent le message d’être prudent, d’éviter les rassemblements inutiles et de se retrouver dans des endroits à risque pour ne pas perdre le privilège qu’on a de s’entraîner. Car présentement, c’est bien un privilège de pouvoir le faire», ajoutait Corriveau, qui a demandé aux différents entraîneurs de bien encadrer les étudiants qui suivent leurs cours à distance.

Pour ce qui est des amateurs, notamment les milliers de partisans qui se donnaient rendez-vous au Stade Telus-Université Laval pour encourager le club de football, Julie Dionne avait une pensée pour eux.

«On veut qu’ils soient positifs et avec nous. Ce n’est pas une situation facile, les émotions peuvent parfois prendre le dessus. On va se préparer pour revenir en force et on va espérer pouvoir encore remplir ce stade avec 20 000 personnes, ce serait le fun», espérait-elle à propos à propos d’un avenir pas trop lointain dont personne ne connaît la suite.

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CE QU'ILS ONT DIT

Samir Ghrib, entraîneur du Rouge et Or soccer masculin:

«Nous étions le dernier village gaulois du sport universitaire canadien qui résistait. Il s’agit d’une grande déception pour les étudiants-athlètes, mais on doit l’accepter. Je vais aussi me garder une petite gêne, en respect aux autres sports qui ne peuvent rien faire, contrairement au soccer. L’augmentation récente des cas a sûrement pu inquiéter les directions, il faudra être extrêmement vigilant. Pour le reste, il ne faut pas chercher à tout comprendre, car on peut devenir fou… J’ai vraiment hâte qu’on soit rendu en 2022. Tu vois, je n’ai même pas parlé de 2021», disait Ghrib en rappelant que la date du 15 octobre pour la décision sur les sports d’hiver approchait à grands pas.

Félix-Antoine Lapointe, entraîneur du Rouge et Or cross country:

«On est enfin fixé, on sait à quoi s’attendre, mais ça reste une déception d’abord et avant tout pour les étudiants-athlètes. On sait qu’une carrière universitaire ne dure que de trois à cinq ans, d’en voir une sérieusement impactée, c’est dommage. En même temps, on comprend qu’il y a un contexte sécuritaire particulier et on est tous d’accord de compétitionner dans un environnement qui est sain pour tout le monde. On est peut-être l’un des sports où il y a du positif, on aura des discussions avec d’autres programmes. Il y a de l’intérêt pour avoir un calendrier hors-concours, on tiendra des petites compétitions adaptées avec des plus petits groupes. Ce ne sera pas parfait, mais ce sera mieux que de ne rien faire», expliquait Lapointe.