Giancarlo Stanton a fendu l’air plus souvent qu’à son tour la semaine dernière, lui qui a été retiré au bâton cinq fois dans le même match... à deux reprises.

Débuts difficiles pour Stanton dans le Bronx

NEW YORK — Exaspéré, Joe, de Fair Lawn, semblait s’exprimer au nom de tous les fans des Yankees de New York.

«Il est horrible!» s’est écrié Joe, lundi, sur les ondes de WFAN.

Mais au bout du compte, la cible de ces critiques, Giancarlo Stanton, n’a pas besoin d’écouter les lignes ouvertes radiophoniques pour savoir ce que pensent les New--Yorkais en ce moment.

En effet, le puissant cogneur a bien entendu les huées à son endroit la veille, alors que la foule du Yankee Stadium lui a fait clairement sentir que sa «performance» dans la défaite des Yankees contre les Orioles en 12 manches — 0 en 7, avec cinq retraits au bâton — était totalement inacceptable. 

«C’est assez évident qu’ils n’allaient pas m’applaudir. Vous vous attendiez à quoi?» a lancé Stanton aux journalistes après la rencontre. 

Stanton, joueur le plus utile de la Ligue nationale dans l’uniforme des Marlins l’an dernier, n’avait jamais été retiré au bâton cinq fois lors d’une rencontre en huit ans de carrière avant d’être victime de ce fait d’armes... deux fois dans la même semaine.

Encore passé dans la mitaine deux fois mardi, Stanton a donc été retiré au bâton 22 fois en 46 apparitions officielles. Le voltigeur de 28 ans a bouclé sa première série de matchs à domicile avec seulement 3 coups sûrs en 28 apparitions (moyenne de ,107) et 16 «K».

Ces insuccès ont permis aux historiens en herbe de rappeler qu’en 1941, année où il avait frappé au moins un coup sûr dans 56 matchs consécutifs, le grand Joe DiMaggio avait été retiré au bâton seulement 13 fois! 

«Je me dis que ce n’est qu’une mauvaise semaine. Une saison, c’est beaucoup plus long qu’une semaine», temporise Stanton. 

Acquis des Marlins en décembre après avoir canonné 59 longues balles en 2017 — un sommet dans le baseball majeur — il faut dire que Stanton arrive à New York porteur de très hautes attentes, qu’il a d’ailleurs alimentées lors du premier match de la saison, alors qu’il avait frappé deux circuits et un double contre les Blue Jays à Toronto. 

Ce départ canon a immédiatement alimenté l’imagination des fans des Yankees : combien de circuits frapperont ensemble Aaron Judge et Stanton? 120?

Après 11 matchs, les deux redoutables cogneurs en ont chacun trois. Projeté sur 162 matchs, le total serait de 88, ce qui n’est pas mauvais, mais un peu loin du nombre rêvé par les amateurs. 

«Stanton est un excellent frappeur. La saison est encore très jeune. En août, on va parler de cette première semaine et on va en rire», dit Judge, confiant. 

Ce dernier parle en connaissance de cause. En 2016, il avait frappé un circuit à sa première présence au bâton avec les Yankees, mais a finalement été retiré au bâton 42 fois en 84 apparitions, avant de rebondir de manière explosive en 2017 avec 52 circuits et le titre de recrue de l’année dans l’Américaine. 

Pas le premier

Stanton peut toutefois se consoler, car il est loin d’être le premier à avoir connu des débuts difficiles dans le Bronx. 

En 2004, Alex Rodriguez avait été acquis des Rangers du Texas par les Yankees. Et la saison n’avait pas débuté sur les chapeaux de roue pour «A-Rod», c’est le moins qu’on puisse dire : après trois semaines, il frappait pour seulement ,160, avec un seul circuit. Rodriguez a bouclé la campagne avec 36 circuits et 106 points produits. 

Plus loin dans le passé, en 1977, Reggie Jackson n’avait frappé qu’un circuit à ses 13 premiers matchs dans l’uniforme new-yorkais. La suite appartient à l’histoire : c’est cet automne-là que Jackson s’était mérité le surnom de «M. Octobre», alors qu’il avait frappé trois circuits dans le même match lors de la Série mondiale contre les Dodgers de Los Angeles. 

On peut également parler de Dave Winfield qui, après être passé des Padres de San Diego aux Yankees en 1981, n’avait frappé qu’un seul coup de quatre buts à ses 26 premières rencontres avec les Bombardiers du Bronx. 

Les ennuis de Stanton sont peut-être dus aux inévitables ajustements, lui qui doit affronter des lanceurs qu’il a peu vus lors de ses années en Floride.

«Je dois juste faire mes devoirs. La plupart de ces lanceurs, je les vois pour la première fois. Je vais m’informer sur ces lanceurs et faire de la vidéo, c’est tout ce que je peux faire», analyse Stanton. 

D’ailleurs, son gérant, d’expérience, comprend très bien la situation. 

Échangé de Cincinnati à New York pendant la saison 2003, Aaron Boone — gérant recrue des Yankees — avait connu sa part d’ennuis à son arrivée avec sa nouvelle équipe, avec 6 coups sûrs en 48 (,125) et aucune longue balle à ses 13 premiers matchs.

Pourtant, deux mois plus tard, c’était Boone qui donnait la victoire aux siens avec un circuit en fin de 11e manche lors du septième match de la série de championnat de l’Américaine. 

«Chaque joueur doit apprivoiser son nouvel environnement», explique Boone. «Si ça ne clique pas au départ, tu dois, en tant que pro, vivre avec ça et je suis certain qu’il [Stanton] mettra ces insuccès derrière lui sous peu.»