L’état de santé très précaire du boxeur Adonis Stevenson (à droite) «rappelle de très, très mauvais souvenirs» à l’entraîneur François Duguay.

«De très, très mauvais souvenirs» pour Duguay

L’état de santé très précaire du boxeur Adonis Stevenson «rappelle de très, très mauvais souvenirs» à l’entraîneur François Duguay. Il y a un an et demi, son protégé David Whittom était dans une situation semblable. Il est mort 10 mois plus tard.

«Ce n’est pas trippant. Ça ressemble beaucoup à David», a laissé tomber l’homme de boxe de Québec, joint au téléphone en fin de journée dimanche.

Duguay trace sans le vouloir dans sa tête des parallèles malheureux entre ce qui est arrivé à Whittom, le 27 mai 2017, à Fredericton, et la raclée encaissée par Stevenson au 11round samedi soir aux mains d’Oleksandr Gvozdyk. Il croit par contre que la suite des événements n’a pas été la même. Ce qui joue en faveur de Stevenson dans sa lutte pour la vie.

«Ç’a pris presque 48 heures avant que David ne soit transféré à Moncton. Et c’est seulement là qu’ils ont découvert qu’il avait encore une veine qui saignait encore beaucoup dans la tête. Pour Adonis, il a tout de suite reçu les meilleurs soins à l’Enfant-Jésus. L’intervention a été plus rapide, ça va l’aider», espère fortement Duguay.

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Malgré la victoire décisive de son protégé Sébastien Bouchard dans le dernier duel au programme, l’entraîneur Duguay n’était pas tout sourire au moment de quitter le Centre Vidéotron, samedi en fin de soirée.

«Je savais qu’Adonis était parti à l’hôpital, mais je ne savais pas dans quelle condition il était. Ma blonde a vu le médecin partir du bord du ring en courant... Ce n’est jamais bon signe. Et quand c’est le cerveau qui est touché, ce n’est pas comme un bras cassé. Tu es impuissant et tu dois rester là à attendre.»

Dimanche, Duguay a dîné en compagnie de Bouchard et jasé avec l’un des gardes du corps de Stevenson, Éric Deshaies. Il a aussi un ami qui travaille dans le domaine des traumatismes crâniens.

Vendeur, le K.O.

Impliqué dans la boxe depuis 35 ans, Duguay ne se voile pas les yeux. Les knock-out comme celui infligé à Stevenson ont la faveur des spectateurs, et donc des télés.

«Les K.O., c’est ça qui est vendeur. Adonis a fait sa carrière là-dessus. Chaque fois qu’un boxeur entre dans le ring, il prend un très grand risque. Les gars le savent», convient-il.

Les gants de boxe professionnelle de 10 onces comme ceux que portait Gvozdyk samedi ne sont pas tant rembourrés aux jointures que sur le dessus de la main et au poignet, explique Duguay.

Changer cet outil de travail pourrait constituer une partie de la solution afin d’atténuer l’impact des coups. Mais «ça reste que ce que le monde aime voir, ce qui est vendeur, c’est les K.O.», répète-t-il.

«Et là, tout ce qu’on voit, c’est les coups reçus samedi. Mais on n’en sait pas beaucoup sur les coups reçus avant, à l’entraînement. Des fois, il y a des séances de sparring très intenses, ce n’est pas toujours doux.»

Quant à l’intervention de l’arbitre, Duguay estime qu’il n’aurait pas pu stopper le combat plus rapidement et, peut-être, prévenir les conséquences. «C’est arrivé trop vite, tu ne peux pas blâmer Michael Griffin. Comme pour David, c’est arrivé trop vite.»