«C'est vrai que mon parcours est impressionnant, mais je ne m'attache pas trop à ça, car si je regarde ce que j'ai fait derrière, je n'irai pas de l'avant» - Yohann Auvitu

De Joinville-le-Pont à la LNH

Il y a un an, il défendait les couleurs du HIFK Helsinki, en SM-liiga finlandaise, une ligue dont le meilleur marqueur s'appelait Kristian Kuusela. Un an plus tard, le Wall Street Journal le qualifiait de «joueur de hockey le plus intéressant du monde». Que s'est-il passé dans la vie du Français Yohann Auvitu pour qu'un tel changement s'opère?
En fait, tout joueur de hockey professionnel qui est polyglotte et en voie de décrocher un MBA a de quoi susciter l'admiration. Quand s'ajoute à cela l'exploit sportif d'atteindre la LNH, on a une histoire spéciale sous la main. Assez spéciale pour qu'un des plus grands médias américains s'y intéresse!
«Je ne m'y attendais pas, en fait je ne savais même pas que le Wall Street Journal avait une page de sports!» admet candidement Auvitu, défenseur des Devils du New Jersey, rencontré jeudi matin au Centre Bell avant le match contre le Canadien.
Originaire de la commune de Joinville-le-Pont, en banlieue parisienne, Auvitu s'exile dans les Alpes françaises à l'adolescence, un endroit qu'il qualifie lui-même d'«exotique» pour le hockey. Les études le mènent ensuite à Jyväskylä, en plein coeur de la Finlande, où il amorce parallèlement sa carrière dans les rangs juniors de ce pays nordique.
Cinq langues parlées
C'est donc à Jyväskylä que Auvitu entreprend ses études à l'Université des sciences appliquées JAMK, études qui sont pour le moment en suspens. Il estime en effet qu'il lui reste le tiers de son MBA à rédiger. Le sujet : le développement d'une image de marque en sport.
«Pour être honnête, depuis que j'ai signé mon contrat ici, je suis un peu au point mort!» admet la recrue de 27 ans. «Mais mon but est de le finir. «Dans la vie, quand je fais quelque chose, j'aime toujours le finir. Mais je n'ai pas vraiment de pression en termes de temps, car j'espère ne pas avoir à travailler avant 2025! Donc le MBA n'aura pas vraiment plus de valeur rendu là si je le finis dès 2017.»
C'est aussi en Finlande qu'il apprend le finnois, une des cinq langues qu'il parle, en plus du russe (la langue de sa conjointe), du français, de l'anglais et de l'allemand. Encore aujourd'hui, il y passe ses étés.
Parallèlement à ses études, Auvitu s'établit peu à peu en première division finlandaise à compter de 2011, jusqu'à la saison 2015-2016, au terme de laquelle il est nommé défenseur de l'année au pays. Il s'aligne alors pour le HFIK de Helsinki.
Les Devils finissent par le rencontrer au dernier Championnat du monde, en Russie, où il défend les couleurs de la France. Il y récolte trois points en sept matchs, mais croit avoir déjà attiré l'attention du directeur général, Ray Shero. «Le Championnat du monde est une bonne vitrine pour être vu, mais j'ai toujours pensé que ce sont des performances dans ton équipe locale qui font que tu es un bon joueur ou pas.» Le 27 mai 2016, les Devils annoncent son embauche, lui faisant signer un contrat d'un an à deux volets.
Un monde de différence
Auvitu vit une première dans chaque ville où il débarque, car sa présence au camp de développement des Devils, l'été dernier, constituait son premier voyage en Amérique du Nord. Et il y a un monde de différence entre habiter la Finlande, un pays de quelque5 millions d'habitants, et la région new-yorkaise, qui en regroupe... 20 millions!
«Ça demande une certaine organisation, car il y a du trafic! Ça apporte surtout une certaine distraction d'habiter dans une ville comme New York. Il y a beaucoup de choses à faire, à voir. Mais le repos, la relaxation personnelle doivent passer en premier. C'est pour ça que je suis arrivé tôt, fin août, je suis allé voir la statue de la Liberté et ces choses-là.
«Depuis que le camp est commencé, je ne suis pas allé une seule fois à New York. J'aimerais aller voir de la NBA, de la NFL, mais c'est compliqué, c'est de la distraction, et en tant que recrue, je dois m'habituer au calendrier, aux voyages.»
Sur la glace, l'adaptation se déroule plutôt bien pour le numéro 33. En 21 matchs, il totalise quatre points, présente un différentiel de + 4 et joue en moyenne 16 minutes par match. Il a raté quatre matchs, dont trois en raison d'une blessure. Il a donc été rayé de la formation une seule fois.
«Yohann a vécu plusieurs changements, non seulement au hockey, mais dans la vie», rappelle son entraîneur-chef, John Hynes. «Il a été capable d'exploiter ses forces, soit un bon coup de patin et une bonne première passe. Le principal point à améliorer, c'était son niveau de compétition quand il n'a pas la rondelle, et il y a eu une progression constante de ce côté.»
Auvitu est un des trois Français dans la LNH cette saison, avec Antoine Roussel (Dallas) et Pierre-Édouard Bellemare (Philidelphie). Il a en commun avec Bellemare d'être arrivé dans le circuit Bettman sur le tard. Auvitu à 27 ans, Bellemare à 29 ans. Ce dernier est passé par le pays voisin de la Finlande, la Suède.
«Son parcours prouve qu'il n'y a pas de barrière, que c'est possible, et je prouve aussi qu'il n'y a pas de barrière. Dans le sport, on peut aller n'importe où.
«Quand tu regardes le passé, c'est vrai que mon parcours est impressionnant, mais je ne m'attache pas trop à ça, car si je regarde ce que j'ai fait derrière, je n'irai pas de l'avant. Je préfère me concentrer sur ce que j'ai à faire, plutôt que sur ce que j'ai fait. C'est comme ça que j'ai grandi.»
Des Devils plus offensifs
L'été dernier, l'acquisition du dynamique Taylor Hall en retour d'un défenseur plus défensif en Adam Larsson envoyait un message clair : les Devils du New Jersey changeront d'identité. Ils ne forment toujours pas une machine offensive, mais viennent maintenant au 18e rang de la LNH avec 2,56 buts par match. Au cours des quatre dernières saisons, ils ont toujours fini parmi les cinq attaques les moins productives de la LNH. L'an dernier, personne n'a compté moins de buts qu'eux (182).
Outre Hall, ils ont ajouté à leur formation Pierre-Alexandre Parenteau, qui devrait flirter avec la marque des 20 buts s'il maintenant sa cadence actuelle. Réclamé au ballottage en début de saison, il a eu Hall et Travis Zajac comme principaux compagnons de trio jusqu'ici. «Taylor amène beaucoup de vitesse, c'est le fun de jouer avec lui, j'essaie de lui donner la rondelle le plus possible», a expliqué le Québécois de 33 ans. «Il prend beaucoup de bonnes décisions, il est très habile, il génère beaucoup de vitesse et facilite les choses pour nous.»