Réjean Giroux et son fils Alexandre ont réussi à gravir les marches vers les niveaux supérieurs du hockey.

De Guy à Ovi, de père en fils chez les Giroux

Papa faisait la passe à Guy, fiston à Ovi. Gagner sa vie en jouant au hockey, atteindre les niveaux supérieurs et côtoyer les plus grands joueurs de son époque est le rêve de tous les hockeyeurs. L’ex-Remparts et ex-Nordiques Réjean Giroux et son fils Alexandre, qui s’aligne aujourd’hui pour l’Assurancia de Thetford Mines dans la Ligue nord-américaine, ont tous les deux eu la chance de le réaliser à plus de 30 ans d’intervalle.

RÉJEAN GIROUX: DES ANNÉES INOUBLIABLES À QUÉBEC

Dès l’âge de 16 ans, Réjean Giroux portait les couleurs des As de Québec, dans la Ligue Junior A. Il avait pour coéquipier un certain Guy Lafleur. L’année suivante, le jeune Démon blond a poursuivi son chemin en même temps que lui avec les fameux «Remparts en Or».

«J’étais habitué de jouer avec Guy et aussi avec Jacques Richard. André Savard s’est aussi joint à nous avec les Remparts. J’ai vécu de belles années junior, on avait une excellente équipe. À ma deuxième année, on a gagné la Coupe Memorial ici à Québec en 1971», se souvient le natif de la capitale.
Sa bague de la Coupe Memorial, Réjean Giroux la doit cependant à Paul Dumont, considéré comme le «père» de la première mouture des Remparts. 

«Bien sûr, j’ai eu ma bague après notre victoire contre les Oil Kings d’Edmonton. Mais une fois, en allant m’entraîner au gymnase, je l’avais laissée sur l’évier et quelqu’un me l’a volée...»

En vrai gentleman, M. Dumont a décidé de lui donner sa propre bague de la Coupe Memorial. «Celle-là, je l’ai encore aujourd’hui et je vais m’arranger pour la garder!»

L’aventure de l’AMH

Repêché par les Blackhawks de Chicago, Réjean Giroux a plutôt choisi d’opter pour «l’autre» circuit d’élite à sa sortie des rangs juniors. C’est que l’Association mondiale venait de voir le jour et les Nordiques de Québec lui offraient de poursuivre sa carrière chez les pros dans son patelin.

«Pour moi, c’était naturel de choisir les Nordiques. J’avais toujours joué à Québec, c’était chez moi! Et les premières années, il y avait des équipes dans ce circuit qui auraient pu très bien figurer dans la Ligue nationale. Par la suite, le talent s’est dilué à mesure qu’ils augmentaient le nombre d’équipes.»

En deux saisons dans l’organisation des Nordiques, Réjean Giroux a disputé 71 matchs dans l’AMH avec les Michel Parizeau, Jean-Claude Tremblay, Serge Aubry et Richard Brodeur. Il serait en plus le seul joueur à avoir disputé le premier match de l’histoire des Remparts et le premier match de l’histoire des Nordiques.

Il a cependant aussi goûté à la Ligue nord-­américaine. Pas celle où évolue son fils Alexandre aujourd’hui, mais la ligue «de développement» de l’AMH, plus célèbre pour ses bagarres et qui a inspiré le film Slapshot avec Paul Newman.  D’abord avec les Nordiques du Maine, puis avec les fameux Jaros de la Beauce, où il a terminé sa carrière en jouant 13 parties en 1976-1977 après une escale à Dallas, où évoluait le club-école des Blackhawks dans la Ligue centrale.

«La Ligue nord-américaine, c’était une ligue très tough, c’était assez difficile de jouer là-dedans, car il y avait là plusieurs gars dont le but n’était pas de faire carrière dans le hockey», souligne Réjean Giroux, dont la carrière a pris fin brusquement à l’âge de 24 ans. «J’avais des ligaments déchirés et les deux ménisques déchirés dans les genoux. J’ai été opéré à Dallas et j’ai manqué deux saisons... Je n’étais plus sur le marché», raconte-t-il à propos de cette opération qui l’a laissé durant deux mois et demi avec un plâtre «de la cuisse aux orteils.»

Comme plusieurs anciens hockeyeurs, il est allé travailler à l’Anglo-Canadian Pulp & Paper (aujourd’hui Papier White Birch), puis a été restaurateur avant de passer 28 ans comme représentant dans le domaine des vins et spiritueux. «Je n’oublierai jamais mes années avec les Remparts et les Nordiques. Le hockey était tellement populaire à Québec durant ces années-là», indique l’heureux retraité, tout juste de retour d’un fructueux voyage de chasse.

Alexandre Giroux, que l’on voit célébrer un but contre Manny Fernandez le 10 décembre 2008, a joué 30 matchs au total avec les Capitals de Washington. Il se considère choyé d’avoir pu évoluer avec Alexander Ovechkin, «un joueur exceptionnel».

ALEXANDRE GIROUX: DES RECORDS, LA LNH ET L'EUROPE

Alexandre Giroux n’a pas vu son père Réjean jouer au hockey professionnel puisqu’il est né quatre ans après qu’il ait accroché ses patins. L’ombre du paternel n’est cependant jamais bien loin derrière fiston, malgré ses records de la Ligue américaine et ses 48 matchs dans la Ligue nationale.

«Quand j’étais plus jeune, on me parlait beaucoup de mon père. Tout le monde le reconnaissait et lui parlait de tel ou tel but qu’il avait marqué. 

Encore il y a quelques semaines, j’étais à un tournoi de golf et on m’a présenté à quelqu’un qui a répondu : “Ah, tu es le fils de Réjean Giroux!” Je ne l’ai peut-être pas vu jouer, mais tous ceux qui se souviennent de lui m’en parlent», explique le joueur de centre de l’Assurancia de Thetford Mines.

Le jeune Alexandre a découvert la carrière de son père en regardant avec son frère des photos et des articles de journaux. Ensuite, il a suivi ses traces. D’abord avec les Gouverneurs de Sainte-Foy (midget AAA), puis dans la LHJMQ avec les Olympiques de Hull, sous les ordres de Claude Julien.

«Claude est un excellent entraîneur. Nous étions une douzaine de recrues et grâce à lui, on a fait les séries et on s’est rendu en finale contre le Titan d’Acadie-Bathurst et le gardien Roberto Luongo. Même scénario l’année suivante en finale contre l’Océanic de Rimouski, qui était mené par Brad Richards.»

Repêché en septième ronde par les Sénateurs d’Ottawa après sa première année junior, Alexandre n’a cependant jamais évolué dans la capitale canadienne.  «Quand tu es repêché, tu t’imagines que tu vas vite jouer dans la Ligue nationale, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Ils avaient des gars comme Jason Spezza et Antoine Vermette devant moi à Ottawa», explique le numéro 12 de l’Assurancia.

Le déclic

Avouant lui-même qu’il s’est développé «sur le tard», Alexandre a fait son temps dans la Ligue américaine, à Binghampton, puis à Hartford, le club-école des Rangers de New York, où il a été échangé en 2004. Il a fini par goûter à la grande ligue pour un match en 2005-2006 avant d’être échangé à nouveau aux Capitals de Washington.

C’est là, avec le club-école des Caps, les Bears de Hershey, que le déclic s’est fait. «Ça faisait quatre ans que j’étais dans la Ligue, je commençais à comprendre mon rôle.»

Avec une saison de 42 buts, il a été rappelé par le grand club, où il en a inscrit deux autres. «Ce qui était bien avec Washington, c’est que quand un gars des deux premiers trios se blessait, ils rappelaient un gars des deux premiers trios de la Ligue américaine. Alors les gars comme moi avaient la chance de jouer avec les meilleurs.»

Au gré de ses rappels dans la LNH, Alexandre a donc été jumelé à Viktor Kozlov, Nicklas Backstrom et, bien sûr, Alexander Ovechkin. «Lui, c’est vraiment un joueur exceptionnel. Quand tu es sur la glace avec lui, tu essaies de lui donner la rondelle. Tu es choyé de pouvoir jouer avec un gars comme lui.»

Il a gardé contact avec certains de ses anciens coéquipiers des Caps, qu’il était heureux de voir remporter la Coupe Stanley l’an passé. «Un gars comme Braden Holtby, j’ai justement joué avec lui à Hershey et je l’ai vu se développer.»

Le record de Brett Hull

C’est tout de même essentiellement dans la Ligue américaine qu’il passait la plus grande partie de ses saisons. En 2008-2009, ses 75 buts (60 en saison régulière et 15 en séries) et ses 15 matchs consécutifs avec au moins un but lui ont permis de battre un record de Brett Hull, une marque qui tient toujours.

En plus de voir son équipe remporter la Coupe Calder et de faire partie de la première équipe d’étoiles, il a décroché les trophées Willie Marshall, John B. Sollenberger et Les Cunningham remis au meilleur buteur, au meilleur pointeur et au joueur le plus utile à son équipe. Par la suite, c’est dans l’organisation des Oilers d’Edmonton, puis des Blue Jackets de Columbus qu’il a fait la navette entre les deux ligues avant de s’envoler pour l’Europe lors du lock-out de 2012-2013. D’abord la Kontinental Hockey League (KHL) avec le Dynamo de Riga, en Lettonie, puis la Suisse et un retour dans la KHL à Zagreb, en Croatie.

«J’ai adoré mon expérience, j’ai visité plein de belles villes d’Europe. Et en Suisse, on jouait deux matchs par fin de semaine et on avait congé le dimanche. Tous les matchs étaient au maximum à cinq heures de route, alors j’étais chez moi tous les soirs.»

Comme les choses ne se sont pas bien passées à Zagreb, il a décidé de rentrer au bercail après une dernière saison avec les Brûleurs de Loups de Grenoble, où il avait ajouté un autre trophée à sa collection : le Charles-Ramsay du meilleur pointeur de la Ligue Magnus de France.

«Mon ami Bobby Baril, qui est entraîneur et directeur général de l’Assurancia, “m’achalait” depuis quatre ans pour que j’aille jouer à Thetford Mines. Cet été, je ne pensais pas rejouer, mais il m’a convaincu», ajoute celui qui travaille aussi au programme sports-études du Mont Sainte-Anne.

«Je me donne un an pour réorienter ma carrière», ajoute Alexandre, dont le père Réjean peut enfin le voir plus souvent après de si nombreuses années loin de Québec. «J’aurais aimé jouer une saison complète dans la LNH, mais je ne suis pas amer pour autant. J’ai quand même joué pro 17 ans et j’ai été plus chanceux que mon père, car je n’ai pas eu de blessure grave qui ait mis ma carrière en péril.»

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UNE PENSÉE POUR «BOB» BISSONNETTE

Depuis le 4 septembre 2016, Alexandre Giroux a souvent une pensée pour son ami, le hockeyeur et chanteur Roberto «Bob» Bissonnette, décédé tragiquement dans un écrasement d’hélicoptère au Nouveau-Brunswick.

«Je l’avais rencontré à la Coupe Espoirs midget AAA et on ne s’était jamais perdus de vue. On jouait sur le même trio aux Jeux du Québec, on habitait la même pension avec les Olympiques de Hull. Quand j’ai été repêché par Ottawa, j’ai réussi à lui obtenir un essai avec les Sénateurs», se souvient l’attaquant de 37 ans de l’Assurancia de Thetford Mines. Il se rappelle aussi que son ami chantait et grattait déjà la guitare plus de 10 ans avant de lancer son premier album. «Il avait commencé ça à Hull, il avait fait une chanson avec les noms de tous les joueurs de l’équipe!»

Alexandre Giroux était dans un hôtel de Moscou, à près de 7000 km du lieu de la tragédie, quand il a appris la triste nouvelle. «Je ferme toujours mon cellulaire la nuit et j’avais manqué plusieurs appels. Je pensais que c’était des amis dans un party qui avaient décidé de m’appeler...»

Triste de perdre Roberto Bissonnette, Alexandre Giroux était tout de même soulagé d’apprendre que Michel Laplante, président des Capitales de Québec un autre grand ami, avait survécu. «Quand j’ai vu ce qui se passait, j’ai vite pris l’avion afin de pouvoir assister aux funérailles de Roberto et de voir Michel.»