Depuis la semaine dernière, David Baillargeon, originaire de Lévis, fait partie des 100 meilleurs joueurs de squash au monde. L'athlète de 22 ans pointe au 96e rang mondial.

David Baillargeon dans le top 100 dans l'anonymat

Dans un anonymat quasi complet au Québec, le Lévisien David Baillargeon a fait son petit bonhomme de chemin jusque dans le top 100 mondial du squash.

On aurait aimé le rencontrer en personne, mais Baillargeon passera le prochain mois en Angleterre, plus précisément à Bristol, où il s’entraîne pendant six semaines avec certains membres de l’élite mondiale. Jeudi, il affrontera même le meilleur joueur au monde, l’Égyptien Mohamed El Shorbagy.

Le Québécois a percé le top 100 de l’Association professionnelle de squash la semaine dernière, quelques jours après avoir fêté son 22e anniversaire. Le voilà 96e au monde.

«C’était mon objectif à moyen terme quand je suis entré sur le circuit professionnel, il y a deux ans et demi. J’aurais aimé l’atteindre plus rapidement. C’est un gros objectif, mais pour moi, c’est juste un plateau parmi tant d’autres. Ce n’est pas une finalité du tout», explique celui qui vise maintenant le top 50 d’ici deux ans.

Baillargeon commence le squash en suivant son père au PEPS de l’Université Laval. Il entre ensuite dans le programme junior du Club Entrain de Place de la Cité, puis en sports-études à partir de la quatrième année. Il pratique alors plusieurs sports, dont le hockey, le soccer et le karaté. Mais il préfère le plus méconnu pour son parcours scolaire. Un bon choix.

À 12 ans, il termine cinquième au Championnat canadien dans son groupe d’âge.

À 14 ans, il est déjà le meilleur joueur de la région de Québec. 

À 18 ans, il devient champion canadien chez les juniors.

Afin de développer son potentiel, il s’exile vers Montréal à 14 ans. S’amorce alors son association avec l’entraîneur de l’équipe nationale, Yvon Provençal. «Ç’a fait une grosse différence dans mon jeu, quand je suis déménagé», affirme Baillargeon, que Provençal a déjà qualifié de «vrai de vrai».

Dans l’ombre

Percer le top 100 au squash n’est pas synonyme de gloire et de gros sous. Même les meilleurs au monde vivent loin des feux de la rampe réservés aux Roger Federer et autres stars du tennis. Pendant un entraînement à Bristol, Baillargeon a récemment affronté le quatrième au monde, l’Égyptien Marwan El Shorbagy, petit frère de l’autre. Dans un club public, où personne ne faisait attention à eux... «Je lui ai dit : “Si t’étais un joueur de tennis, quatrième au monde, il y aurait 200 personnes derrière le terrain à te regarder.”»

La comparaison avec le tennis est inévitable. S’il ne dirait pas non aux bourses allouées au 96e joueur au classement de l’ATP — le méconnu John Millman a déjà récolté 106 000 $ depuis janvier —, Baillargeon voit aussi des avantages à pratiquer son sport dans l’ombre.

«Il y a des pour et des contre. On fait beaucoup moins d’argent, je reste dans les petits Airbnb et je me déplace en autobus et grâce au covoiturage. […] Mais c’est bien de pouvoir te promener dans la rue et de ne pas avoir plein de gens qui veulent te prendre en photo. Tu peux rester plus toi-même, j’ai l’impression», estime-t-il.

Le natif de Saint-Nicolas reçoit de l’aide financière de quelques organismes, comme Squash Canada, Squash Québec et la Fondation Nordiques. Mais ses frais sont énormes : il paye ses déplacements et ses hôtels. «Ça met de la pression. Il faut que tu performes au tournoi pour refaire l’argent que t’as investi. Je pense que l’aide d’un commanditaire, il va falloir que ça arrive bientôt», laisse tomber celui qui est en sabbatique de ses études en génie mécanique à l’Université McGill.

Le Canada a déjà brillé en squash. Principalement grâce au Britanno-Colombien Jonathon Power, champion du monde en 1998 et premier Nord-Américain à atteindre le sommet du classement mondial, en 1999. «C’est une inspiration. Ça dit que ce n’est pas juste les Égyptiens, les Français et les Anglais qui peuvent arriver au top. Qu’un petit Canadien peut aussi y arriver s’il fait ce qu’il faut», conclut Baillargeon.

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RENDEZ-VOUS À PARIS?

Le squash n’est pas un sport olympique. Et ne le deviendra pas à Tokyo, en 2020. Mais les choses pourraient changer en 2024, lors du grand rendez-vous à Paris. En ce moment, un Français, Gregory Gaultier, occupe le deuxième rang mondial. Du côté féminin, Camille Serme est sixième. Leur présence parmi l’élite pourrait inciter le Comité international olympique à bouger, croit David Baillargeon. «Ce serait l’apogée du squash. […] Ça permettrait de voir ce que les athlètes de squash sont capables de faire. On est souvent considérés comme étant parmi les meilleurs athlètes au monde, mais on n’a pas encore la reconnaissance qu’on devrait avoir. C’est quelque chose que les Olympiques apporteraient.» Baillargeon aura 28 ans en 2024. L’âge parfait pour exceller. «Je serais dans mon prime. J’aimerais vraiment que ça rentre en 2024.» 

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L’ÉGYPTE, CHEF DE FILE

Au squash, les Égyptiens sont rois. Chez les hommes, sept d’entre eux font partie du top 10 mondial. Chez les femmes, elles sont quatre dans le top 5. Le sport a été popularisé en Égypte par l’occupant anglais dans les années 1930. Au cours des dernières décennies, les joueurs de ce pays ont introduit un style divertissant axé sur l’attaque. Dans un article du Citizen paru en janvier, le quadruple champion du monde Amr Shabana a comparé le jeu égyptien à la conduite dans les rues encombrées du Caire. «Sous pression, notre capacité à prendre des décisions est très aiguisée», a-t-il souligné. L’Égypte est bien organisée en squash, constate David Baillargeon. Mais le Québécois a aussi remarqué une forte pression sur les joueurs égyptiens. «J’ai l’impression qu’ils sont un peu plus forcés de performer, que ce soit par leurs parents ou leur coach. Ce n’est peut-être pas sain comme méthode, mais c’est peut-être la raison pour laquelle les joueurs sont meilleurs en général», explique-t-il.