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Même si elle a tourné la page sur sa carrière de fondeuse en 2014, Dasha Gaïazova continue toujours de chausser ses skis. Elle le fait cependant par plaisir. Elle dit que la compétition ne lui manque pas, ses intérêts et des passions ayant changé depuis qu’elle est maman de deux jeunes enfants.  
Même si elle a tourné la page sur sa carrière de fondeuse en 2014, Dasha Gaïazova continue toujours de chausser ses skis. Elle le fait cependant par plaisir. Elle dit que la compétition ne lui manque pas, ses intérêts et des passions ayant changé depuis qu’elle est maman de deux jeunes enfants.  

Dasha Gaïazova (Atkins): un talent spécial

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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D’origine russe et Québécoise d’adoption, Dasha Gaïazova, qui a notamment porté les couleurs du Canada aux Jeux olympiques à deux occasions, a fait de la compétition pendant une quinzaine d’années. Lorsqu’on lui demande quel est le plus bel héritage que lui a laissé sa carrière de fondeuse, elle lance sans hésiter que c’est la possibilité de pouvoir aujourd’hui aider les gens, de les inspirer et de peut-être même de changer leur vie.

«C’est comme mon talent spécial», mentionne en riant la fondeuse qui revendique deux troisièmes place en Coupe du lors des épreuves de relais. «Ma participation aux Jeux olympiques me donne de la crédibilité quand vient le temps de parler de ma passion, de partager mes connaissances et mon expérience et de transmettre ma joie et mon plaisir. 

Et le fait de penser que j’ai peut-être influencé des jeunes à faire du ski de fond ou que j’ai donné à d’autres le désir de faire de la compétition ou de s’entraîner plus fort est pour moi quelque chose de très valorisant. C’est beaucoup plus fort que mes résultats et mes podiums.»

Native de Pouchtchino, en Russie, Dasha avait 15 ans lorsqu’elle est arrivée au Canada. Ses parents avaient décidé de déménager en sol canadien afin de profiter et de faire profiter à leurs enfants d’une meilleure qualité de vie. Et c’est à Montréal qu’ils avaient choisi de s’installer pour prendre leur nouveau départ.

«Je faisais un peu de ski de fond en Russie. J’étais même membre d’un club, mais je n’avais aucune ambition de faire une carrière comme fondeuse. Quand je suis déménagée au Canada, j’étais certaine que je ne ferais plus jamais de ski de fond et que si jamais je skiais de nouveau, ça serait juste pour le plaisir. 

«Lors de mon premier été à Montréal, j’ai croisé sur le mont Royal un homme qui faisait du ski à roulettes. Je lui ai demandé s’il faisait partie d’un club de ski de fond et lui ai dit que je m’ennuyais du ski et que je souhaitais joindre un club local. Et il m’a donné le numéro de téléphone de Luc Germain qui était l’entraîneur du club Skiélite. Je l’ai appelé et il m'a acceptée dans le club.»

Dasha ne le cache pas, le ski de fond avait facilité son adaptation à sa nouvelle vie. Énergisée par la possibilité de recommencer à skier, elle a trouvé au club Skiélite une famille très accueillante. «Ce fut un endroit très positif pour moi.»

La jeune athlète se rappelle que le club Skiélite s’entraînait à Saint-Bruno sur la rive-sud de Montréal. Elle habitait sur le Plateau Mont-Royal et à l’époque, ses parents n’avaient pas de voiture. Deux fois par semaine, elle devait partir avec son équipement sur le dos pour se rendre à son entraînement. Un voyage qui lui demandait de prendre un autobus et puis le métro où afin de se rendre à la station Longueuil où elle pouvait profiter d’un «lift» pour aller Saint-Bruno. Le même scénario était ensuite inversé à la fin de l’entraînement.

«Rapidement, je me suis améliorée. Je skiais toujours de mieux en mieux. À mes premiers championnats canadiens, à l’hiver 2000, j’ai obtenu une quatrième place dans une épreuve individuelle. C’est là que j’ai réalisé que j’avais du potentiel. Je me suis dit que jamais plus je ne finirais quatrième aux nationaux et que j’allais m’entraîner encore plus fort pour gagner des médailles.»

Dasha tint promesse. Lors des canadiens suivants disputés à Valcartier, elle mit la main sur ses premières médailles. En 2002, elle fut recrutée sur l’équipe du Québec ce qui l’obligea à déménager dans la région de Québec et à vivre une seconde adaptation qui fut cependant beaucoup plus facile que la première. 

«J’ai tellement eu de support des coachs et des gens du centre national d’entraînement comme Mireille Belzile, la mère d’Alex. Elle m’a accueillie à bras ouverts chez elle. J’ai aussi vécu avec la famille Touchette. Tout ce soutien extraordinaire a rendu mon travail d’athlète tellement plus facile et il m’a permis d’avoir du bon temps et de vivre belles expériences», explique la fondeuse qui s’entraîna aussi avec le groupe de Louis Bouchard au CNEPH.

Aux Jeux olympiques

Dasha accéda à l’équipe nationale en 2005. Elle y rejoint Sara Renner et Beckie Scott, ses deux idoles. Un an plus tard, elle vint bien près de se qualifier pour les Jeux de Turin. Devant obtenir un top 30 lors de la dernière épreuve de sélection, un 30 km, elle termina à 1,3 secondes de la 30e position et elle dut se contenter du rôle de substitut sur l’équipe. «À ce moment-là, je me suis dit que je ne raterais pas ma chance d’aller aux prochains Jeux (2010) et qu’il fallait que je m’y qualifie dès les premières épreuves de sélection. Il y avait quatre courses et j’ai gagné les trois premières. Et comme j’avais mon laissez-passer pour les JO, j’ai laissé une autre fille remporter la dernière course.»

Dasha fit ses débuts sur la scène olympique lors des Jeux de Vancouver où elle eut l’honneur de faire équipe pour le sprint à relais avec Sara Renner qui avait annoncé qu’elle en était à des derniers JO. Quatre ans plus tard, elle prit la direction de son pays natal pour défendre les couleurs du Canada à Sotchi.

«C’était assez spécial. J’avais un peu peur d’être vue comme une traître par les spectateurs. Mais ils ont été très sportifs et ils m’ont encouragée parce que j’étais Russe. Ils l’ont fait autant que les fans de l’équipe canadienne. Mais personnellement, je me sentais davantage Canadienne que Russe. Tout mon succès en ski de fond, je le devais aux opportunités que j’avais eues au Canada et au soutien que des personnes comme Luc Germain ou les coachs du Centre Pierre-Harvey m’avaient offert. J’étais le produit de ça. La Russie, c’était mes racines et mes traditions. Et j’ai eu beaucoup de plaisir. Ma mère est venue me voir skier. Ce fut spécial et très plaisant. 

«Honnêtement cependant, les Jeux de Vancouver furent plus spéciaux pour moi parce tous les fans de ski de fond au Canada étaient au parc de ski de Whisler. Je connaissais tous les bénévoles qui étaient dans les pistes, car je les avais côtoyés tout au long de ma carrière. La dame qui m’a mis mon dossard avant le départ, c’était celle qui le faisait quand j’avais 15 ans. J’étais dans ma famille à Vancouver.»

Dasha prit sa retraite après les championnats canadiens de 2014. Âgée dans la trentaine, elle croyait que le moment était bien choisi pour tirer sa révérence et amorcer une nouvelle vie. Elle indique qu’elle n’était cependant pas préparée à faire la transition.

«Je ne savais plus qui j’étais. Il fallait que je me retrouve. Moi, qui étais une experte dans mon domaine, j’étais une incompétente dans ma nouvelle vie. Je ne savais même pas ce que je voulais faire et à quoi ressemblait le monde du travail. Et je ne savais pas combien de temps ça allait durer. J’ai donc appelé des amis qui avaient du succès dans leur carrière et mes anciens commanditaires et je leur ai posé des questions. Je leur disais «J’ai été dans le bois toute ma vie, je viens d’en sortir et il faut que je comprenne comment les choses fonctionnent». Et il fallait aussi que je trouve mes passions et mes intérêts.»

Ayant fait du bénévolat dans une résidence pour aînés lors de son séjour avec l’équipe nationale et ayant beaucoup aimé les interactions qu’elle avait eues avec les personnes âgées, Dasha décida de retourner travailler auprès de cette clientèle. Désenchantée par le salaire, désirant être plus qu’un coach de mise en forme et attirée par la gestion, elle s’inscrivit à la maîtrise en administration aux HEC à Montréal. Pendant ses études, elle eut le coup de foudre pour la finance. «C’est là que les morceaux du puzzle ont commencé à s’emboîter. Quand j’ai terminé mes études, j’ai voulu travailler en finance», mentionne celle qui, lors de son passage à l’UdeM, œuvra comme coach au sein de l’équipe de ski de fond des Carabins.

Son diplôme en poche, Dasha retourna en Alberta. «J’ai suivi l’amour». Elle dénicha un emploi dans la gestion de patrimoine à la Financière Banque nationale et elle continua à travailler comme coach au club de ski Space Dogs, un club qu’elle avait fondé et qui accueille des fondeurs adultes. «Je ne suis pas une coach traditionnelle. Je montre à mes élèves ce qui a fonctionné pour moi, des choses qu’ils n’apprendraient pas habituellement.»

Aujourd’hui, Dasha travaille en gestion de patrimoine à la banque Scotia. Un boulot plein de défis où elle retrouve le côté compétitif qui l’animait alors qu’elle était athlète. Elle est aussi toujours coach avec les Space Dogs.

«Pour le moment, la compétition ne me manque pas. Depuis que je suis maman de deux jeunes enfants, mes intérêts et mes passions ont beaucoup changé. Mais je pense que si on me repose la question dans cinq ans, mon opinion pourrait changer de nouveau.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Chanda Crawford et Dasha Gaïazona (à droite) célèbrent après avoir terminé troisièmes du relais sprint présenté dans le cadre de la Coupe du monde de ski de fond de Duesseldorf en 2010.

Q Fait marquant?

Ah mon Dieu! Voir Alex Harvey progresser dans sa carrière. J’ai toujours été impressionnée par sa maturité comme athlète. C’était très spécial. Quand je l’ai connu, il était tout jeune. Et j’ai toute de suite vu qu’il était dans une classe à part.

Q Performances dont tu es la plus fière?

Je pense que c’est relais sprint avec Sara Renner aux Jeux de Vancouver en 2010. C’était une compétition spéciale parce que je savais qu’elle en était à ses derniers Jeux. Ç’a avait été un honneur pour moi d’avoir été choisie pour courir avec elle. Et le relais sprint que j’ai fait aux Jeux de Sotchi (2014) parce que je savais que c’était ma dernière course aux JO et peut-être même mon dernier départ à vie. J’ai vraiment mis tout mon cœur dans les pistes lors de cette compétition-là.

Q Idoles de jeunesse?

R Sara Renner et Beckie Scott

Q Plus grande qualité?

R J’étais obstinée.

Q Entraîneur marquant?

R Luc Germain. Un entraîneur exceptionnel.

Q Personnalité marquante?

R Il y a tellement de gens qui ont joué un rôle marquant dans ma carrière. J’ai toujours eu de très bonnes relations avec mes commanditaires et je suis toujours en contact avec plusieurs. De ceux-là, il y a Jamie Mackie, une personne qui m’a beaucoup aidée dans ma vie. Il est comme mon mentor. Je veux aussi mentionner le nom de J.D. Miller qui est à la tête de B2DIX à Montréal. C’est vraiment un passionné de sport, un passionné des athlètes canadiens. L’énergie qu’il leur donne c’est extraordinaire. Et il a fait beaucoup pour moi.

Q Dans 10 ans?

R En train de gérer de grands portefeuilles dans le domaine du patrimoine à la banque Scotia ou dans une autre institution. Je serai probablement toujours à Calgary. Et je me vois toujours sur les pistes de ski de fond. Ça, ça ne changera jamais. Je le serai en tant qu’entraîneur, de parent ou de bénévole.

Q But que tu poursuis?

La valeur des Jeux olympiques était l’excellence, de toujours chercher l’excellence dans tout ce que tu fais. C’est vraiment une valeur que j’essaie de continuer à appliquer dans ma vie à tous les jours.

Q Souhait?

R J’aimerais que mes enfants trouvent leur passion. Si c’est en ski de fond, je serai très contente. Mais si c’est dans un autre domaine, je vais être heureuse quand même. J’aimerais simplement qu’ils trouvent leur passion, leur vraie passion.