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...dans l'oeil d'Alain Côté

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C’était un match émotif. Depuis le début, tous les matches entre le Canadien et les Nordiques étaient émotifs.

Il y a eu comme un buildup à toute cette histoire. Au début, on était comme des petits cousins qui s’affrontaient. Et, puisqu’on faisait partie de la même division, on se voyait souvent. Il y a eu certaines années où on s’est croisés 15, 16 ou même 17 fois, quand on compte les séries éliminatoires et les matches hors-concours.

Nous étions en train de compléter notre cinquième saison dans la LNH. C’était notre deuxième affrontement en séries. En 1982, nous avions causé une belle surprise, en l’emportant en prolongation, dans le cinquième et ultime match. Nous avions alors causé la surprise, parce le Canadien était plus fort que nous. Daniel Bouchard avait sorti toutes ses médailles. Il goalait en tabarnouche, cette année-là!

À partir de ce moment-là, nous n’étions plus nécessairement les «petits» cousins. Nous avions atteint l’âge adulte!

Dans le Match du Vendredi saint, il y avait des malcommodes de chaque côté. Nous avions Dale Hunter, qui ne laissait jamais sa place. De leur côté, il y avait Chris Nilan. Il était haïssable, lui aussi. Il y a eu des frictions, durant la soirée. Éventuellement, tout a explosé.

Il n’y a rien eu de prémédité, dans le match. Les ingrédients étaient quand même réunis. On avait deux équipes qui se détestaient. Deux entraîneurs qui se détestaient. Deux groupes de propriétaires qui bataillaient pour gagner des parts de marché dans le domaine de la bière. C’était une vraie guerre de clochers.

Dans ce temps-là, les gars se chamaillaient tout le temps. Les arbitres réussissaient plus souvent qu’autrement à garder le contrôle. Le problème, avec le Vendredi saint, c’est que tout a commencé à la fin d’une période.

Dans les années 1980, tout le monde sautait sur la glace à la fin d’une période. Les gars qui n’avaient pas joué beaucoup en profitaient pour s’échauffer. Les autres allaient donner une petite tape sur les jambières du gardien...

Hunter et Guy Garbonneau ont parti le bal. Après, quand Nilan a ramassé Randy Moller, les choses ont dégénéré. C’était parti.

Je pense, comme plusieurs, que le résultat aurait été fort différent si les arbitres avaient travaillé différemment durant l’entracte. Les joueurs qui étaient expulsés n’auraient jamais du revenir au banc des joueurs avant le début de la troisième période.

Alain Côté

Quand les esprits ont recommencé à s’échauffer, le Canadien a été un peu plus «smatte» que nous autres. On a vu, par exemple, Richard Sévigny se mettre à courir après Dale Hunter. Quelques joueurs de Montréal qui se savaient expulsés ont continué à provoquer nos bons joueurs.

On a fini par perdre cette rencontre. Je peux vous dire que dans les jours qui ont suivi, notre niveau d’amertume était assez élevé.

Aujourd’hui, quand j’y repense, je ne suis pas très fier d’avoir joué un rôle actif dans toute cette histoire. Ce n’était pas très édifiant. À certains endroits, il y avait carrément des batailles de rue. Les gars se mêlaient des bagarres des autres...

La rivalité s’est un peu calmée, après coup. Évidemment, il y a eu d’autres combats. Il n’y a pas eu de batailles générales, mais on a vu des gars jeter les gants. L’animosité a toujours été présente.

Une belle rivalité... malgré tout

La rivalité n’était pas très belle, lors du Match du Vendredi saint. De façon générale, c’était une super belle rivalité.


« Quand on jouait contre Montréal, on savait qu’il fallait tout le temps être prêts. Et ça, c’était bon, pour nous. »
Alain Côté

J’ai arrêté de jouer en 1989. À ce moment-là, notre équipe n’était plus très forte. Malgré tout, on parvenait toujours à tirer notre épingle du jeu dans ces rencontres. On ne manquait jamais de motivation! À titre personnel, j’ajouterais que j’aimais beaucoup jouer au Forum. C’était un bel amphithéâtre qui sentait le hockey. À notre arrivée, je regardais toujours les banderoles, accrochées au plafond.

Il n’était jamais facile de jouer, là-bas. Je me souviens d’une soirée en particulier, où on tirait déjà de l’arrière par trois buts en première période. Quand tu entends la foule chanter «Na Na Na Hey Hey» avant le premier entracte, tu sais que la soirée va être longue!

Le caractère historique du Forum ne nous a quand même pas empêchés de connaître du succès sur sa patinoire. Durant ma carrière, les Nordiques ont le Canadien se sont affrontés à quatre reprises, dans les séries. Ils ont gagné deux fois et nous avons gagné deux fois. Nos deux victoires sont survenues dans le match ultime, à Montréal, en prolongation.

Nous avons gagné en 1982 et en 1985. Le Canadien a gagné en 1984 ainsi qu’en 1987. Dans chaque série, il s’est passé quelque chose de spécial. En 87, c’était mon but, qui a été refusé. Mais ça, c’est une autre histoire. On pourrait écrire un autre chapitre, au grand complet, juste là-dessus!

Durant ma carrière de joueur, je passais mes étés à Québec. Je retournais quand même à Matane pour voir mes parents et pour participer à mon tournoi de golf annuel.

Disons que nos étés étaient plus beaux après une victoire en séries contre le Canadien.

D’accord avec Serge!

Dans sa biographie, Serge Savard a dit que les Nordiques ont obligé les dirigeants du Canadien à travailler plus fort. Je suis 100 % d’accord avec lui. Nous avons priorisé les joueurs francophones à tous les niveaux. Nous avons misé sur Mario Marois, sur Robert Picard, sur Moose Dupont... Le Canadien n’a pas eu le choix de réagir en repêchant ensuite des joueurs francophones comme Claude Lemieux, Stéphane Richer et Patrick Roy...

Avec ces gars-là, le Canadien est devenu une meilleure équipe, encore. Les gars, d’un côté comme de l’autre, avaient un bon sentiment d’appartenance. Ça ne faisait que pimenter la rivalité. Tout le monde sortait gagnant.

Aujourd’hui, si l’organisation du Canadien ne repêche pas les joueurs francophones, qui le fait? Quand on laisse passer les gars de chez nous, ça envoie un drôle de message.

Alain Côté, des Nordiques de Québec

Propos recueillis par Sylvain St-Laurent