Malgré tous les écueils, le Cubain Damian Lopez Alfonso enfourche toujours son vélo de compétition. Il est accompagné de son entraîneur et physiothérapeute Alejandro Ricard Jimenez. À eux deux, il représente l’ensemble de la délégation cubaine présente à la Coupe du monde de paracyclisme sur route de Baie-Comeau.

Damian Lopez Alfonso, symbole de l'ultime dépassement

BAIE-COMEAU — Pour la cinquième fois de son histoire, Baie-Comeau reçoit la crème de la scène internationale du paracyclisme avec l’étape finale de la Coupe du monde de paracyclisme sur route de l’Union cycliste internationale (UCI), jusqu’à dimanche. Vous ne trouverez pas de grosses têtes parmi les 200 athlètes présents pour l’occasion. Ils font tous du sport de haut niveau pour les bonnes raisons.

Le Cubain Damian Lopez Alfonso représente l’ultime dépassement chez ces sportifs qui enfourchent tricycles, vélos à main ou vélos adaptés à leurs conditions. À 13 ans, il a perdu ses deux bras jusqu’aux coudes et a été défiguré après une électrocution. Damian tentait de dépêtrer son cerf-volant, pris dans un fil électrique, avec un bâton en aluminium.

Entre la vie et la mort durant trois mois, brûlé sévèrement sur une grande partie du corps, Damian réussit à s’en sortir et se concentre sur le sport. Il était d’ailleurs des épreuves de la Coupe du monde de paracyclisme à Baie-Comeau en 2011 et 2012, mais il pédalait alors avec ses deux jambes...

Le mauvais sort s’acharne

En effet, le mauvais sort n’en avait pas fini avec Damian Lopez Alfonso. Le 22 novembre 2017, lors d’un entraînement à Cuba, un autobus l’a heurté et traîné sur plusieurs mètres. On a dû lui amputer la jambe droite. Et un plus grand malheur restait à venir avec le décès récent de sa mère, sa plus grande partisane.

«C’est beaucoup plus facile de s’adapter à l’absence d’une jambe qu’à l’absence de sa mère», a confié Lopez Alfonso au Soleil par le biais d’une interprète. «Ma mère était très fière de ma carrière sportive et c’est important pour moi de poursuivre. Ces courses, je les dédie à ma mère», souligne-t-il en faisant allusion au contre-la-montre de vendredi et à la course sur route de dimanche. Il ajoute qu’avec tout ce qui lui arrive, il a aussi «le goût de vivre ma vie à fond».

Pour la toute première fois de sa carrière, Damian Lopez Alfonso affrontera donc les cyclistes unijambistes, après plusieurs années dans la catégorie de ceux qui ont leurs deux jambes, mais d’autres limitations. «L’important est de terminer la course», clame-t-il.

S’il ne vise pas nécessairement le podium, compte tenu de l’inconnu dans lequel il se lance, le Cubain n’entend pas faire de la figuration et pense déjà à l’an prochain. «Après la course, je retourne à Cuba avec la feuille des chronos de tout le monde et je vais travailler fort à réduire l’écart avant de revenir ici en 2019», lance-t-il, optimiste.

Dans le grand manège

Avec cette étape de la Coupe du monde de paracyclisme, Baie-Comeau regagne sa place dans le grand manège de l’UCI. En effet, la municipalité avait présenté des étapes en 2011 et 2012 de la Coupe du monde. En 2010 et 2013, c’étaient les Championnats du monde de la discipline qui étaient en vedette.

Après quatre ans dans le secteur Marquette, où les pentes ne manquent pas, le circuit de cette année se trouve dans le secteur Mingan et est plus plat que le précédent. Il s’étire sur 9,45 kilomètres.

Cette Coupe du monde s’est ouverte mercredi soir avec le relais par équipe. Jeudi, les tricycles et les vélos à main étaient sur le circuit pour le contre-la-montre. Ils seront imités vendredi par les vélos dits réguliers et les tandems, avec une personne mal voyante à l’arrière. Les courses sur route seront disputées samedi pour le premier groupe et dimanche pour le second.