C'était la première fois depuis le 28 janvier 2017 que Mikaël Kingsbury ne terminait pas sur la première marche du podium.

Coupe du monde: la série de victoires de Kingsbury s'arrête à 13

MONT-TREMBLANT — Toute bonne chose a une fin. La série de victoires de Mikaël Kingsbury s'est arrêtée à 13 à la Coupe du monde de ski acrobatique de Mont-Tremblant, samedi.

Le Japonais Ikuma Horishima a offert une performance irréprochable en super-finale et obtenu un score de 93,88 points. Kingsbury, de Deux-Montagnes, a frôlé la perfection lui aussi avec une récolte de 93,27 points. Le podium a été complété par le Kazakh Dmitriy Reiherd, loin derrière à 88,44.

C'était la première fois depuis le 28 janvier 2017 que Kingsbury ne terminait pas sur la première marche du podium. Il avait fini deuxième à la Coupe du monde de Calgary, derrière l'Australien Matt Graham. Fidèle à son habitude, Kingsbury n'a pas trop laissé paraître ses émotions après la compétition.

«Je n'ai pas vu sa descente [à Horishima], mais j'ai entendu son score de 93 points. Je me suis simplement dit : "Capote pas, fais ta descente", a raconté Kingsbury, sans amertume. De manière générale, c'était une bonne descente — j'ai aussi obtenu 93 points —, donc je ne suis aucunement déçu.

«Et puis, je ne suis vraiment pas déçu que ma séquence soit terminée, a poursuivi le bosseur âgé de 25 ans. Même que je suis vraiment content que ce soit mis de côté, avant les Jeux. Ça s'arrête à 13, et je suis pratiquement certain que ce sera un des records les plus difficiles à battre dans le sport.»

D'ailleurs, selon le «King des bosses», cette deuxième place ne change rien dans sa préparation pour les Jeux olympiques.

«Pour moi, la référence dans notre sport, c'était la semaine dernière à Deer Valley, a-t-il expliqué. Si t'es le meilleur, alors tu vas gagner là-bas, et j'ai gagné les deux courses. Ici, c'était bien, mais la piste était plus facile, donc ça rapproche un peu tout le peloton. Je ne veux rien enlever au gagnant, mais la référence, c'est Deer Valley.»

L'autre Québécois en super-finale, Marc-Antoine Gagnon, a perdu un ski dans la section centrale du parcours et a dû se contenter du sixième et dernier rang.

Justine Dufour-Lapointe est montée sur la plus haute marche du podium. Il s'agissait de sa première victoire depuis celle du 21 janvier 2017 à Val St-Côme.

Justine la «Tiger»

De son côté, Justine Dufour-Lapointe a retrouvé la fougue qui l'habitait jadis et mérité l'or. Il s'agissait de sa première victoire depuis celle du 21 janvier 2017 à Val St-Côme.

La cadette des soeurs Dufour-Lapointe a admis après la compétition que la décision de révéler publiquement que sa mère avait souffert d'un cancer, plus tôt cette semaine, lui avait permis de skier plus librement.

«Je me sens bien, j'ai tellement plein d'émotions en dedans de moi en ce moment, on dirait que j'ai le goût de pleurer, a d'abord mentionné Justine, très émotive. Je suis fière de moi; ça signifie tellement cette victoire-là.

«J'ai juste cessé de réfléchir et j'ai suivi mon instinct, a-t-elle ajouté quant à sa performance. Je voulais retrouver Justine, la "Tiger", la fille qui fonce, qui arrête de penser aux autres, et qui se concentre sur elle-même. Donc je me sens extrêmement libérée, surtout de pouvoir partir vers PyeongChang avec cette médaille d'or là au cou.»

Dufour-Lapointe a triomphé avec 87,43 points, soit un peu plus de deux points devant sa compatriote Andi Naude (85,35). La Kazakhe Yulia Gulysheva s'est attribué le bronze, à 84,61.

Les deux autres Québécoises qui ont participé à la super-finale, Audrey Robichaud et Chloé Dufour-Lapointe, ont respectivement fini cinquième et sixième. Ces résultats devraient leur permettre de se tailler une place au sein de l'équipe canadienne de ski acrobatique aux Jeux olympiques.

«J'ai intégré un nouveau saut à ma routine, un périlleux arrière truck driver, et d'avoir pu réunir tous les morceaux du casse-tête en super-finale, c'était vraiment important pour moi», a confié Robichaud, qui espère participer à ses troisièmes jeux en carrière.

«C'était une grosse victoire morale aujourd'hui, a ajouté Chloé Dufour-Lapointe. Je me suis dit : "Ça fait du bien de retrouver la "coco" qui sait skier".»

L'aînée des soeurs Dufour-Lapointe, Maxime, a quant à elle été éliminée en qualifications — ce qui signifie qu'elle n'accompagnera pas Justine, ni potentiellement Chloé, aux Jeux.

Il est à noter que plusieurs têtes de série, dont la Française Perrine Laffont et l'Australienne Britteny Cox, qui sont respectivement troisième et quatrième au classement général, n'ont pas participé à cette course.

Les résultats de cette étape de la Coupe du monde auront un impact sur l'identité des bosseurs qui feront partie de l'équipe olympique canadienne de ski acrobatique, qui sera dévoilée lundi.

Il s'agissait de la dernière épreuve en Coupe du monde avant les Jeux olympiques de PyeongChang, qui se mettront en branle à compter du 9 février.

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LES ENTRAÎNEURS PAS INQUIETS POUR KINGSBURY

Quelques minutes après avoir vu la série de victoires de Mikaël Kingsbury prendre fin, samedi, personne chez Ski acro Canada ne semblait ébranlé outre mesure par le dénouement inattendu de la Coupe du monde de ski acrobatique de Mont-Tremblant.

Le bosseur québécois Marc-Antoine Gagnon, l'un des cochambreurs de Kingsbury sur le circuit de la Coupe du monde de ski acrobatique, s'est risqué à une explication pour la deuxième place de Kingsbury derrière le Japonais Ikuma Horishima.

«La raison pour laquelle Mikaël n'a pas gagné aujourd'hui, c'est parce que la piste était trop facile, a-t-il d'abord évoqué. Quand les pistes sont difficiles, Mik est tout simplement imbattable, et aujourd'hui ç'a permis à des bosseurs de faire des choses incroyables.

«À PyeongChang, ce sera un peu plus difficile, et je serais prêt à gager sur Mik, ne serait-ce qu'à cause de la façon dont il skie depuis le début de la saison», a-t-il ajouté.

Des propos qui ont trouvé écho dans ceux de Michel Hamelin, l'entraîneur-chef de l'équipe féminine chez Ski acro Canada (SAC). Hamelin a rappelé que Kingsbury s'était fait jouer le même tour lors des derniers championnats du monde à Sierra Nevada, en mars dernier, où il avait fini troisième derrière Horishima et le Français Benjamin Cavet.

«Le peloton était très, très, très rapproché aux Mondiaux, a-t-il dit. Je me souviens que tous les bosseurs étaient cordés, et le Japonais — c'est un bon sauteur, il va vite — était ressorti du lot.»

L'entraîneur de Kingsbury, Rob Kauber, croit pour sa part que cette deuxième place était devenue un mal nécessaire.

«C'est certain qu'une saison parfaite aurait été fabuleuse, mais on doit s'attendre à ce que les autres bosseurs tentent de le bousculer, a-t-il évoqué. De plus, c'est une bonne chose, car c'est une distraction de moins — même si Mik est pratiquement inébranlable. On va se retrousser les manches et travailler sur les petits détails.»

Hamelin confiant pour PyeongChang

Le doublé canadien chez les dames a également procuré une bonne dose de soulagement à Hamelin, à l'occasion de la dernière étape de la Coupe du monde avant les Jeux olympiques de PyeongChang.

«Les quatre filles qui seront à PyeongChang en février sont dans le top 6 à Mont-Tremblant, a souligné le principal intéressé, en référence à Justine et Chloé Dufour-Lapointe, Andi Naude et Audrey Robichaud. Je m'en vais aux jeux avec quatre filles qui sont confiantes.»

Cette confiance ne serait pas étrangère à la décision des soeurs Dufour-Lapointe de révéler jeudi que leur mère, Johane, avait souffert d'un cancer l'an dernier. Hamelin a d'ailleurs remarqué un changement marqué dans leur attitude ces derniers jours.

«C'est un autre monde! s'est-il exclamé. Je le voyais dans leur visage. Même Chloé a skié comme elle est capable de skier. L'année passée, vous savez, la saison a été assez pénible sur le circuit, mais nous nous sommes battus pour obtenir des résultats.

«Et là, cette année, juste le fait de le dire [que leur mère était malade], elles sont arrivées dans les réunions en prévision de la course ce week-end et on voyait qu'elles étaient plus relaxes, plus légères. Et ç'a paru dans les résultats.»

Évidemment, l'avenir sportif de l'aînée des soeurs Dufour-Lapointe, Maxime, a aussi été abordé. La bosseuse de 28 ans, qui n'a pu franchir les qualifications samedi à Mont-Tremblant, est de facto écartée des Jeux olympiques de PyeongChang.

«Je vais m'asseoir avec elle ce soir et on va discuter un petit peu, a dit Hamelin. Tous les scénarios sont envisageables. Après les jeux, il reste encore plusieurs étapes de la Coupe du monde, et je ne sais pas si elle veut continuer après Tremblant. C'est à elle de décider, mais une chose est sûre, elle est bonne à l'école et performera peu importe le domaine dans lequel elle se dirigera.»