Copier-coller au Grand Prix cycliste

Étrange voyage dans le temps, vendredi, au 8e Grand Prix cycliste de Québec. Peter Sagan a gagné l'épreuve au sprint avec Greg Van Avermaet dans sa roue, un copier-coller de la course de l'an dernier.
Le Slovaque a ainsi remporté sa 100e victoire chez les professionnels. On l'a d'ailleurs couvert de cadeaux après sa descente du podium, histoire de souligner cet accomplissement. Bouteille de champagne, boîte d'outils, pompe à vélo. Le chiffre 100 bien en évidence. Tout le monde semblait prêt pour une victoire de la «rock star» du cyclisme, populaire grâce à son talent, mais aussi par sa personnalité atypique, un mélange d'insolence et d'humour, le tout livré sur un ton monocorde.
En parlant de son 100e triomphe, devant la foule, il lance en souriant : «C'est sans doute mieux de vivre 100 ans. Maintenant, je dois continuer et remporter 200 courses.»
En conférence de presse, lorsqu'on lui demande de décrire le scénario de cette épreuve du WorldTour, il réplique : «Je crois que les gens l'ont vu à la télévision.»
Le double champion du monde a franchi les 201,6 km de l'épreuve en 5h00min31sec, accompagné dans le même temps par 34 autres cyclistes, dont le Montréalais Guillaume Boivin. Sagan est devenu le deuxième homme à remporter l'épreuve deux fois après Simon Gerrans (2012 et 2014), mais le premier à le faire de façon consécutive.
La course a été marquée par une longue échappée à quatre, dont a fait partie le Lévisien de 20 ans Pier-André Côté. La pluie a menacé jusqu'au milieu de l'après-midi, mais l'arrivée sur la Grande Allée s'est faite sous le soleil.
Avant-goût des Mondiaux
Sur le podium, Sagan a pris soin de remercier ses coéquipiers chez Bora-Hansgrohe, qui ont «travaillé très fort et contrôlé la course dans les trois derniers tours en refermant tous les écarts». Derrière lui, encore une fois, Van Avermaet (BMC Racing), deuxième à Québec pour la troisième fois de sa carrière. Le Belge a fini devant l'Australien Michael Matthews (Sunweb), venu compléter le podium attendu.
Ce top 3 risque d'ailleurs d'être le choix des experts dans deux semaines, aux Mondiaux disputés à Bergen, en Norvège. «J'espère que ce ne sera pas dans le même ordre», a lancé Van Avermaet, champion olympique à Rio.
«Les gars qui sont ici sont de forts coureurs, de bons sprinters. Je suis heureux d'être sur le podium. C'est le type de riders qui seront à surveiller en Norvège», a ajouté le meneur au classement du WorldTour devant le Néerlandais Tom Dumoulin et Sagan.
Histoire d'ajouter à la similitude avec l'an dernier, le Colombien Rigoberto Uran a attaqué avec environ un kilomètre à faire, une tactique qu'il avait aussi utilisée en 2015, en route vers la victoire. Cette fois-ci, comme en 2016, le peloton ne l'a pas laissé fuir.
Les quelque 160 coureurs se donnent maintenant rendez-vous à Montréal, dimanche, pour la seconde portion des seules épreuves du WorldTour de l'Union cycliste internationale disputées en Amérique. «Je vais célébrer ma victoire. Je penserai à la course de Montréal dimanche matin», a lancé Sagan. L'an passé, dans la métropole, il avait pris la deuxième place derrière Van Avermaet.
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Les contrats signés trop vite...
Les Grands Prix de Québec et de Montréal sont «sécurisés» pour 10 ans et davantage aux yeux du président Serge Arsenault, mais ça ne veut pas dire que les contrats avec les villes sont signés. Une information erronée a circulé dans certains médias, vendredi, selon laquelle il avait trouvé un accord qui assurait la tenue des courses pour les 10 prochaines années.
Une dépêche de l'Agence France-Presse inspirée d'un article du journal L'Équipe est à la source du quiproquo. Dans le texte original, Arsenault affirmait que «les Grands Prix sont sécurisés pour une décennie». La dépêche de la prestigieuse agence de presse laissait toutefois supposer la signature d'un contrat. «Les négociations ne sont pas commencées», a répété Arsenault, vendredi. L'entente avec Québec est bonne jusqu'à l'an prochain, celle avec Montréal jusqu'en 2019.
Le président des Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal, Serge Arsenault
«Je ne veux pas être dans le club des mal cités. J'ai dit à mes amis journalistes européens : c'est une grande classique et ne vous en faites pas, nous serons ici dans 5 ans et 10 ans. [...] De toute façon, j'aurai raté mon coup si dans 20, 30 ou 40 ans les Grands Prix ne sont pas encore ici.» Bref, les propos d'Arsenault relèvent d'un souhait, voire d'une certitude de sa part. Mais pour Québec, aucune rencontre n'aura lieu avant 2018, a-t-il assuré.
Par ailleurs, l'UCI lui a demandé de retarder d'une semaine les courses de 2018, ce à quoi il s'est opposé, gagnant sa cause. En raison de la tenue de la Coupe du monde de soccer, le Tour de France sera décalé d'une semaine l'an prochain, et l'UCI voulait en faire autant avec les épreuves de Québec et de Montréal. La météo plus froide, le début des camps d'entraînement au hockey et les hôtels déjà réservés expliquent la position d'Arsenault. «Ç'a été très bien accepté, très bien compris. On a eu une bonne collaboration de l'UCI là-dessus, ils ont compris tout de suite», a-t-il indiqué.
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La folle journée de Côté
Journée fertile en émotions pour le Lévisien de 20 ans Pier-André Côté. Il a fait partie d'une échappée de quatre coureurs pendant plus de la moitié de la course; il a abandonné l'épreuve, épuisé par l'effort; et sa mère s'est fracturé la cheville en plein milieu de la foule, près de la ligne d'arrivée.
«C'était une super journée», a-t-il dit de sa prestation. «Je me suis donné les opportunités de performer et de me démarquer.» Tout ça malgré un pépin avec la selle de son vélo. Mais beaucoup grâce aux encouragements d'une foule vendue à sa cause.
«C'est clair que ç'a donné des jambes. J'aurais probablement fait deux tours de moins si je n'avais pas eu tout le monde pour me crier après» dans les côtes, a dit l'articulé jeune homme, avant de remercier ses partisans.
Membre d'Équipe Canada, Côté s'est démarqué dès le premier tour, se retrouvant en échappée avec Tosh Van der Sande, Tyler Williams et Baptiste Planckaert. À un certain moment, les quatre hommes détenaient près de 10 minutes d'avance sur le peloton. Côté a récolté huit points dans la course du meilleur grimpeur, remportée par l'Autrichien Lukas Pöstlberger, coéquipier du vainqueur Peter Sagan.
Le réservoir vide
Au 11e tour, la fatigue a toutefois rattrapé le Québécois. Ses trois compagnons l'ont largué et il a vite été ravalé par le peloton avant d'abandonner. «C'est un petit peu comme une voiture sur l'autoroute», a illustré Côté. «On voit le réservoir à essence se vider tranquillement. Ça n'arrive pas tout d'un coup. J'ai dû passer deux, trois tours à souffrir comme un chien. Dans cette zone-là, tu sais qu'il n'en reste plus pour longtemps.»
La fatigue a rattrapé Pier-André Côté (à gauche) au 11<sup>e</sup> tour, puis il a vite été ravalé par le peloton avant d'abandonner.
Quant à sa mère, soignée au milieu de la foule pendant l'entrevue, elle gardait son sang-froid malgré la gravité de sa blessure. Un accident «vraiment anodin», a expliqué son fils. «Une petite marche qu'elle a manquée. Je crois que c'est l'excitation qui a fait qu'elle ne regardait pas où elle marchait.»
Des Québécois déçus
Les autres Québécois de la course avaient la mine une peu basse. Même Guillaume Boivin (Israel Cycling Academy), pourtant le meilleur Canadien avec une 29e place. Des ennuis techniques l'ont forcé à changer de vélo deux fois dans les quatre derniers tours; il a du redoubler d'effort pour rejoindre le peloton, lui-même en chasse de l'échappée.
«Ça m'a coûté cher pour le final. Dans les cinq derniers tours, il a fallu embrayer pour rejoindre l'échappée, qui avait une bonne avance. Je me sentais bien, mais il m'en manquait un peu dans les 300 derniers mètres», a dit le Montréalais, qui visait un top 10.
Le Matanais Bruno Langlois (Équipe Canada) a quant à lui terminé au 52e rang, 21 secondes derrière le vainqueur. Il a eu de la difficulté à bien se positionner dans l'étau serré de la dernière montée, un aspect crucial à Québec. «J'ai été trop peureux», a candidement admis le vétéran de 38 ans. Son coéquipier Antoine Duchesne, participant du Tour de France 2016, a fini en 56e position.
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En chiffres...
40,251 : vitesse moyenne du vainqueur, en km/h
142 coureurs sur 160 ont terminé la course