Larry Walker a conclu sa carrière de 17 saisons dans les Majeures avec une moyenne offensive de ,313. Il a frappé 2160 coups sûrs, 471 doubles, 383 circuits et produit 1311 points.

Cooperstown: Walker aussi détendu qu’il l’était sur le terrain

Sur le terrain, Larry Walker était calme et décontracté. Le baseball était un jeu pour lui. N’allez pas croire que son élection possible au Temple de la renommée du baseball le rend nerveux.

«Il n’y a rien de stressant là-dedans, car je ne me vois pas comme un membre du Temple de la renommée. De cette façon, la déception sera moindre si je ne suis pas admis, a-t-il déclaré à La Presse canadienne au cours d’une conversation téléphonique, mercredi. Par contre, je vois le pourcentage de votes que je recevais il y a quelques années et le genre de résultats que j’obtiendrai (mardi) et je me dis que c’est possible. Mais je ne m’en fais pas avec ça.»

Le baseballeur de Maple Ridge, en Colombie-Britannique, ne compte même pas passer la journée de mardi prochain, alors que seront divulgués les résultats du scrutin, près de son téléphone.

«Nous aurons une première réunion ou un premier entraînement avec l’équipe nationale du Canada [il fait partie du personnel d’entraîneurs] à West Palm Beach en vue du tournoi de qualifications des Jeux panaméricains, qui aura lieu au Brésil. Je prendrai mes messages après.»

Michel Lajeunesse, qui a couvert les Expos pour La Presse canadienne pendant de nombreuses années, reconnaît bien le joueur qu’il a côtoyé à l’époque.

«C’est exactement lui, ça. Il ne s’en faisait jamais sur le terrain, a indiqué celui qui a suivi les Expos de 1976 à 2004. Je me rappelle une série à St. Louis, alors que les Expos étaient toujours dans la course et qu’on lui avait demandé à quel point ces matchs étaient importants. Il nous avait interrompus pour nous rappeler que les 162 matchs avaient tous la même valeur. C’est de cette façon qu’il abordait chacune des rencontres.»

Pas admis en 2019

Walker ne sera assurément pas admis en 2019, alors qu’il en est à son avant-dernière année d’éligibilité. Mercredi, sur les 181 bulletins rendus publics et compilés par le Hall of Fame Tracker de Ryan Thibodeaux — soit quelque 44 % des bulletins distribués — , l’ex-voltigeur de droite des Expos, des Rockies du Colorado et des Cardinals de St. Louis avait obtenu 121 votes, soit 66,9 %. Afin d’être élu, un joueur doit voir son nom inscrit sur 75 % des bulletins. Au cours des 11 années au cours desquelles les scrutins ont été compilés, le score final des joueurs admissibles a toujours baissé de quelques points une fois les résultats officiels dévoilés.

Ce qui est encourageant par contre, c’est que Walker a fait un bond prodigieux au cours des deux dernières années : après ne s’être retrouvé que sur 21,9 % des bulletins en 2017, le nom de Walker a été inscrit sur 144 bulletins, soit 34,1 %, l’an dernier. Parmi les votes compilés jusqu’ici, Walker a obtenu la faveur de 38 électeurs de plus.

Pourquoi a-t-il le vent dans les voiles depuis deux ans?

«Je pense qu’il faudrait demander à chacun de ceux qui ont un droit de vote pour savoir pourquoi, soudainement, ils ont décidé de voter pour moi. Je pense que c’est la seule façon d’avoir une réponse précise.»

Walker a conclu sa carrière de 17 saisons dans les Majeures avec des moyennes offensives de ,313, 2160 coups sûrs, 471 doubles, 383 circuits et 1311 points produits.

«Il n’y a pas de doute dans mon esprit que Walker appartient au Temple de la renommée, a ajouté Lajeunesse. De tous les voltigeurs de droite des Expos, Walker a été le meilleur. Et il y en a eu des bons, comme Rusty Staub, Ken Singleton ou Vladimir Guerrero, qui a été élu au Temple l’an dernier.

«Guerrero avait sans aucun doute plus de talent que Walker, mais il n’a jamais appris à jouer au baseball. Il “garrochait” la balle partout pour montrer qu’il avait un bon bras. Mais techniquement, Walker lui était supérieur dans tout.»

Le résultat du scrutin sera connu le 22 janvier. Les nouveaux intronisés feront leur entrée à Cooperstown le 21 juillet prochain.

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«CHAQUE STADE AVANTAGE LES FRAPPEURS À SA FAÇON»

Pour plusieurs journalistes ayant droit de vote pour l’intronisation au Temple de la renommée du baseball, le Coors Field a un effet négatif sur la perception qu’ils ont des joueurs y ayant évolué la majeure partie de leur carrière, estimant que leurs statistiques y auraient été gonflées.

Si cet «effet Coors Field» peut expliquer pourquoi Larry Walker a jusqu’ici été ignoré, lui croit plutôt qu’il s’agit de foutaises.

«Oui, il y a un“effet Coors Field”, mais il y en a un dans chaque stade, a-t-il nuancé. Tous les stades ont leur façon d’avantager ou de nuire aux frappeurs, selon la façon dont ils sont construits, leurs dimensions, l’altitude, la météo, etc. À moins de mettre toutes les 30 équipes dans le même code régional, vous n’aurez jamais les mêmes conditions pour tout le monde.

«On va toujours en parler, je ne crois pas que ça ne va jamais disparaître des conversations. On entend encore parler de la façon dont le Yankee Stadium aide les frappeurs gauchers ou comment le Great American Ballpark, à Cincinnati, est un endroit merveilleux pour les frappeurs. Le stade des Diamondbacks est le deuxième plus élevé en altitude. [...]

«Bien sûr, le Coors Field est un endroit qui profite aux frappeurs et j’en ai tiré avantage. Heureusement que je l’ai fait, sinon, je ne serais pas très bon et on ne serait pas en train de se parler en ce moment. J’ai profité des avantages que m’offrait mon stade, comme plusieurs joueurs des Majeures le font chaque jour.»

Il fallait que Walker soit aussi dominant dans les autres stades des Majeures pour remporter des championnats des frappeurs avec des moyennes de ,363, de ,379 et de ,350, comme il l’a fait en 1998, 1999 et 2001. On ne gagne pas un titre de joueur par excellence (en 1997, alors que sa moyenne de ,366 n’avait même pas été la meilleure de la Nationale) et trois Bâtons d’Argent en ne frappant que dans un stade.

«Ils peuvent regarder [mes stats à l’extérieur du Coors Field] : j’imagine qu’elles ne sont pas trop mauvaises...»

Comme Raines?

Son histoire n’est pas sans rappeler celle de Tim Raines, élu à sa 10e et dernière année d’éligibilité après une campagne menée sur les réseaux sociaux, notamment par le journaliste Jonah Keri, qui a même sollicité personnellement tous les électeurs afin qu’ils considèrent la candidature de Raines.

«On m’a dit — et j’ai vu — que les réseaux sociaux ont joué un grand rôle, admet Walker. Plusieurs ont moussé ma candidature sur ceux-ci. Il y a aussi les nouvelles statistiques avancées qui semblent militer en ma faveur.»


« À moins de mettre toutes les 30 équipes dans le même code régional, vous n’aurez jamais les mêmes conditions pour tout le monde »
Larry Walker

Par exemple, parmi les 24 voltigeurs de droite qui sont déjà à Cooperstown, seuls Babe Ruth et Stan Musial ont une meilleure moyenne combinée de présence sur les sentiers et de puissance que Walker, qui affiche ,965 pour cette statistique, la 14e meilleure de tous les temps. Le JAWS —  la moyenne du WAR en carrière et des sept meilleurs WAR d’un joueur —  de Walker et le 10meilleur de tous les voltigeurs de droite de l’histoire. Les neuf premiers, tout comme les 11e, 12e, et 14e, sont au Temple.

D’ailleurs, son WAR, son WAR7 et son JAWS sont égaux ou supérieurs à la moyenne de ces statistiques avancées pour tous les voltigeurs de droite déjà intronisés à Cooperstown.

Comme Raines, Walker ne comprend pas toutes ces nouvelles statistiques.

«Je ne sais même pas ce que certaines d’entre elles veulent dire! [...] D’autres le savent par contre et j’imagine que c’est dans l’air du temps.

«Je ne sais pas [si elles sont surutilisées]. J’imagine que si elles me viennent en aide, [...] c’est difficile pour moi de dire qu’elles le sont! Mais ce n’est plus seulement la moyenne, les circuits et les points produits. Il y a plus que cela au baseball et à ce niveau, ça me plaît.

«Je tentais d’en faire bien plus que d’avoir de bons chiffres dans ces trois sphères. Je voulais faire avancer les coureurs d’un but, je voulais obtenir une mention d’assistance sur un retrait du champ extérieur, faire douter les coureurs ou laisser croire aux frappeurs que j’allais capter leur ballon pour les ralentir dans leur course. Il y avait beaucoup plus à mon jeu que ces trois statistiques qui attirent généralement le premier coup d’œil.»