Le quart-arrière des Stingers de Concordia, Trenton Miller, n'en serait pas à sa première commotion cérébrale. Il en a subi une avec son équipe précédente, en Caroline du Nord. Il prône notamment le renforcement des règles contre les contacts ciblés à la tête d'un joueur.

Commotions: le quart des Stingers sonne l'alarme

«Un membre de ma famille est mort sur le terrain, littéralement. L'oncle de mon beau-frère est décédé en jouant au football. Il est retourné après avoir subi une commotion cérébrale... et il est mort. Sur le terrain.»
Ébranlé par un violent plaquage dans le match de dimanche face au Rouge et Or, au stade de l'Université Laval, le quart-arrière des Stingers de Concordia Trenton Miller sonne l'alarme pour faire cesser les coups dangereux à la tête.
Sa famille a déjà été touchée par les conséquences dramatiques que peuvent entraîner de tels plaqués. Personne chez les Miller ne veut revivre cette tragédie.
«Mes parents étaient au match, à Québec. Ma mère m'a vu me faire frapper. C'est épeurant pour elle de voir la tête de son fils rebondir sur le terrain comme un ballon de basketball», a-t-il confié au téléphone, mercredi, entre un cours au MBA, une réunion d'analyse vidéo avec ses coéquipiers et un tour de métro.
Le Soleil l'a sollicité après que le pivot finissant de l'institution anglophone de Montréal ait dénoncé publiquement le laxisme du circuit universitaire québécois à protéger ses joueurs.
Dans une vidéo de 3 min 48 placée sur sa page Facebook, Miller en appelle au Réseau du sport étudiant du Québec et à U Sports, organismes régissant le sport universitaire au Québec et au Canada, à «rattraper les autres ligues de football dans le monde et à faire de la sécurité des joueurs leur priorité».
Blessé en pleine course
Dimanche, le quart originaire de Buffalo s'est blessé en pleine course sur un plaquage du demi défensif Gabriel Ouellet, au troisième quart. Les arbitres n'ont pas sévi. Le meneur de l'attaque des Stingers est sorti du jeu, a été examiné pour les symptômes de commotion cérébrale avant d'obtenir le feu vert pour retourner sur le terrain. Ce qu'il a fait pour une série à l'attaque, avant d'être retiré à nouveau par ses entraîneurs.
Sur l'avant-dernier jeu du match, son coéquipier receveur James Tyrrell a à son tour été frappé par le maraudeur du Rouge et Or Kevin McGee dans ce qui semble être une collision casque à casque.
«Je joue au football depuis 12 ou 13 ans, j'ai été impliqué dans plusieurs collisions tête à tête. Après celle-ci en particulier, et il y en a eu une couple dans le match qui n'ont même pas été pénalisées, j'ai juste senti qu'on doit mieux s'occuper de la sécurité des joueurs», a-t-il poursuivi, en entrevue.
Miller tient à spécifier qu'il ne part pas en cabale contre Ouellet, McGee ou le Rouge et Or et assure ne pas juger leurs intentions. Il dit seulement vouloir attirer l'attention sur cet «important problème de santé» pourtant évitable dans la plupart des cas, plaide-t-il.
Quant à son état de santé, Miller dit prendre ça «au jour le jour, mais ça va mieux chaque jour». Son retour à l'entraînement est prévu vendredi et sa participation au match des Stingers de samedi, contre Sherbrooke, demeure incertaine.
Il ne serait pas à sa première commotion. Il confirme en avoir subi une avec son équipe précédente, à l'Université Mars Hill, en Caroline du Nord. «Ça n'affecte pas juste le football, ça affecte ta vie! Ça affecte ta personnalité, tu as des sautes d'humeur, tu ne te sens plus toi-même. Je ne veux pas que d'autres vivent ce que j'ai vécu à cause des plaqués tête à tête.»
Il prône une intervention dans l'enseignement du football aux jeunes et le renforcement des règles pour ces contacts ciblés à la tête d'un joueur sans défense (targeting) que la NCAA et NFL tentent aussi de bannir.
«Certains vont dire que ça fait partie du jeu. Moi, je dis qu'il faut évoluer. Et que si le football ne s'en occupe, notre sport pourrait mourir», conclut Miller.
Le RSEQ enquête, verdict jeudi ou vendredi
À la demande de Concordia, le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) réexaminera deux jeux survenus durant le match de dimanche entre le Rouge et Or et les Stingers, à l'Université Laval. On réclame que le demi défensif Gabriel Ouellet et le maraudeur Kevin McGee soient sanctionnés pour des plaqués à la tête.
La décision sera prise par le directeur des programmes universitaires du RSEQ et commissaire de la ligue de football universitaire québécoise, Benoît Doloreux, seul homme aux commandes de ce dossier. Celui-ci ira quérir les témoignages auprès des deux camps ainsi que ceux des arbitres, en plus de disposer d'autres angles de caméras que ceux de TVA Sports repris partout depuis quelques jours. Chaque équipe locale est tenue de filmer les rencontres officielles présentées sur son terrain, qu'elles soient télévisées ou non. Il a donc accès aux prises de vue des caméras placées dans le stade du PEPS par le Rouge et Or.
Doloreux étant forcé au mutisme durant le processus, c'est le président-directeur général du RSEQ, Gustave Roel, qui a fait la tournée des médias mercredi pour dire que la décision serait rendue publique jeudi ou vendredi, au plus tard. Les Stingers ont porté plainte mardi, soit à l'intérieur du délai maximum prescrit de 48 heures imposé par le RSEQ dans un cas de demande de révision. «Si ça fera plaisir ou non aux gens, ça, on va le gérer. Mais on ne créera pas de nouvelle règle. La décision sera basée sur des éléments objectifs et concrets. En ce moment dans le dossier, il y a beaucoup de perceptions et d'interprétations, mais la médiatisation n'influencera pas la décision», assure Roel.
Quant à la réunion d'urgence sollicitée lundi par Mickey Donovan, l'entraîneur-chef des Stingers, à propos de la sécurité des joueurs, Roel indique que les représentants des universités peuvent se réunir quand bon leur semble et que la sécurité des joueurs est toujours à l'ordre du jour dans tout ce que le RSEQ entreprend.

Nuage noir sur le Rouge et Or

L'entraîneur-chef Glen Constantin a dirigé une pratique de moins d'une heure sur le terrain, mercredi.
Le procès est en cours. Tout le monde marche sur des oeufs, personne ne veut trop parler. Mais Glen Constantin insiste pour dire que son Rouge et Or est «une équipe qui prône la sécurité. On en parle, on l'enseigne. On entretient une culture de sécurité. Mais il y a aussi des choses qui arrivent vite et qu'on ne peut pas contrôler», affirme l'entraîneur-chef.
Un gros nuage noir planait au-dessus du club de football de l'Université Laval, mercredi soir. Et l'on ne parle pas ici des possibles suspensions qui pourraient être infligées à deux de leurs joueurs pour avoir plaqué à la tête, dans le match de dimanche.
Un vrai nuage. Qui a rugi averses, vent et éclairs sur la tête de Constantin et de ses protégés, mercredi. Tant et tellement que la séance d'entraînement a dû être arrêtée après moins d'une heure d'exercices sur le terrain. Les éléments avaient rendu «le jeu non productif», indique Constantin. La suite dans une salle de cours, devant l'écran géant.
S'il était impossible de parler aux deux joueurs fautifs, ordre du directeur du service des activités sportives de l'Université Laval, Constantin a quand même tenté de répondre à quelques questions sur le sujet.
Demande légitime
Oui, Constantin s'est adressé en privé à Gabriel Ouellet et à Kevin McGee, les joueurs sous la loupe du RSEQ. Il a aussi abordé le sujet avec tous ses joueurs en groupe, particulièrement ceux de l'unité défensive. Le coach admet lui-même que l'un des deux jeux en question pourrait bien s'avérer un contact casque à casque.
«La demande des Stingers est légitime. On a visionné les jeux de notre côté», lire ici avec nos plans de caméras, «et je ne pense pas qu'on voit tous les choses de la même manière. Reste que sans faire d'exemple, il y a ici une occasion de conscientiser et je m'en remets au bon jugement du RSEQ», explique celui qui s'attend à une réponse jeudi.
Sa crainte, c'est que l'aspect médiatique prenne le dessus. Que l'importance prise par le sujet dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux éclipse la réelle nature des gestes. «Je souhaite juste que ce soit considéré à sa juste valeur et non selon la pression médiatique. Il ne faut pas en faire en plus gros cas parce que ç'a été télévisé.»
Constantin souhaite lui aussi renforcer le message de la sécurité en priorité. Auprès des entraîneurs, des joueurs et des arbitres. Et s'il croit que les arbitres peuvent faire mieux, «comme chacun de nous pouvons faire mieux dans notre travail», il souligne que les expulsions à la suite de plaqués à la tête dans la NCAA ou dans la NFL suivent d'ordinaire l'utilisation de la reprise vidéo pendant le match par les officiels.
Le grand défi réside dans le fait d'«être sécuritaire sans dénaturer le sport», résume Constantin. Une partie de réflexe entre aussi en jeu, ajoute-t-il.
Le commissaire du circuit universitaire de football rendra son verdict au plus tard vendredi. En complément du processus de plainte engagé auprès du RSEQ, une équipe se sentant lésée par la décision a droit de faire appel. Une firme d'avocats extérieure au RSEQ serait alors saisie du dossier pour rendre un jugement final.
Le Rouge et Or (3-1) dispute son prochain match dimanche après-midi, au stade de l'Université Laval, contre les Redmen de McGill (1-3).