Les équipes de la Ligue de hockey Midget AAA n’ont toujours pas débuté leur saison régulière en raison de la pandémie de COVID-19.
Les équipes de la Ligue de hockey Midget AAA n’ont toujours pas débuté leur saison régulière en raison de la pandémie de COVID-19.

Comment évaluer des hockeyeurs qui ne jouent pas?

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
À peine trois mois après avoir été embauché comme directeur de la Centrale de soutien au recrutement de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Pierre Cholette se retrouve avec un défi de taille sur les bras : il devra produire la liste des meilleurs espoirs en vue du prochain repêchage du circuit alors que les équipes de la Ligue de hockey Midget AAA n’ont toujours pas débuté leur saison régulière en raison de la pandémie de COVID-19!

«Je travaille là-dessus au moment où je te parle. J’ai mes tableaux Excel, j’ai trois écrans et je regarde une “game” à gauche. Je suis en train de voir si ce sera possible de faire une liste et ensuite, je devrai faire approuver ça par les hautes instances de la ligue», expliquait Pierre Cholette lundi en entrevue avec Le Soleil.

La liste en question, c’est la liste interne des meilleurs espoirs du Québec et des Maritimes que la Centrale fait normalement parvenir au début du mois de décembre aux 18 équipes du circuit afin de les aider dans leur préparation pour le repêchage. «Il y a un degré de complexité assez élevé cette année, car oui, il y a du hockey qui se joue dans les provinces atlantiques, mais pas au Québec. La Ligue Midget AAA, dont proviennent environ 70 % des joueurs de la LHJMQ, n’a pas encore joué un match régulier!» indique-t-il.

«Terre-Neuve a lancé sa saison un mois plus tard que prévu, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, trois semaines plus tard, mais ils ont dû annuler le “showcase” qu’ils avaient prévu. En Nouvelle-Écosse, le hockey a débuté deux semaines plus tard et ils ont tenu leur “showcase”.», analyse Cholette, indiquant qu’il dispose quand même de données sur les joueurs de ces quatre provinces et d’images de matchs, d’autant plus que les équipes néo-brunswickoises diffusent leurs parties sur Facebook, YouTube et d’autres plateformes pour permettre aux dépisteurs de voir les joueurs en action même si les règles d’isolement les empêchent de traverser la frontière.

Au Québec

Pour le Québec, c’est une autre histoire. «Dans la Ligue Midget AAA du Québec, seuls des matchs hors-concours ont été joués, et à dix contre dix et sans mise en échec. Le Midget Espoirs, la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) et les ligues du Réseau sport étudiant du Québec (RSEQ) n’ont joué aucun match!» explique-t-il.

Les équipes Midget AAA situées en zone orange ou jaune, comme les Albatros du Collège Notre-Dame, les Forestiers d’Amos ou les Élites de Jonquière, jouent des matchs contre des équipes d’autres ligues de leur région, mais ce n’est pas l’idéal pour l’évaluation des joueurs. «Il y a des matchs de 9-0 là-dedans», signale Cholette, qui souligne aussi les limites de l’évaluation par vidéo. «Le caméraman suit la plupart du temps la rondelle, alors c’est difficile d’évaluer l’anticipation, on ne sait pas si le joueur triche, comment évolue le défenseur dans sa zone et la caméra n’évalue non plus pas très bien la vitesse. C’est une grosse adaptation pour tous les dépisteurs.» 

L’homme de hockey qui a été dépisteur en chef des Tigres de Victoriaville en plus d’avoir oeuvré à la centrale de recrutement de la LNH ne se décourage cependant pas. «Je trouve surtout que c’est vraiment triste pour les jeunes ce qui arrive présentement. On fait quoi si le hockey Midget ne redécolle pas?» se demande celui qui compte sur une reprise des activités sportives après les Fêtes pour voir les jeunes hockeyeurs québécois en action.

Réalisable

«La LHJMQ tiendra quand même un repêchage, alors je ne me vois pas ne rien sortir du tout. La marge d’erreur est très grande cette année, mais moi je pense que (publier une liste), c’est quand même quelque chose de faisable. Probablement qu’on parlera aux entraîneurs qui connaissent bien les joueurs. Je n’ai aucun problème à parler aux 15 entraîneurs du Midget AAA, mais les 21 «coachs» du Midget Espoirs? Les 40 «coachs» de la LHPS? Je ne pense pas...», enchaîne-t-il.

Pierre Cholette et son équipe de dix recruteurs s’appuieront donc essentiellement sur les données du passé, les données fournies par les entraîneurs et les vidéos de matchs pour évaluer les jeunes espoirs du repêchage 2021.

«Je crois qu’il faudra publier une liste et expliquer le contexte. De toute façon, une liste comme ça, il faut toujours en prendre et en laisser et je me dis qu’au moins, tous les joueurs seront évalués de la même façon. Je crois aussi qu’en une année comme celle que nous vivons, les équipes vont peut-être utiliser un peu plus la liste et de façon différente des autres années», conclut Pierre Cholette.