La fondeuse de 21 ans Anne-Marie Comeau est happée par le tourbillon d’une sélection olympique inattendue.

Comeau, la coureuse qui skiera en Corée

Anne-Marie Comeau attend l’annonce de lundi. Mais Ski de fond Canada et son entraîneur-chef lui ont suggéré de ne pas aller aux Mondiaux U23, la semaine prochaine. La fondeuse de 21 ans de Saint-Ferréol peut donc faire sa valise pour PyeongChang.

Quoi de mieux qu’une participation aux Jeux olympiques pour se réconcilier avec son sport! Après deux ans loin du ski de fond de compétition, Comeau a pris tout le monde par surprise début janvier en terminant deuxième au skiathlon de 15 km et troisième au 10 km classique des sélections olympiques canadiennes, chez elle, au mont Sainte-Anne.

La voilà rentrée d’un périple américain de deux courses au Vermont (2e position) et au Montana (16e) pour satisfaire aux exigences de la Fédération internationale de ski (FIS). «Ce n’était pas simple! J’ai dû me trouver un farteur et mon père m’a accompagné aux États-Unis. Mais je me suis dit que pour participer aux Jeux olympiques, ça valait la peine!» a rigolé la jeune femme, mercredi midi, lors d’une rencontre de presse à l’Université Laval.

Car la recrue universitaire de la dernière saison au Québec en course à pied cross-country poursuit des études en comptabilité, en plus de faire partie du club de ski de fond du Rouge et Or. Une fille partagée entre deux passions sportives et qui ne compte pas faire un choix de si tôt.

«J’ai d’abord délaissé le ski à cause d’une blessure à l’épaule, puis mon retour a été difficile», explique-t-elle. «C’était devenu plus mental qu’autre chose, je me disais que je perdais à cause de la qualité de mes skis. Mais j’ai ensuite réalisé que c’est aussi l’athlète qui compte et je me suis recentrée sur moi depuis deux ans. Je me suis beaucoup entraînée, surtout en course à pied, mais je ne suis pas restée dans mon salon à ne rien faire.»

«Si j’avais plus skié, je ne serais pas nécessairement meilleure», continue Comeau. «Là, j’ai envie de forcer, je suis motivée chaque matin à faire le nécessaire pour être bonne. Quand l’envie est là, les résultats suivent», affirme cette coureuse à pied experte du 10 km sur route et en nature (cross-country), domaine où elle espère aussi atteindre de hauts sommets. Elle compte se diriger vers le demi-marathon, l’été prochain, mais son plan de prendre le départ d’un premier 21,1 km à Montréal dès avril risque d’être retardé.

Réaliste

Parce que maintenant qu’on la remplacée au Championnat du monde des moins de 23 ans qui commence samedi, en Suisse, la prochaine destination s’avère la plus importante, les Jeux olympiques d’hiver, en Corée du Sud. Malgré tout.

«Je ne suis peut-être pas prête au niveau mondial pour aller aux Jeux olympiques», reconnaît-elle, réaliste. «Je ne finirai pas en avant. Mais juste de vivre cette expérience-là et de voir les autres meilleures que moi sera une motivation pour la suite. Je n’aurai pas d’objectif à part donner mon maximum, suivre le plus possible et en profiter le plus possible.»

Non seulement le calibre n’y est pas encore tout à fait, mais l’équipement non plus à ce que l’on comprend. Du moins, pas encore. «Je dois m’occuper de ce dossier-là d’ici mon départ», laisse tomber Comeau. «Mais je ne m’en fais pas trop avec ça. Je n’aurai peut-être pas l’équipement top, mais si je suis en forme, je suis capable de performer», fait-elle valoir.

Ne disposant pas de commanditaires, elle skie sur des spatules de marque Fischer en style classique et de marque Salomon en style libre. Ski de fond Canada saura peut-être remédier à la question, mais rien n’est moins certain pour l’instant.

L’annonce officielle de la délégation canadienne de ski de fond pour PyeongChang sera faite lundi. Comeau deviendra alors la deuxième athlète active du Rouge et Or de l’Université Laval à participer aux Jeux olympiques après la perchiste Mélanie Blouin, en 2012.

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«DES FOIS, FALLAIT MÊME LA RASSEOIR!»

«Anne-Marie a toujours mangé du sport. Depuis toute jeune, quand elle a commencé à faire du patinage de vitesse, à sept ou huit ans. On regardait le courte piste et elle a dit : “C’est ça que je veux faire! ” Alors on l’a inscrite. Mais on n’a jamais poussée Anne-Marie dans quoi que ce soit. Même que des fois, fallait la rasseoir et lui dire c’est assez!» raconte Hélène Latendresse, s’avouant pas si surprise de l’aventure olympique que s’apprête à vivre sa grande fille de 21 ans.

Pas difficile de trouver la mère d’Anne-Marie Comeau dans la salle de conférence du PEPS. Petit format et yeux bleus comme son manteau, modèle fort semblable à la fondeuse de 21 ans de Saint-Ferréol-les-Neiges. Médecin pathologiste à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, à Victoriaville, elle a été une excellente joueuse de tennis jusqu’à ses années universitaires. Le père, Marc Comeau, est banquier. Anne-Marie est née à Amos et a grandi à Victo, avant de déménager à l’ombre du mont Sainte-Anne, où elle et ses deux frères ont adhéré au programme ski-études de l’école secondaire du MSA mené par Jules Rancourt et Marcel Aubertin. Ski alpin et vélo de montagne font aussi partie du quotidien familial.