Ariane Fortin (à droite) lors des JO de Rio. Selon l'Association internationale de boxe amateur, des études démontrent les effets nuisibles du casque sur la santé des athlètes. Pour sa part, la Fédération québécoise de boxe olympique a voté en août dernier pour la réintégration des casques en boxe amateur au Québec.

Combat de fédérations sur le port du casque

Le dossier du port du casque en boxe amateur place le conseil d'administration de la Fédération québécoise de boxe olympique (FQBO) dans une situation délicate.
Dans le coin rouge, Boxe Canada, qui interdit depuis 2014 le port du casque chez les hommes de 19 à 40 ans ayant au moins 10 combats d'expérience, suivant les traces de l'Association internationale de boxe amateur (AIBA). Selon l'AIBA, des études démontrent les effets nuisibles du casque sur la santé des athlètes.
Dans le coin bleu, les membres de la FQBO, aucunement convaincus par ces études. En août dernier, l'assemblée générale de l'organisation provinciale a voté à forte majorité pour la réintégration des casques en boxe amateur au Québec.
Mais depuis cette assemblée, plus rien. Par crainte de représailles de Boxe Canada, le conseil d'administration de la FQBO n'a jamais mis en place des mesures obligeant le port du casque dans les compétitions en sol québécois. Et la majorité des tournois de boxe au Québec ne l'ont pas réintroduit chez les seniors, comprend-on.
Des voix commencent à s'élever contre l'inaction de la FQBO. L'une d'elles vient du président du Club de boxe pro-am Limoilou, Étienne de Blois, qui ne cache pas son désarroi. Il dénonce entre autres l'absence de discussion de la position québécoise lors de l'assemblée générale de Boxe Canada, en décembre.
«C'est vraiment faire fi complètement des désirs de l'assemblée générale pour des enjeux politiques, lance-t-il. Je ne vois pas comment le comité exécutif peut justifier son refus des mandats de l'assemblée générale.»
Le secrétaire-trésorier du C. A. de la FQBO et directeur du club de Limoilou, Ghislain Vaudreuil, a aussi déjà évoqué son intention, dans nos pages, de mettre sur pied une nouvelle fédération si l'organisation tournait le dos au port du casque.
Trop à perdre
La présidente du C. A., Diane Béchard, reconnaît se retrouver un peu entre l'arbre et l'écorce. Mais son organisation a trop à perdre en allant dans le sens contraire de ses associations mère et grand-mère, explique-t-elle. «Leur règlement prévaut sur le nôtre. [...] Pour avoir le privilège d'être un sport olympique - c'est comme ça que le gouvernement nous reconnaît et nous donne des subventions -, on doit se soumettre. C'est inconditionnel.
«On a quand même manifesté certaines réserves, on a posé des questions, ajoute-t-elle. On nous dit qu'ils étudient encore pour voir les effets. [...] La Fédération internationale a pris un virage en voulant imiter les professionnels et n'a comme plus de compassion pour ceux qui ne gagnent pas leur vie avec la boxe.»
Les décisions de l'assemblée générale de la FQBO n'ont pas un pouvoir coercitif, précise par ailleurs le directeur général, Kenneth Piché. «Il faut que le conseil d'administration les applique en fonction des meilleurs intérêts de l'organisation. Et appliquer cette décision-là intégralement voudrait dire une suspension ou un bannissement de l'Association canadienne de boxe amateur [Boxe Canada]. [...] Ça implique beaucoup de ne plus être reconnu. C'est toute l'organisation [québécoise] qui serait mise en péril.» Précisons que Piché n'est pas membre du C. A.
Pas besoin de creuser bien loin, toutefois, pour comprendre que la direction de la FQBO appuie ses membres sur le fond. «C'est assez grave, cette histoire-là, lance Kenneth Piché. D'obliger, de ne pas avoir le droit de porter le casque en boxe amateur... On est tous conscients que ça n'a pas de bon sens. Mais en même temps, ça vient de tellement haut cette décision-là. [...] Nous, à chaque championnat, on se pose des questions : est-ce qu'on va l'autoriser? Si les deux combattants veulent le porter, est-ce qu'on les laisse le porter? On trouve que c'est une position mitoyenne qui a plus de sens. Mais on n'en est pas là.»
L'Association internationale «persiste et signe»
Si la tendance se maintient, le retrait du casque s'appliquera aux femmes et aux boxeurs d'âge mineur dans les prochains mois. L'Association internationale de boxe amateur compte prochainement tester le retrait du casque dans les âges inférieurs, avec l'objectif de le retirer complètement d'ici le 1er janvier 2018. Une politique qui sera vraisemblablement suivie par Boxe Canada.
«On pensait qu'ils allaient adoucir leur position», dit Kenneth Piché, directeur général de la Fédération québécoise de boxe olympique. «Qu'ils avaient peut-être compris, après les Jeux olympiques, où il y a eu des blessures assez graves. Malheureusement non. Ils persistent et signent.»
Piché s'en prend même aux instances responsables du financement du sport canadien, qui regardent «passer la parade», selon lui. «On se bat contre des moulins à vent, laisse-t-il tomber. Comment ça se fait qu'on permet ça dans le reste du Canada? [...] Le Comité olympique canadien, Patrimoine Canada, tous ces gens qui financent le sport au Canada et qui veulent la santé des athlètes, ils font quoi? Ils disent : si l'Association internationale, l'autorité suprême, juge que c'est plus sécuritaire comme ça, on accepte sans poser de questions...? Il semble que ce soit ça.»
Piché aimerait obtenir l'appui du ministère de l'Éducation du Québec dans ce dossier, mais il admet n'avoir tenté aucune démarche en ce sens jusqu'ici.