Le capitaine des Nordiques Joe Sakic en 1993

Cinq enjeux de l'expansion

Bien qu'ils soient entourés de secret, les débats tenus par les gouverneurs de la LNH en ce qui a trait à l'expansion ont, à n'en pas douter, porté sur les cinq grands enjeux suivants.
1 Repêchage d'expansion
Une préoccupation majeure, autant pour les dirigeants de la LNH que ceux de l'Association des joueurs. Les premiers aimeraient augmenter le nombre de joueurs non protégés par les clubs, afin de permettre aux équipes d'expansion de mettre la main sur de meilleurs éléments. Les deuxièmes s'inquiètent principalement du respect des contrats en place, notamment des clauses de non-mouvement. «On veut présenter un spectacle qui est assez équilibré. Ce qu'on fait, avec un repêchage d'expansion où on protégerait moins de joueurs, on dit à l'investisseur potentiel : "Tu vas avoir la capacité de rapidement te bâtir une équipe compétitive"», explique Frank Pons, de l'Université Laval.
2 Perspectives à long terme
Bien avant que la situation du dollar canadien ne s'envenime, les gouverneurs de la LNH s'intéressaient à la capacité de Las Vegas et Québec de générer des profits à long terme. Une situation qui, à mesure que le huard chute, se complique. «Si vous êtes rationnels dans une décision d'affaires et que vous avez le choix entre une franchise qui est dans un endroit où le dollar va être plus fort, eh bien, vous allez vous éviter des problèmes! Et ce, bien que le potentiel de Québec, comme destination hockey, soit plus grand que celui de beaucoup d'autres villes aux États-Unis. [...] Il y a encore un an ou deux, Québec était questionnable mais possible, comme destination financière. Là, on plante le doute», affirme Pons.
3 Partage des revenus
Pour pouvoir contribuer au partage des revenus, une équipe d'expansion devra en générer très rapidement. Est-ce réaliste à Québec? «À combien vont être les prix des billets, des produits dans les concessions, du stationnement? Dans un marché qui, après tout, s'est bien relevé du départ des Nordiques, alors qu'on avait annoncé la catastrophe en 1995. Puis il y a eu le Rouge et Or, les Capitales, les Harfangs et les Remparts, qui ont pris le relais, mais à des niveaux de prix incomparables à ce que le consommateur devra payer de manière répétée pour du sport professionnel. Parce qu'en l'absence de grandes corporations à Québec, ce sont les particuliers qui vont être sollicités», a rappelé André Richelieu, de l'ESG UQAM.
4 Masse salariale
Les revenus de la LNH ont un impact important sur l'instauration des plancher et plafond salariaux. L'incidence du plongeon du huard est directe. «Ça nous force à tenir les rênes serrés en ce qui a trait au plafond salarial», a admis Bill Daly à SiriusXMNHL. Avec pour résultat une plus grande difficulté pour les équipes de mettre des joueurs autonomes sous contrat. «Ça veut dire des budgets plus serrés pour les équipes canadiennes, quand vient le temps d'attirer des agents libres. C'est une situation comparable à ce qu'il y avait entre 1990 et 2005», constate Brent Dowdall, gestionnaire principal, recherche et développement, au Conference Board du Canada.
5 Protection de l'image de la Ligue
Ayant enclenché un processus d'expansion qui s'est avéré moins populaire qu'anticipé, les dirigeants de la LNH se doivent maintenant de le mener à terme, tout en s'assurant d'en protéger l'intégrité. «Daly et Bettman doivent mettre des gants blancs. Ils ont accepté que deux villes candidates déposent leur dossier. Chacune a dû payer 10 millions $, dont 2 millions $ qui ne sont pas remboursables. Ils ne sont pas pour dire, maintenant que le dollar canadien pique du nez, que c'est un enjeu majeur et que Québec n'a pas de chance. Sinon, pourquoi aurait-ils accepté que Québecor aille de l'avant?» demande Richelieu.