Musicienne et future docteure en génie biomédical, Cindy Ouellet est aussi athlète paralympique d’été... et d’hiver.

Cindy Ouellet, athlète paralympique... et bien plus

Elle participera à ses quatrièmes Jeux paralympiques, ses premiers d’hiver; elle est une musicienne accomplie; elle terminera bientôt un doctorat en génie biomédical. Tout ça après avoir survécu à un cancer souvent fatal. L’expression «force de la nature» est utilisée à tout vent, mais elle colle bien à Cindy Ouellet.

Dans le gym où elle s’entraîne, à Donnacona, elle nous accueille avec un demi-sourire. D’un naturel réservé, Cindy Ouellet ne semble pas trop aimer parler d’elle.

Il y a pourtant beaucoup à raconter. Le 11 mars, elle réalisera un exploit peu banal : l’ajout des Jeux paralympiques d’hiver à ses trois présences à ceux d’été! La joueuse de basketball, présente à Pékin (2008), à Londres (2012) et à Rio (2016), s’attaquera aux pistes de ski de fond de PyeongChang. Un an seulement après avoir commencé ce sport de façon sérieuse.

Une sorte de retour aux sources pour l’athlète de Québec, frappée par un cancer des os à l’âge de 12 ans, au moment où elle brillait en ski alpin. «Je faisais beaucoup de sports d’hiver avant mon cancer. C’est un challenge personnel : je voulais essayer de faire quelque chose de totalement différent [du basket]», raconte Ouellet, 29 ans.

Elle admet trouver «un petit peu surréaliste» la rapidité avec laquelle elle a atteint les plus hauts sommets de ce sport de glisse.

Surréaliste, peut-être. Mais pas si surprenant, si l’on se fie à ses proches. Derrière son caractère réservé, Ouellet cache une détermination sans pareil. Celle qui l’a aidée à se remettre des ravages laissés par son cancer, la physiothérapeute Francine Laforce, l’a rapidement remarqué lorsque Cindy était adolescente.

«En réadaptation, on se lançait des défis. Je la traitais beaucoup en piscine et on jouait au hockey sous l’eau. Au début, je la battais, mais ça n’a pas été long qu’elle a repris du poil de la bête. On marchait toujours par défis, parce que c’est ce qu’elle aimait», raconte Mme Laforce, celle qui a dirigé Ouellet vers le basketball en fauteuil roulant.

Le piano l’a sauvée

Son entraîneur en musculation, Félix Morissette, a découvert une femme acharnée, il y a un peu plus d’un an, lorsqu’il a commencé à travailler avec elle. «C’est une athlète très persévérante. Elle fait ce qu’elle doit faire pour aller où elle veut aller. Ça rend le travail de l’entraîneur un peu plus facile», dit-il en riant. «Elle est très exigeante envers elle-même. Souvent, il faut que je lui dise d’être un peu indulgente.»

En ce sens, Ouellet n’a pas beaucoup changé depuis l’enfance. Ses parents ont remarqué sa passion pour le sport alors qu’elle était «très, très, très jeune», souligne sa mère. Le ski alpin prenait beaucoup de place, le soccer aussi. «Il ne fallait jamais manquer un entraînement. Ce n’était jamais assez. Un moment donné, on devait calmer ses ardeurs», explique Christine Émond.

Ouellet est si passionnée, si engagée dans le sport, qu’il serait tentant de la voir comme la femme d’un seul grand intérêt. Faux.

À PyeongChang, Cindy Ouellet compétitionnera au 12 km le 11 mars, au sprint le 14 et au 5 km le 17.

Musicienne, elle excelle au piano, mais pratique aussi la guitare, la batterie et le… ukulélé. Un passe-temps vital pour elle, au sens propre. «Je joue encore du piano tous les jours. Ça m’a sauvée pendant ma maladie, parce que je ne pouvais pas faire de sports. Ç’a été ma thérapie», dit-elle.

Aussi, elle deviendra bientôt docteure en génie biomédical à l’Université Southern California, après son bac et sa maîtrise déjà obtenue à l’Université de l’Alabama. Elle a passé 10 ans de sa vie aux États-Unis.

La très active Ouellet a toujours aimé l’école, les études, la lecture. Toute petite, elle accompagnait déjà sa mère à la bibliothèque, où elle dévorait des livres. La médecine et le corps humain la fascinent depuis longtemps. «J’ai lu beaucoup sur ce qui m’est arrivé», affirme-t-elle aussi.

Rêve enfin réalisé

Dans les prochains jours, la basketteuse-musicienne-docteure sera d’abord fondeuse. Elle participera au 12 km le 11 mars, au sprint le 14 et au 5 km le 17. Ses vieux espoirs d’enfant se matérialiseront enfin, dans un autre sport que prévu.

«En ski alpin, quand j’étais jeune, c’était un rêve d’aller aux Olympiques. Tu voyais les Mélanie Turgeon de ce monde… Je les regardais à la télé, je voulais vraiment faire ça. Je vais réaliser ce rêve que j’ai depuis 25 ans!» lance celle qui poursuit sa carrière au basket en parallèle.

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ELLE N'ÉCHANGERAIT SA SITUATION «POUR RIEN AU MONDE»

Cindy Ouellet, 11 ans, est la seule fille parmi une cinquantaine de garçons. Un beau défi : elle veut percer l’alignement de la formation de football du Séminaire Saint-François, histoire d’amorcer son secondaire du bon pied. Elle connaîtra plutôt une adolescence marquée par la chimiothérapie, la réadaptation… et une quasi-condamnation à mort.

Pendant ce camp de football, Ouellet subit une fracture du bassin lors d’un plaqué par-derrière. Les médecins lui découvrent une masse qui a affaibli ses os et causé la blessure. Durant un an, les spécialistes n’y voient qu’un problème bénin.

«J’ai fait mon ski [alpin] pendant cette année-là. Ils m’ont ensuite opérée par précaution. Il y avait 1 % de chances que j’aie le Sarcome d’Ewing, un cancer des os mortel, d’habitude. C’est ce que j’ai eu. Ils m’ont diagnostiqué le 28 mars 2001», relate Ouellet, la date fatidique bien ancrée dans sa mémoire.

Pour la petite famille, le choc est brutal. Sa maman, Christine Émond, parle d’un moment de surprise et de stupéfaction : son seul enfant risque de mourir. «On se sent démunis. C’est indescriptible, tout ça. On le vit, mais on n’y croit pas. Mais un moment donné, on décide de se retrousser les manches, de passer à travers», explique Mme Émond.

Douleur et frustrations

Le chemin est toutefois long, pénible. Ouellet subit une reconstruction complète du bassin gauche. Passe à travers plusieurs mois de chimiothérapie, suivis par trois ans de réhabilitation au Centre Cardinal-Villeneuve. La douleur est parfois intolérable.

En basketball, Cindy Ouellet a participé aux Jeux paralympiques de Pékin (2008), de Londres (2012) et de Rio (2016).

Et les frustrations, nombreuses. «Il y en a eu beaucoup au début. Juste le regard des gens… Tu ne te sens pas tout à fait normal. Mais qui est normal? On a tous quelque chose de différent. Il faut juste apprendre à vivre avec la situation, à l’accepter et être capable d’en parler. Mais c’est sûr que ça ne se fait pas pendant la première année. Pour moi, ç’a pris cinq ans. Surtout que ça m’est arrivé pendant l’adolescence, une période difficile d’avance.»

La fougue et l’excellente forme physique de Ouellet lui servent alors de bouées de sauvetage. Aujourd’hui, elle peut marcher sur une très courte distance, mais n’a pas la force pour de plus longs déplacements. Son fauteuil roulant est essentiel.

En ski de fond, elle s’attaque aux pistes sur une luge. Pour développer ses bras et le haut de son corps, elle mise sur le CrossFit à l’entraînement. Le matin en ski, l’après-midi en salle, résume-t-elle. Six jours sur sept.

Malgré les nombreuses embûches vécues au fil des ans, Ouellet n’échangerait sa situation «pour rien au monde», dit-elle. «Maintenant, ça fait partie de moi. Je ne le souhaite pas à d’autres, mais ça m’a apporté tellement de belles expériences. Je ne serais peut-être jamais allée étudier aux États-Unis, je ne serais peut-être jamais allée aux Jeux olympiques. Il y a plein de choses que je suis vraiment chanceuse de pouvoir faire.»

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DES LUGES FABRIQUÉES PAR... L'ENTREPRISE FAMILIALE

Incroyable, mais vrai : les parents de Cindy Ouellet possédaient déjà une entreprise de fabrication d’équipements pour personnes en perte d’autonomie avant le cancer qui a laissé leur fille handicapée. Le drame a toutefois incité Ergolab à élargir ses horizons en ajoutant les équipements sportifs à son offre. Comme… les luges pour le ski de fond. Ouellet s’implique d’ailleurs auprès de ses parents dans la conception de ces outils. «J’ai toujours patenté et gossé avec mon père. J’ai toujours fabriqué des équipements avec lui», indique celle qui souhaite devenir chercheuse dans le domaine des hanches artificielles.

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FORTIER ET LAROCQUE AUSSI À PYEONGCHANG

Trois athlètes de la région de Québec représenteront le Canada aux Jeux paralympiques de PyeongChang. En plus de Cindy Ouellet, Sébastien Fortier participera aussi à certaines épreuves de ski de fond. Paraplégique depuis un accident de travail subi à 17 ans, Fortier en sera à ses troisièmes Jeux d’hiver, après ceux de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014. Dominic Larocque fera aussi le voyage en Corée. Champion du monde avec l’équipe canadienne de hockey sur luge en 2013 et en 2017, le gardien de but a aussi gagné la médaille de bronze aux JO de Sotchi alors qu’il évoluait comme attaquant.