Après quatre saisons mémorables avec le Rouge et Or de l'Université Laval, Christopher Milo a évolué dans la Ligue canadienne avec les Roughriders de la Saskatchewan et le Rouge et Noir d'Ottawa. Il revendique en carrière, deux Coupes Vanier et deux Coupes Grey.
Après quatre saisons mémorables avec le Rouge et Or de l'Université Laval, Christopher Milo a évolué dans la Ligue canadienne avec les Roughriders de la Saskatchewan et le Rouge et Noir d'Ottawa. Il revendique en carrière, deux Coupes Vanier et deux Coupes Grey.

Christopher Milo: une journée inoubliable

Neuf ans ont passé, mais Christopher Milo n’a pas oublié le moindre détail du repêchage de la Ligue canadienne de football de 2011 lors duquel il avait été sélectionné en quatrième ronde par les Roughriders de la Saskatchewan. Une journée intense en émotions qu’il revit à chaque printemps et qu’il revivra de nouveau jeudi alors que les équipes du circuit Ambrosie feront le plein d’espoirs universitaires.

«Le repêchage, c’est une journée spéciale, une journée où tu te souviens toute ta vie où tu étais et avec qui», confie l’ex-botteur du Rouge et Or. «Tu as travaillé tellement fort pour avoir l’opportunité de vivre le rêve de jouer pro que tu avais quand tu as commencé à pratiquer ton sport, tu as fait tellement de sacrifices que lorsqu’elle se présente, tu profites de chaque moment et tu espères que ton nom va sortir. Mais c’est aussi une journée spéciale pour tes parents, tes proches et tous les gens qui t’ont supporté. Parce qu’eux aussi ont fait des sacrifices et que sans eux, tu ne n’aurais pas eu la chance d’avoir cette opportunité-là. Et c’est pour cette raison que j’avais vécu le repêchage avec eux. Et c’est ce qui a fait que ce fut une journée superbe.»

Milo raconte que c’est la terrasse d’un pub de Montréal, par une belle journée ensoleillée qu’il avait suivi l’encan amateur de la LCF. Les deux premières rondes avaient été présentées à la télé et par la suite, les noms des joueurs choisis par les équipes avaient été annoncés sur le site Web de la LCF. 

«Tout le monde était sur son téléphone et faisait des refresh afin de connaître les dernières sélections. Trois équipes m’avaient manifesté de l’intérêt, soit les Alouettes, les Tigers Cats et les Roughriders. Et après que les Alouettes aient choisi un botteur en première ronde, j’ai eu le feeling que j’allais aboutir en Saskatchewan.»

Choix de quatrième ronde, le 30e au total, le Québécois a appris plus tard que les Roughriders, bien que très intéressés à acquérir le botteur de l’UL, avaient pris la chance, après avoir vu les Alouettes et les Lions réclamer un botteur, de retarder sa sélection en fin de quatrième ronde afin de mettre la main sur Craig Butler, en deuxième ronde. «Les Riders m’ont dit qu’ils avaient agi ainsi parce qu’ils savaient qu’aucune autre formation n’avait vraiment besoin d’un botteur.»

Débarqué à Regina afin de prendre part au camp d’entraînement, Milo ne perdit pas de temps pour en mettre plein la vue à ses patrons qui décidèrent de le garder au sein de l’équipe. Le Québécois avoue que sa transition s’était relativement bien faite. D’abord à cause de sa maîtrise de l’anglais, mais aussi parce que sa conjointe l’avait accompagné en Saskatchewan. «J’avais l’avantage d’avoir à mes côtés une personne qui pourrait me supporter. On est donc parti ensemble et on s’est dit : “il arrivera ce qui arrivera”.»

Dés son arrivée à Regina, l’ex-Rouge et Or a adoré son nouvel environnement. «Pour moi, c’est la place par excellence dans la LCF pour jouer au football. Les gens trippent football. Ils en parlent 365 jours par année. Nous sommes leur rayon de soleil. De plus, nous avons été bien entourés et l’équipe s’est bien occupée de nous autres.

«C’est certain que jouer pour les Alouettes aurait été plaisant. J’aurais été plus proche de la maison. Mais il y a beaucoup de stress qui serait venu avec ça, du stress qui n’aurait pas nécessairement été causé par le football. Le fait d’être loin m’a permis de me concentrer sur le football.»

Milo a passé quatre saisons avec les Roughriders qui l’ont congédié en 2015 après le premier match de la campagne au cours duquel il avait raté un placement de 35 verges. Une décision difficile à accepter pour le Québécois qui, en 2013, avait célébré la conquête d’une Coupe Grey et qui avait connu le meilleur camp d’entraînement de sa jeune carrière chez les pros. «Quand une porte se ferme, un autre s’ouvre. Même si le timing n’était pas le meilleur pour se trouver un emploi avec une autre équipe, j’ai reçu une offre du Rouge et Noir d’Ottawa. Et j’ai pu savourer une belle revanche quelques semaines plus tard en réussissant le placement qui  nous permettait de vaincre les Roughriders, à Regina.»

Remise en question

Milo joua deux saisons à Ottawa. En 2015, il atteint la finale de la Coupe Grey et l’année suivante il mit la main sur le précieux trophée pour la deuxième fois de sa carrière. Blessé au dos, il fut cependant remercié par l’équipe en décembre de la même année. S’en suivi une longue remise en question.

«Ce fut tout un choc. J’ai vécu des moments difficiles après mon congédiement. Je n’avais plus d’identité, je ne savais pas qu’est que je pourrais faire comme travail et je ne savais plus à quoi me rattacher. J’avais toujours été sur un terrain à faire du sport. De trois ans à 17 il y avait eu le soccer et de 15 à 30 ans le football. Et là, on avait décidé pour moi que c’était terminé. C’était une pilule difficile à avaler. J’ai fait une dépression. J’avais de la misère à me lever le matin, je n’avais pas envie de rien faire. Après quelques crises d’anxiété et de panique ma femme m’a dit : «c’est assez! On va aller chercher l’aide dont tu as besoin». Par la suite les choses ont commencé à se replacer tranquillement.

«Aujourd’hui, je me sens super bien. Et j’ai trouvé un emploi où je suis heureux. Je suis en processus de formation pour être chauffeur au Réseau de transport de la Capitale (RTC). Je suis quelqu’un qui adore le monde et qui aime conduire. Et c’est un travail qui m’offrira la stabilité que je recherchais depuis plusieurs années et l’opportunité de voir grandir ma fille et de profiter pleinement de ma vie en famille.»

Ayant fait le deuil de sa carrière, Milo est plus en mesure d’apprécier tout ce qu’il a accompli pendant les années où il a joué au football. Porte-couleurs du Rouge et Or pendant quatre saisons, il a remporté deux Coupes Vanier (2008 et 2010) en plus de se hisser au sommet du livre des records du RSEQ au chapitre des points en carrière (385) et en une saison (69). Puis dans la LCF, il a gagné deux Coupes Grey en plus de prendre part à une troisième finale.

«J’ai eu quatre belles années à l’UL. Ç’a vraiment lancé ma carrière. Et par la suite, j’ai gagné deux Coupes Grey en six ans alors qu’il y a beaucoup de joueurs qui ne se rendent même pas en séries au cours de leur carrière. Je ne suis pas à plaindre. Je suis satisfait de ce que j’ai pu livrer. J’ai atteint le plus haut niveau que je pouvais atteindre. C’est certain, il y a des bottés que j’aimerais refaire. Mais on ne peut pas changer le passé.

«J’ai eu une belle carrière et j’ai vécu toutes sortes d’expériences que la majorité des gens ne vivront pas. Je me sens vraiment privilégié d’avoir eu cette chance.» 

Toujours passionné de football, Milo demeure un fan invétéré des Patriots de la Nouvelle-Angleterre qu’il est allé voir jouer à Foxborough l’automne dernier. Il a aussi gardé des liens étroits avec quelques joueurs qu’il a connus au fil de ses années de football, des amis avec lesquels il aime parler de toutes sortes de chose, dont de football. Et il est également entraîneur avec le Notre-Dame du CNDF où il travaille avec les botteurs.

«Pour moi, c’est une manière de redonner au suivant. Lors de mes années collégiales, je n’ai pas eu d’entraîneur spécialisé pour les botteurs. Maintenant, j’ai la chance d’aider les jeunes. C’est le fun de pouvoir leur partager mon expérience et mes connaissances. Être avec des jeunes passionnés, ça fait ressortir ma passion. Je peux aussi botter avec eux autres ce qui me permet de garder ma forme et d’assouvir mon besoin de compétition. On a tellement une belle gang au CNDF. Je crois que le coaching a rallumé la passion pour le football que j’avais perdue.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Après quatre saisons mémorables avec le Rouge et Or de l'Université Laval, Christopher Milo a évolué dans la Ligue canadienne avec les Roughriders de la Saskatchewan et le Rouge et Noir d'Ottawa. Il revendique en carrière, deux Coupes Vanier et deux Coupes Grey.

Q Faits marquants

C’est d’avoir aidé mes équipes à gagner des championnats. J’ajouterais que d’avoir remporté une Coupe Vanier et une Coupe Grey à la maison, c’est quelque chose dont je suis très fier. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui ont pu vivre l’expérience de remporter un championnat devant ses partisans aux niveaux universitaire et professionnel. Ces championnats avaient couronné deux années. Je suis vraiment content d’avoir fait partie de ces équipes-là.

Q Performance marquante

Le match de la demi-finale de l’Ouest contre les Lions de la Colombie-Britannique en 2013. Notre année de la Coupe Grey. On jouait à la maison et il faisait - 40. J’ai manqué mon premier botté, mais j’ai été 5 en 6 dans le match. On avait tiré de l’arrière pendant toute la rencontre et, avec environ cinq minutes à jouer au quatrième quart, j’ai été appelé à tenter un placement de 45 verges qui pouvait nous donner les devants. Je me suis dit : «si je le réussis, on risque de passer en finale mais si je le manque, ça finit là». La seule chose sur laquelle je me suis concentré fut de faire les choses correctement et d’espérer que le ballon se rendre parce que quand il fait plus froid, le ballon voyage moins bien. Il a juste passé la barre horizontale. Et deux minutes plus tard, j’ai fait un autre placement qui a scellé notre victoire. Après ce match-là, quand je suis rentré dans le vestiaire, mes émotions ont ressorti. J’étais devant ma case et les larmes ont commencé à couler. C’est comme si toute la pression était descendue d’un coup. Je vais toujours me souvenir de ce match-là.

Q Entraîneur marquant

Il y en a eu plusieurs. Je ne peux pas tous les nommer et c’est difficile de nommer juste une personne. Mais je dirais Ken Miller, en Saskatchewan. Il m’a vraiment donné la chance de performer et de continuer. Lors de ma première campagne, j’avais manqué deux bottés avant notre semaine de congé. Greg Marshall avait été congédié et je n’étais pas trop sûr de ce qui allait se passer. Je me disais que ça pourrait être la fin pour moi. Mais coach Miller m’a donné un vote de confiance et j’ai connu une super belle fin de saison. Il y a aussi eu Don Yanowsky à Ottawa. Je savais qu’il avait confiance en moi. Ça m’enlevait une pression énorme. J’ai connu ma meilleure saison en carrière sous son aile

Q Ce dont tu t’ennuies le plus

Des gars, du vestiaire et de la vie de joueur de football au quotidien. Je m’ennuie des relations, de voir le monde. Aujourd’hui, on essaie de maintenir ces relations, de rester en contact et de se supporter même si on est loin les uns des autres. Henry Burris est quelqu’un à qui je parle presque à chaque jour et Antoine Pruneau est devenu un excellent ami..

Q Idoles de jeunesse

Je suis un partisan fini des Patriots et je l’ai avant que Tom Brady arrive. Mon idole c’était Adam Vinatieri. J’ai été choyé de le voir jouer pour mon équipe pendant tant d’années. C’est quelqu’un que j’ai essayé d’imiter sur le terrain. Il ne l’a pas eu facile, mais il a travaillé fort et il est devenu le meilleur botteur de l’histoire de la NFL. Et malgré le fait qu’il soit parti jouer pour les Colts, j’ai jamais pu le détester. C’est la même chose avec Tom Brady maintenant Tampa Bay. Après tout ce qu’il nous a donné lors des 20 dernières années, après toutes les émotions qu’il nous a fait vivre, c’est difficile de ne plus l’aimer même s’il joue pour une autre équipe.

Q Dans 10 ans

J’espère que nous aurons eu un autre enfant et que je serai établi au RTC. Je souhaite juste avoir une vie stable et en profiter avec mes enfants et ma famille.

Q Rêve

J’aimerais retourner en Italie, le pays de mes origines. Avec tout ce qui s’est passé là ça serait le fun de voir la parenté en personne. J’aimerais beaucoup qu’ils rencontrent ma femme et ma fille et peut-être même un prochain enfant.